mardi 2 novembre 2010

I Walked with a Zombie

Un matin, je commençai à dessiner un visage. De quel genre de visage s'agirait-il ? Je l'ignorais et ne m'en souciais pas. Je pris un crayon noir tendre, lui donnai une pointe épaisse et me mis à l'ouvrage. J'eus bientôt tracé sur le papier un grand front saillant et une esquisse carré du bas d'un visage. Ce contour me plut; mes doigts continuèrent fièvreusement à en compléter les traits. A la base de ce front, il fallait placer de forts sourcils bien marqués à l'horizontales; puis vint naturellement un nez bien dessiné à l'arête droite, aux narines pleines; ensuite, une bouche mobile et surtout pas mince; un menton ferme nettement marqué en son milieu par une fossette; bien sûr, il fallait des favoris noirs et des cheveux de jais ramenés sur les tempes et ondulés au-dessus du front. Et maintenant les yeux. Je les avais baissés pour la fin car c'étaient eux qui exigeaient le plus de soin. Je les fis grands et traçai avec soin; je rendis les cils longs et foncés, les iris brillants et grands. "Bien ! mais ce n'est pas tout à fait cela", pensai-je en contemplant l'effet produit. "Ils manquent de force et de vie." Alors, j'accentuai les ombres pour que les blancs parussent plus éclatants. Une ou deux touches heureuses m'assurèrent la réussite. Voilà, j'avais le visage d'un ami sous les yeux et qu'importait que ces deux jeunes femmes me rournassent le dos ? Je regardai ce visage et souris à ce portrait parfait. J'étais absorbée et satisfaite.


Charlotte Bronte, Jane Eyre

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