samedi 30 mai 2009

jeudi 28 mai 2009

Tierce rime pour votre âme

Votre âme est une enfant que je voudrais bercer
En mes bras trop humains pour porter ce fantôme,
Ce fantôme d'enfant qui pourrait me lasser,

Et je veux vous conter comme un bon Chrysostome
La beauté de votre âme aperçue à demi
Autant qu'on peut voir un monde, un atome.

Votre âme est dans la paix comme cloître endormi.
Des larrons useront de plus d'un stratagème
Pour ouvrir le portail qui forclôt l'ennemi.

Et l'un venant de droite avec la claire gemme
L'offrira de dehors à votre âme en dedans;
Un autre, le sinistre, alors s'écriera: "J'aime!

"J'aime la paix des soirs qui sont des occidents,
"Dans un cloître aux échos longs comme ma mémoire."
Et contre le heurtoir il brisera ses dents.

Votre âme est un parfum subtil dans une armoire,
Votre âme est un baiser que je n'aurai jamais,
Votre âme est un lac bleu que nul autan ne moire

Et l'on dérobera le parfum que j'aimais,
On prendra ce baiser dans un baiser trop tendre,
On boira dans ce lac où l'eau, je le promets,

Sera douce et très fraîche à qui saura s'étendre
Au bord du lac et boire comme une fleur d'eau,
Etre au lac de votre âme, homme fleur, ô l'anthandre !

Votre âme est une infante à qui c'est un fardeau
Que porter le brocart de sa robe et de sa traîne.
L'infante aux yeux ouverts qui veut faire dodo.

Votre âme est une infante à l'ombre souveraine
Des cyprès à l'instant où les rois vont passer,
Votre âme est une infante et qui deviendra reine,

Votre âme est un enfant que je voudrais bercer.


Apollinaire, Poèmes à Lou.

mardi 26 mai 2009

lundi 25 mai 2009

Crise ?

Les trois hommes, cette fois, furent du même avis. Ils parlaient l’un après l’autre, d’une voix désolée, et les doléances commencèrent. L’ouvrier ne pouvait pas tenir le coup, la révolution n’avait fait qu’aggraver ses misères, c’étaient les bourgeois qui s’engraissaient depuis 89, si goulûment, qu’ils ne lui laissaient même pas le fond des plats à torcher. Qu’on dise un peu si les travailleurs avaient eu leur part raisonnable, dans l’extraordinaire accroissement de la richesse et du bien-être, depuis cent ans ? On s’était fichu d’eux en les déclarant libres : oui, libres de crever de faim, ce dont ils ne se privaient guère. Ça ne mettait pas du pain dans la huche, de voter pour des gaillards qui se gobergeaient ensuite, sans plus songer aux misérables qu’à leurs vieilles bottes. Non, d’une façon ou d’une autre, il fallait en finir, que ce fût gentiment, par des lois, par une entente de bonne amitié, ou que ce fût en sauvages, en brûlant tout et en se mangeant les uns les autres. Les enfants verraient sûrement cela, si les vieux ne le voyaient pas, car le siècle ne pouvait s’achever sans qu’il y eût une autre révolution, celle des ouvriers cette fois, un chambardement qui nettoierait la société du haut en bas, et qui la rebâtirait avec plus de propreté et de justice.

— Il faut que ça pète, répéta énergiquement Mme Rasseneur.

— Oui, oui, crièrent-ils tous les trois, il faut que ça pète.


Emile Zola, Germinal.

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mercredi 13 mai 2009

Compilation

"You're my little girl."
Revoir le pilier paternel qui n'en fut jamais un pour enfin signer la trêve.
Je cherche le courage pour enfin pouvoir visionner Stalker de Tarkovski sans éteindre mes yeux dès les quinze premières minutes.
Je ne ferai plus de sport pour être conforme à tous ces magazines gerbants. Je marcherai, tout simplement.
L'ivresse m'attend, pour oublier quelques temps.
Regards bienveillants.
Jouer avec vos cheveux sans se soucier de l'avenir.

Ce corps est superbe! Diaphane et moelleux.
Une tablette de chocolat se promenant dans un parc a beaucoup plus de chance d'être admiré, mais quel ennui.
Le diktat de l'image.

"Arte dévoile la beauté cachée des moches."

A la poubelle les Vogue, Elle et compagnie.

mercredi 6 mai 2009

dimanche 3 mai 2009

vendredi 1 mai 2009

Haine raciale

"Pour une fois que les Arabes ont raison."

"Je vaux mieux que toi."

"Viens, on va s'expliquer dans un coin."

"Toi j'te revois dans la rue, j'te fais ta fête."

"Ta gueule, t'es une sale pute."

Tout ceci est le résultat d'une discorde concernant un simple stationnement.
Et voilà où ça nous mène.

Metz






Le rideau cramoisi

Un mois tout entier se passa, et malgré mes résolutions de me montrer aussi oublieux qu'Alberte et aussi indifférent qu'elle, d'opposer marbre à marbre et froideur à froideur, je ne vécus plus que de la vie tendue de l'affût, - de l'affût que je déteste, même à la chasse! Oui, Monsieur, ce ne fut plus qu'affût perpétuel dans mes journées! Affût quand je descendais à dîner, et que j'espérais la trouver seule dans la salle à manger comme la première fois! Affût au dîner, où mon regard ajustait de face ou de côté le sien qu'il rencontrait net et infernalement calme et qui n'évitait pas plus le mien qu'il n'y répondait! Affût après le dîner, car je restais maintenant un peu après dîner voir ces dames reprendre leur ouvrage, dans leur embrasure de croisée, guettant si elle ne laisserait pas tomber quelque chose, son dé, ses ciseaux, un chiffon, que je pourrais ramasser, et en les lui rendant toucher sa main, - cette main que j'avais maintenant à travers la cervelle! Affût chez moi, quand j'étais remonté dans ma chambre, y croyant toujours entendre le long du corridor ce pied qui avait piétiné sur le mien, avec une volonté si absolue. Affût jusque dans l'escalier, où je croyais pouvoir la rencontrer, et où la vieille Olive me surprit un jour, à ma grande confusion, en sentinelle! Affût à ma fenêtre - cette fenêtre que vous voyez - où je me plantais quand elle devait sortir avec sa mère, et d'où je ne bougeais pas avant qu'elle fût rentrée, mais tout cela aussi vainement que le reste! Lorsqu'elle sortait, tortillée dans son châle de jeune fille, - un châle à raies rouges et blanches: je n'ai rien oublié! semé de fleurs noires et jaunes sur les deux raies, elle ne retournait pas son torse insolent une seule fois, et lorsqu'elle rentrait, toujours aux côtés de sa mère, elle ne levait ni la tête ni les yeux vers la fenêtre où je l'attendais! Tels étaient les misérables exercices auxquels elle m'avait condamné! Certes, je sais bien que les femmes nous font tous plus ou moins valeter, mais dans ces proportions-là!! Le vieux fat qui devrait être mort en moi s'en révolte encore! Ah! je ne pensais plus au bonheur de mon uniforme! Quand j'avais fait le service de la journée, - après l'exercice ou la revue, - je rentrais vite, mais non plus pour lire des piles de mémoires ou de romans, mes seules lectures dans ce temps-là. Je n'allais plus chez Louis de Meung. Je ne touchais plus à mes fleurets. Je n'avais pas la ressource du tabac qui engourdit l'activité quand elle vous dévore, et que vous avez, vous autres jeunes gens qui m'avez suivi dans la vie! On ne fumait pas alors au 27e, si ce n'est entre soldats, au corps de garde, quand on jouait la partie de brisque sur le tambour... Je restais donc oisif de corps, à me ronger... je ne sais pas si c'était le cœur, sur ce canapé qui ne me faisait plus le bon froid que j'aimais dans ces six pieds carrés de chambre, où je m'agitais comme un lionceau dans sa cage, quand il sent la chair fraîche à côté.

Jules Barbey d’Aurevilly