A côté de moi, un duo d'étudiantes parlent de "mecs". Je suis consternée. Merde, toutes les jeunes sont-elles comme moi ? Attendent-elles juste qu'on les complimente ? Ne sommes-nous toutes qu'une bande de pétasses en quête de reconnaissance ?
Je dois "sortir de moi-même", sans substitut aucun.
Il n'a pas d'identité; il est l'air, puis la lune. Leur amour ne demeure qu'une énorme parenthèse. Leur bulle, leur songe.
Il effleure son visage, ses lèvres, tout doucement. Il rêve d'une silhouette enchanteresse, fantasmagorique, qui l'accompagne tout là-haut. Qui est-elle ? Un ange ? Un démon dont la mission serait de détruire son talent afin de le réduire à néant ? O nymphe, ta beauté est aussi immense que ta dangerosité.
La chaleur des deux corps enivre la passion grandissante vouée tôt ou tard à la mort.
Si l'Amour existe alors il n'est qu'éphémère. Ou alors il n'est qu'un long cheminement jonché d'embuches.
A qui sourirez-vous quand je ne serai plus là ?
-J'attendrai.
Pourquoi je pleure lorsque je me sépare d'Elle ?
Nous ne devrions avoir qu'une seule pensée, un seul but: la félicité de l'autre; nous devrions tous nous jeter les uns aux pieds des autres.
Nous devrions avoir, vis-à-vis des autres et de nous-mêmes, le point de vue de celui qui regarde une grosse mouche qui se jette contre la fenêtre, sans savoir que l'un des carreaux est ouvert.
Il y a tant de choses à écrire concernant les enfants.
vendredi 31 décembre 2010
dimanche 19 décembre 2010
il y a des petits voyous qui vous font des misères et vous chassent à coups de cailloux
Les films de Xavier Dolan sont des poèmes.
Voyant le succès qu'il avait rencontré à Cannes et les critiques unanimes saluant son talent naissant, je restai sur mes gardes. Les bandes annonces suggestives aux images épurées me laissèrent une impression de prétention cinématographique. "Oh, encore un film à la forme extrêmement soignée mais qui n'a rien à proposer au niveau du fond."
Il est vrai que la plupart des artistes d'aujourd'hui sont gays (et je ne parle pas que des stylistes), c'est un effet de mode, ou un nouvel aspect de notre société toujours plus tolérante (en apparence du moins).
Venons en au fait: Hubert, 16 ans, passe au crible toutes les manies qui l'insupportent chez sa mère inactive puisque héritière de la maison familiale. Celle-ci passe le plus clair de son temps à préparer des petits plats, faire du shopping et faire du copinage avec une vieille amie aux goûts vestimentaires douteux; sans oublier tous les enregistrements sur cassettes qu'elle s'évertue à faire concernant son émission favorite.
Hubert, homosexuel affirmé devant les autres mais ne trouvant pas le courage de parler de son orientation à sa mère, s'énerve, se heurte à une adulte qui ne le comprend pas et qui use de stratagèmes afin de recadrer son fils qui, selon elle, n'a plus de repères et foire son année scolaire; tandis que le jeune homme attend un signe de reconnaissance qui lui permettrait de s'émanciper.
La figure paternelle est évidemment absente, sauf lorsqu'il s'agit, d'un commun accord avec son ex-femme, d'envoyer son enfant dans un pensionnat, étant eux-même impuissants face aux exigences de ce dernier qui prend comme un rejet et un abandon cette décision, décision qui l'éloigne de son petit-ami grand chevelu blond qui lui, vit avec une mère qui connait la relation qu'entretient son propre fils avec Hubert (elle apprendra d'ailleurs la nouvelle de façon maladroite et hasardeuse à la mère d'Hubert). S'en suit un désamour cachant en réalité un amour meurtri pour sa génitrice. Mais ils ne se comprennent pas, mise à part au moment où l'adolescent rentre en pleine nuit dans la chambre de sa mère pour lui dire combien il l'"adooooooore" (accent québécquois génial même si sa compréhension est délicate lors des scènes d'affrontements), mais étant visiblement sous l'effet de la drogue (Dolan semble nous dire: "Quoi ? Tout le monde a essayé dans sa jeunesse, il n'y a pas de honte à avoir.).
Bref, l'oeuvre nous offre un schéma décomplexé des "problèmes" de la société actuelle. Là où les valeurs traditionnelles ont souvent eu le monopole, Dolan prône une banalisation (dans le bon sens du terme) des relations conflictuelles entre enfants et parents, l'acceptation d'orientations sexuelles différentes etc... et tout ceci dans un univers feutré rempli de musiques charmantes et de plans ralentis qui permettent aux spectateurs, entre deux engueulades des personnages principaux, de souffler un peu et de prendre le film pour ce qu'il est: une crise d'adolescence magnifié par l'onirisme de Xavier Dolan, un type sur qui il faudra compter (cf Les Amours Imaginaires).
vendredi 17 décembre 2010
Microfictions
José est un type étrange. Je lui donne la quarantaine. Il trifouille des choses dans le salon, passe des coups de fil, découpe des genres d'autocollants, fait des transferts d'une clé usb à une autre. Hervé me dit qu'il est sur un "gros coup", une sorte d'invention dont il espère déposer le brevet. Mais chut, c'est top secret.
Hervé a plus de 30 ans et habite chez ses parents, en face de la clinique. Chaque jour je le retrouve assis, sa radio sur son front, en train de fredonner je ne sais quel vieux tube en rigolant tout seul. J'aime le regarder manger, il me fait penser à un petit écureuil, à recueillir chaque mini bouchée goulument dont le sucre se trouvant au fond de son café. Hervé ne veut jamais rien faire, ni scrabble, ni ping pong. Il se trimbale le dernier numéro des Cahiers du cinéma dans son sac à dos et s'en sert pour recouvrir son visage lorsqu'il a envie de faire une sieste.
Daniel est la blasitude incarnée. Je ne comprends pas toutes ses vannes, car il en balance à la pelle. Mais si vous le prenez au sérieux, vous ne pourrez plus le voir en peinture. Il ne fait aucune activité et rentre chez lui chaque après-midi pour nourrir ses chats et constater les dégâts qu'ils ont causé le jour même.
Jérôme est "pire" qu'une femme. Maniéré à outrance, il est ici pour harcèlement au travail car ses collègues et supérieurs se fichaient ouvertement de lui. Suite à ça il a fait une tentative de suicide aux Champs Elysées. Il est très fleur bleu et j'espère pour lui qu'il parviendra à s'adapter un jour dans le milieu de la banque (son job). Attention, Jérôme est un être extrêmement sensible, donc à ne pas chambrer sans prendre ses précautions, mais je me suis atachée à lui et lui ai fait un gros BiSOU avant qu'il ne parte.
Sibylline est une jeune femme talentueuse qui joue de la musique (le ukulélé est un chouette instrument) et est scénariste de bandes dessinées. Elle a plus de 30 ans mais cultive un look de djeunz (j'ai cru qu'elle avait mon âge, voire moins). Elle passe autant de temps que moi sur l'ordinateur et se met parfois à pleurer silencieusement. Je pense qu'elle est ici pour dépression suite à une rupture, mais je suppute. On parle peu car elle m'intimide, mais elle fait partie d'une des rares personnes que j'aimerais revoir sur Paris, un peu plus tard.
Hervé a plus de 30 ans et habite chez ses parents, en face de la clinique. Chaque jour je le retrouve assis, sa radio sur son front, en train de fredonner je ne sais quel vieux tube en rigolant tout seul. J'aime le regarder manger, il me fait penser à un petit écureuil, à recueillir chaque mini bouchée goulument dont le sucre se trouvant au fond de son café. Hervé ne veut jamais rien faire, ni scrabble, ni ping pong. Il se trimbale le dernier numéro des Cahiers du cinéma dans son sac à dos et s'en sert pour recouvrir son visage lorsqu'il a envie de faire une sieste.
Daniel est la blasitude incarnée. Je ne comprends pas toutes ses vannes, car il en balance à la pelle. Mais si vous le prenez au sérieux, vous ne pourrez plus le voir en peinture. Il ne fait aucune activité et rentre chez lui chaque après-midi pour nourrir ses chats et constater les dégâts qu'ils ont causé le jour même.
Jérôme est "pire" qu'une femme. Maniéré à outrance, il est ici pour harcèlement au travail car ses collègues et supérieurs se fichaient ouvertement de lui. Suite à ça il a fait une tentative de suicide aux Champs Elysées. Il est très fleur bleu et j'espère pour lui qu'il parviendra à s'adapter un jour dans le milieu de la banque (son job). Attention, Jérôme est un être extrêmement sensible, donc à ne pas chambrer sans prendre ses précautions, mais je me suis atachée à lui et lui ai fait un gros BiSOU avant qu'il ne parte.
Sibylline est une jeune femme talentueuse qui joue de la musique (le ukulélé est un chouette instrument) et est scénariste de bandes dessinées. Elle a plus de 30 ans mais cultive un look de djeunz (j'ai cru qu'elle avait mon âge, voire moins). Elle passe autant de temps que moi sur l'ordinateur et se met parfois à pleurer silencieusement. Je pense qu'elle est ici pour dépression suite à une rupture, mais je suppute. On parle peu car elle m'intimide, mais elle fait partie d'une des rares personnes que j'aimerais revoir sur Paris, un peu plus tard.
jeudi 16 décembre 2010
Mamma Mia !
J'aime la propension qu'ont les Américains à se servir d'un scénario de base pour l'amplifier de plus bel. Hier soir j'ai regardé "Chloé", d'Atom Egoyan; petit film sans prétention, mais remake de la version française "Nathalie", avec Fanny Ardant et Emmanuelle Béart (pour le coup la remplaçante de cette dernière, Amanda Seyfried est bien plus charmante que notre actrice canardesque nationale). Le problème c'est que la version française n'est déjà pas transcendante, quoique (une femme qui se sent vieillissante donc indésirable pense tout bas que son mari a des aventures); alors qu'ont fait nos amis de l'outre Atlantique pour pimenter le tout ? Ils ont transformé l'ensemble des scènes de "non-dits" en un drame psychologique lesbien. Car là où tout est suggéré dans le film de Anne Fontaine, Egoyan nous offre des scènes imaginaires illustrants les récits érotiques de la prostituée chargée de séduire l'Homme qui ne disait rien. Et j'ai envie de dire, là où on s'emmerde dans Nathalie, on trouve Chloé grotesque. Aucune demi-mesure. On a même le droit de contempler une scène de coucherie entre Julianne Moore et Amanda, là où Fanny Ardant ne fait qu'effleurer les lèvres de Béart, ou l'inverse.
Je parle ici d'un film d'auteur, mais imaginons le même procédé avec Un diner de cons à la sauce américaine ? (il parait que le remake existe déjà). Là où l'humour gras et français existe déjà (si si, nous ne sommes pas le raffinement né que nous prétendons être), que doit-il en advenir de ce même humour réhaussé à la sauce américaine ? N'en tirons pas non plus la conclusion que ces derniers ne sont capables plus que de produire des remake par manque d'idée; mon postulat de départ était juste d'affirmer haut et fort que les remake de films qui ne valent à la base pas grand chose, ON S'EN PASSERAIT BIEN.
Sinon, il me faut Le livre de la Jungle en dvd, parce que Walt Disney, c'est sacré (jusqu'à ce qu'il décède du moins).
"Aimez-vous vous-même et cessez de vous servir des autres pour combler votre propre manque affectif" qu'il me dit. J'ai eu envie de rire.
Je parle ici d'un film d'auteur, mais imaginons le même procédé avec Un diner de cons à la sauce américaine ? (il parait que le remake existe déjà). Là où l'humour gras et français existe déjà (si si, nous ne sommes pas le raffinement né que nous prétendons être), que doit-il en advenir de ce même humour réhaussé à la sauce américaine ? N'en tirons pas non plus la conclusion que ces derniers ne sont capables plus que de produire des remake par manque d'idée; mon postulat de départ était juste d'affirmer haut et fort que les remake de films qui ne valent à la base pas grand chose, ON S'EN PASSERAIT BIEN.
Sinon, il me faut Le livre de la Jungle en dvd, parce que Walt Disney, c'est sacré (jusqu'à ce qu'il décède du moins).
"Aimez-vous vous-même et cessez de vous servir des autres pour combler votre propre manque affectif" qu'il me dit. J'ai eu envie de rire.
dimanche 5 décembre 2010
Fresque truculente
L'Homme n'existe que dans la mesure où il est séparé du milieu qui l'entoure. Restez à l'intérieur ou vous périssez. Mourir, c'est se dévêtir. La Mort, c'est la communion. Se fondre dans le paysage peut être merveilleux. Ce n'en est pas moins la mort de notre tendre moi. Et ce que ressentait Pnine, en cet instant, ressemblait beaucoup à ce dévêtement, à cette communion. Il se sentait poreux, battu en brèche. Il suait, il avait peur. Un banc de pierre au milieu des lauriers lui permit de ne pas s'effondrer sur la contre-allée. Etait-ce une crise cardiaque ? J'en doute. Mon malade, en effet, était de ces gens singuliers et malheureux qui contemplent leur coeur (cet "organe conoide creux et musculaire", selon la révoltante définition de Littré) avec dégoût et terreur, avec une répulsion nerveuse, avec une haine nauséeuse, comme s'il s'agissait d'un monstre visqueux et redoutable, qu'on est bien obligé d'endurer en parasite qu'il est, hélas ! Parfois, quand les médecins, que ce pouls dégringolant et trébuchant étonnait, procédaient à un examen plus approfondi, le cardiogramme décrivait de fabuleuses chaînes de montagnes, indiquait douze ou treize maladies toutes mortelles mais s'excluant l'une l'autre. Pnine avait peur de se toucher le poignet. Et jamais il ne se risquait à dormir sur le côté gauche, même au cours de ces heures lugubres où l'insomniaque soupire après un troisième côté où s'étendre, après avoir essayé les deux autres qu'il possède déjà.
Vladimir Nabokov, Pnine
Vladimir Nabokov, Pnine
mardi 30 novembre 2010
lundi 29 novembre 2010
Spéciale dédicace à qui se reconnaitra
"Oui, monsieur, vous êtes l'enfant chéri des dieux. Mais les dieux reprennent bien vite leurs cadeaux. Vous n'avez que quelques années à vivre réellement, parfaitement, pleinement. Votre jeunesse partie, votre beauté s'en ira avec elle, et vous découvrirai soudain qu'il ne vous reste plus de victoires à remporter ou qu'il faut vous contenter de victoires mesquines que le souvenir du passé vous rendra plus cruelles que des défaites. Chaque mois qui décline vous rapproche de l'horreur. Le temps est jaloux de vous et guerroie contre vos lis et vos roses. Vous aurez le teint jaune, les joues creuses, les yeux ternes. Vous souffrirez horriblement... Ah ! mettez votre jeunesse à profit tant que vous la possédez ! Ne dilapidez pas l'or de vos jours à écouter les ennuyeux, à essayer d'aider les ratés sans espoir ou à faire le don de votre vie aux ignorants, aux ordinaires, aux vulgaires. Ce sont là les buts morbides, les faux idéaux de notre époque. Vivez ! Vivez la vie merveilleuse qui est en vous ! Que rien pour vous ne soit perdu ! Soyez toujours à la recherche de sensations nouvelles. N'ayez peur de rien... Un nouvel hédonisme, voilà ce dont notre siècle a besoin. Vous pourriez en être le symbole visible. Avec votre personnalité, il n'y a rien que vous ne puissiez faire. Pour une saison, le monde vous appartient... Dès que je vous ai vu, j'ai su que vous n'étiez pas conscient de ce que vous étiez ni de ce que vous pourriez être. Tant de choses m'ont charmé en vous que j'ai senti que je devais vous parler de vous. J'ai pensé combien il serait tragique que vous restiez inutilisé. Car votre jeunesse durera si peu de temps, si peu de temps ! Les fleurs ordinaires des collines se fanent, mais elles refleurissent. Ce cytise sera aussi jeune en juin prochain qu'aujourd'hui. Dans un mois, il y aura des étoiles pourpres sur cette clématite, et, d'année en année, ces étoiles pourpres se maintiendront dans la nuit verte de son feuillage. Mais notre jeunesse ne nous est jamais rendue. Le pouls de la joie qui bat en nous à vingt ans s'alanguit. Nos membres lâchent, nos sens pourrissent. Nous dégénérons en de hideuses marionnettes, hantées par le souvenir de passions qui nous effrayaient bien trop et de tentations exquises auxquelles nous n'avons pas eu le courage de céder. Jeunesse ! Jeunesse ! Il n'existe absolument rien au monde que la jeunesse !"
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

jeudi 25 novembre 2010
"C'est de la faute de personne, tout ça, c'est juste que vous êtes trop intelligents alors vous avez fait un enfant trop intelligent."
Les gens m'inspirent, que je les estime ou non. Désormais j'aurai toujours mon petit calepin noir sur moi, et si je pouvais avoir un appareil photo en prime partout où je vais, je me sentirais enfin en "mission": celle d'être témoin de mon temps. Phrase cliché sans doute, mais c'est dans ces circonstances que je me sens utile.

Cette collocation avec mon amie, je la sens mal. J'ai l'impression que j'aurais des comptes à rendre, qu'il y aura de longues explications. Peut-être que je suis capable de vivre seule, après tout. Peut-être que L. est une sorte d'échapatoire à la solitude qui m'attendra un jour ou l'autre, mais je cherche à fuir cette peur de me retrouver face à moi-même. Qu'ai-je à craindre ? Pourquoi écouterais-je ma mère qui n'a confiance en aucun de ses enfants et encore moins en elle ? Je ne veux pas devenir cette femme qui se noie dans l'alcool pour éviter l'affrontement avec la Vie. Etre actrice, mener les rênes, suivre ses envies sans tomber dans les excès, cela me parait réalisable, avec une aide extérieure bien sûr.
Mais si je reste à Paris, parviendrais-je à me sortir de l'emprise que F. a sur moi ? Car au-delà de la question financière, je ne connais personne dans cette immense ville, et c'est à la fois ce qui peut se révéler être stimulant. Je n'aime pas les fréquentations de mes amies de l'Est. Je généralise sans-doute, mais elles me paraissent (de ce que j'ai pu en voir, du moins) alcooliques, pseudo-révolutionnaires, et surtout en avoir après les fesses de L. J'ai peur de l'influence qu'elle pourrait avoir sur moi. Parce que sous prétexte qu'on est jeunes, jolies (parait-il), il faudrait profiter de la vie ? Mais est-ce cela, "profiter de la vie". Rencontrer les copains des copines d'autres copains, discutailler vaguement le temps d'une soirée bien arrosée en blablatant autour de l'éternel sujet "que faire pour changer le monde?" (discussions totalements formelles puisqu'elles ne sont que les préliminaires d'autres préliminaires plus...musclées, si l'on puit dire). Puis finir la nuit avec un crétin qui n'aura fait en sorte de monopoliser la conversation avec toi que dans l'unique but de te sauter ? Elle est belle la jeunesse dorée qui profite. Mais qui profite de quoi, au juste ? De perdre son temps à chercher en l'autre l'amour de soi qui nous fait défaut. Et c'est ce que L. n'a pas encore compris, ou alors si, mais elle a baissé les bras; enchainer les rencontres est un maigre substitut. Surtout que pour le mec, il n'est question que de sexe, pas de la formidable personne que tu es et dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.

Cette collocation avec mon amie, je la sens mal. J'ai l'impression que j'aurais des comptes à rendre, qu'il y aura de longues explications. Peut-être que je suis capable de vivre seule, après tout. Peut-être que L. est une sorte d'échapatoire à la solitude qui m'attendra un jour ou l'autre, mais je cherche à fuir cette peur de me retrouver face à moi-même. Qu'ai-je à craindre ? Pourquoi écouterais-je ma mère qui n'a confiance en aucun de ses enfants et encore moins en elle ? Je ne veux pas devenir cette femme qui se noie dans l'alcool pour éviter l'affrontement avec la Vie. Etre actrice, mener les rênes, suivre ses envies sans tomber dans les excès, cela me parait réalisable, avec une aide extérieure bien sûr.
Mais si je reste à Paris, parviendrais-je à me sortir de l'emprise que F. a sur moi ? Car au-delà de la question financière, je ne connais personne dans cette immense ville, et c'est à la fois ce qui peut se révéler être stimulant. Je n'aime pas les fréquentations de mes amies de l'Est. Je généralise sans-doute, mais elles me paraissent (de ce que j'ai pu en voir, du moins) alcooliques, pseudo-révolutionnaires, et surtout en avoir après les fesses de L. J'ai peur de l'influence qu'elle pourrait avoir sur moi. Parce que sous prétexte qu'on est jeunes, jolies (parait-il), il faudrait profiter de la vie ? Mais est-ce cela, "profiter de la vie". Rencontrer les copains des copines d'autres copains, discutailler vaguement le temps d'une soirée bien arrosée en blablatant autour de l'éternel sujet "que faire pour changer le monde?" (discussions totalements formelles puisqu'elles ne sont que les préliminaires d'autres préliminaires plus...musclées, si l'on puit dire). Puis finir la nuit avec un crétin qui n'aura fait en sorte de monopoliser la conversation avec toi que dans l'unique but de te sauter ? Elle est belle la jeunesse dorée qui profite. Mais qui profite de quoi, au juste ? De perdre son temps à chercher en l'autre l'amour de soi qui nous fait défaut. Et c'est ce que L. n'a pas encore compris, ou alors si, mais elle a baissé les bras; enchainer les rencontres est un maigre substitut. Surtout que pour le mec, il n'est question que de sexe, pas de la formidable personne que tu es et dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.
mardi 23 novembre 2010
Blablabla. Blablablablabla. Fou.
Janic Prevost est une star déchue du music hall qui finit ses vieux jours en HP. Son mari décédé était le bras droit de la maison Barclay et elle se retrouve donc héritière. Elle vit à Neuilly et dans le passé, accessoirement. Elle me montra un soir une photo d'elle sur scène, quand elle avait une trentaine d'années. Une belle femme, et cela fait de la peine de la voir assistée comme elle l'est aujourd'hui. Son surnom c'est la Castafiore, parce que quand ça lui prend, elle va jouer au piano (façon de parler car le tout est indigeste) en braillant les paroles de ses anciens tubes.
Tout le monde la fuit car elle a eu l'habitude de se faire servir toute sa vie, alors elle lance des "va me faire un thé", "montez-avec moi dans l'ascenceur parce que j'ai peur de rester coincée", "maquillez-moi", "recherchez moi ça sur internet". Pourtant, elle est gentille, à sa façon. Dès qu'elle débarque dans une pièce, les gens se regardent entre eux, effrayés. Il n'y a plus que les infirmiers qui la supportent. J'ai tenté de me rapprocher d'elle car elle m'avait promis de me ramener le flacon miniature du Shalimar par Guerlain que je convoite tant. Mais depuis que je sais qu'elle n'a pas le bon modèle, je tente de prendre des distances malgré le "vous viendrez me voir à Neuilly ?", et moi, profiteuse et hypocrite que je suis "oui oui" lui disai-je, tout en observant avec dégoût son sac de grand-mère Vuitton.
Louis est un "vieux beau" qui vit lui aussi à Neuilly. Il était toujours très élégant avec ses petits pulls roses saumon. Je ne l'ai pas beaucoup connu mais il était adorable; il m'a offert lors de son départ deux livres (dont un de Paul Auster) alors que je ne lui avait rien demandé. Marianne a vite mis le grappin, elle saute sur tout ce qui sent la thune.
Le cas de Marianne mérite d'être évoqué d'ailleurs. Une grande blonde en apparence ouverte d'esprit qui bossa dans le milieu du star system. Je n'ai pas compris si c'était une sort de vantardise de me dire qu'elle avait connu Bixente Lizarazu (d'ailleurs je m'en tape, tout ce qui m'intéresse c'est Monica Bellucci); mais je ne pense pas vu que c'est moi qui lui posa la question rituelle "et toi tu fais quoi dans la vie ?". Elle essaya de se rapprocher d'Hervé mais elle s'en éloigne désormais comme de la peste depuis qu'il est en phase dépressive.
Voir le chef de l'Etat passer à la TV est d'une importance capitale pour elle, quitte à monopoliser le poste commun, un soir. "Tu comprendras plus tard" m'a-t-elle balancée, je crois que je lui ai ri au nez en remontant les escaliers ("Excuse-moi de préférer regarder un film sur Johannes Vermeer plutôt qu'un pignouf raconter du vent sous pretexte qu'il faut rassurer ces crétins de Français"). Bref, l'argent l'attire et ça se voit; mais je ne la déteste pas, je l'apprécie même, mais de loin.
Herved.
48 ans, deux enfants, divorcé. J'en ai déjà parlé brièvement mais il était alors dans un état maniaque. Maintenant il est redescendu de son pic et va très mal. Dès que j'apporte mon ordinateur près de la télévision, il va chercher le sien pour me demander des trucs incompréhensibles (il n'articule plus à cause de tous les médicaments qu'il avale): genre son mot de passe, comment on baisse le volume (il perd la mémoire et paume toutes ses affaires) etc... D'autant plus qu'il n'a rien à y faire, sur son pc, c'est juste histoire de coller les gens. Alors, déconcentrée que je suis, je débranche tout et me sauve presque en courant.
L'autre jour j'attendais qu'on m'ouvre la porte vitrée (elle est tout le temps fermée maintenant car le corps médical craint qu'il prenne la fuite) et je le vois torse nu (ce qui n'est pas un cadeau, hum), prêt à se battre avec Arthur (pauvre Arthur) en hurlant "Je suis en placement libre !!!".
Dans son délire, il souhaire me faire don de sa table basse et de son appareil réflex...
Loriana est anorexique boulimique. C'est une douce, grande et jolie rousse. Elle a 24 ans et cela fait 18 ans qu'elle se bat contre sa maladie. Elle porte toujours son sweatshirt GAP, sûrement pour cacher des formes qu'elle n'aime probablement pas. Pourtant, elle a une "bonne" silhouette. Elle m'avoua passer souvent de 55 kg à 100 kg, ce qui me parut hallucinant (je ne pensais pas qu'il y avait pire que moi). Elle vit avec son cousin et chante dans un groupe de rock. Je la connais mal pour l'instant.
Elle a des origines anglaises/islandaises/norvégiennes et russes. Elle parle toutes ces langues mais ne chante qu'en anglais (dommage) dans l'album qui est en cours de mixage. Nous avons eu un aperçu du résultat dans la voiture de son producteur (que j'ai pris, au début, pour son père). Avec la voix douce qu'elle a, je ne pensais pas qu'elle avait un tel coffre (elle monte avec aisance du grave à l'aigu). Mais je préfère entendre sa voix grave, qui reflète, à mon humble avis, toute la colère qui sommeille en elle lorsqu'elle n'est pas sur scène.
Michel Michel, acte II.
"Le film d'hier était horrible. Il jette un cadavre dans l'eau, hein c'est grave ? Ca se fait pas de tuer, j'ai pleuré.
Pourquoi un diplôme c'est à vie ?
C'est grave le diabète ? On en meurt ou pas ? Il y a 3 millions de diabétiques en France, c'est beaucoup ? Je suis en bonne santé, j'touche du bois.
Ma marraine est très radine et mon papa aussi, hein c'est pas beau ?
J'ai un diplôme, je l'ai encadré, d'athlétisme. C'est dur, c'est bien ou c'est mal ? 10 000 mètres !
J'ai pas encore gagné au loto.
Vous aimez le dessin ? J'aime pas c'est nul.
C'est pas bien de penser à la mort des gens ? Elle me battait ma tante, c'est bien ou c'est pas bien ?
LES CHARGES C'EST CACA (fois quatre)
Si on paye pas ses impôts, on est expulsés ou pas ? J'suis à la cotorep.
Je veux gagner au loto, on peut rêver ou pas ?
Aaaaah j'aime pas les serpents, nooooon ! Oh non vous avez des rats ? Aaah ! Il y a un rat pour un Parisien.
Vous aimez les sans abris ? J'suis un vilain. J'veux pas dormir sous les ponts !
C'est vieux 17 ans pour un chat ? Il perd ses poils. Il va mourir ?
Le p'tit nain a perdu à Questions pour un champion hier à la TV.
Y'a des beaux sapins blancs aux Champs Elysées, vous avez vu ?
AVC... il était handicapé le type, c'est pas bien ?
J'ai peur, j'ai peur de la mort. Y'a quoi après ? C'est dégueulasse, y'a eu trois morts à Saint Cloud, écrasés par un camion. C'est grave de tuer ?
Faut trottiner pour avoir un diplôme.
La cotorep c'est ma faute, hein. Depuis 87.
J'ai faim c'est pas ma faute.
Fait un temps dégueux.
J'suis pas en prison. J'ai de la chance.
Un diplôme c'est à vie.
Faut manger c'est vrai ou pas ?
C'est froid le marché j'aime pas.
Douze heures par jour, il l'a méritée sa retraite ou pas mon papa ?
On va avoir un nouveau canapé j'suis conteeeeeeeennnnt ! Oooooh !!
J'ai plus rien à dire."
Tout le monde la fuit car elle a eu l'habitude de se faire servir toute sa vie, alors elle lance des "va me faire un thé", "montez-avec moi dans l'ascenceur parce que j'ai peur de rester coincée", "maquillez-moi", "recherchez moi ça sur internet". Pourtant, elle est gentille, à sa façon. Dès qu'elle débarque dans une pièce, les gens se regardent entre eux, effrayés. Il n'y a plus que les infirmiers qui la supportent. J'ai tenté de me rapprocher d'elle car elle m'avait promis de me ramener le flacon miniature du Shalimar par Guerlain que je convoite tant. Mais depuis que je sais qu'elle n'a pas le bon modèle, je tente de prendre des distances malgré le "vous viendrez me voir à Neuilly ?", et moi, profiteuse et hypocrite que je suis "oui oui" lui disai-je, tout en observant avec dégoût son sac de grand-mère Vuitton.
Louis est un "vieux beau" qui vit lui aussi à Neuilly. Il était toujours très élégant avec ses petits pulls roses saumon. Je ne l'ai pas beaucoup connu mais il était adorable; il m'a offert lors de son départ deux livres (dont un de Paul Auster) alors que je ne lui avait rien demandé. Marianne a vite mis le grappin, elle saute sur tout ce qui sent la thune.
Le cas de Marianne mérite d'être évoqué d'ailleurs. Une grande blonde en apparence ouverte d'esprit qui bossa dans le milieu du star system. Je n'ai pas compris si c'était une sort de vantardise de me dire qu'elle avait connu Bixente Lizarazu (d'ailleurs je m'en tape, tout ce qui m'intéresse c'est Monica Bellucci); mais je ne pense pas vu que c'est moi qui lui posa la question rituelle "et toi tu fais quoi dans la vie ?". Elle essaya de se rapprocher d'Hervé mais elle s'en éloigne désormais comme de la peste depuis qu'il est en phase dépressive.
Voir le chef de l'Etat passer à la TV est d'une importance capitale pour elle, quitte à monopoliser le poste commun, un soir. "Tu comprendras plus tard" m'a-t-elle balancée, je crois que je lui ai ri au nez en remontant les escaliers ("Excuse-moi de préférer regarder un film sur Johannes Vermeer plutôt qu'un pignouf raconter du vent sous pretexte qu'il faut rassurer ces crétins de Français"). Bref, l'argent l'attire et ça se voit; mais je ne la déteste pas, je l'apprécie même, mais de loin.
Herved.
48 ans, deux enfants, divorcé. J'en ai déjà parlé brièvement mais il était alors dans un état maniaque. Maintenant il est redescendu de son pic et va très mal. Dès que j'apporte mon ordinateur près de la télévision, il va chercher le sien pour me demander des trucs incompréhensibles (il n'articule plus à cause de tous les médicaments qu'il avale): genre son mot de passe, comment on baisse le volume (il perd la mémoire et paume toutes ses affaires) etc... D'autant plus qu'il n'a rien à y faire, sur son pc, c'est juste histoire de coller les gens. Alors, déconcentrée que je suis, je débranche tout et me sauve presque en courant.
L'autre jour j'attendais qu'on m'ouvre la porte vitrée (elle est tout le temps fermée maintenant car le corps médical craint qu'il prenne la fuite) et je le vois torse nu (ce qui n'est pas un cadeau, hum), prêt à se battre avec Arthur (pauvre Arthur) en hurlant "Je suis en placement libre !!!".
Dans son délire, il souhaire me faire don de sa table basse et de son appareil réflex...
Loriana est anorexique boulimique. C'est une douce, grande et jolie rousse. Elle a 24 ans et cela fait 18 ans qu'elle se bat contre sa maladie. Elle porte toujours son sweatshirt GAP, sûrement pour cacher des formes qu'elle n'aime probablement pas. Pourtant, elle a une "bonne" silhouette. Elle m'avoua passer souvent de 55 kg à 100 kg, ce qui me parut hallucinant (je ne pensais pas qu'il y avait pire que moi). Elle vit avec son cousin et chante dans un groupe de rock. Je la connais mal pour l'instant.
Elle a des origines anglaises/islandaises/norvégiennes et russes. Elle parle toutes ces langues mais ne chante qu'en anglais (dommage) dans l'album qui est en cours de mixage. Nous avons eu un aperçu du résultat dans la voiture de son producteur (que j'ai pris, au début, pour son père). Avec la voix douce qu'elle a, je ne pensais pas qu'elle avait un tel coffre (elle monte avec aisance du grave à l'aigu). Mais je préfère entendre sa voix grave, qui reflète, à mon humble avis, toute la colère qui sommeille en elle lorsqu'elle n'est pas sur scène.
Michel Michel, acte II.
"Le film d'hier était horrible. Il jette un cadavre dans l'eau, hein c'est grave ? Ca se fait pas de tuer, j'ai pleuré.
Pourquoi un diplôme c'est à vie ?
C'est grave le diabète ? On en meurt ou pas ? Il y a 3 millions de diabétiques en France, c'est beaucoup ? Je suis en bonne santé, j'touche du bois.
Ma marraine est très radine et mon papa aussi, hein c'est pas beau ?
J'ai un diplôme, je l'ai encadré, d'athlétisme. C'est dur, c'est bien ou c'est mal ? 10 000 mètres !
J'ai pas encore gagné au loto.
Vous aimez le dessin ? J'aime pas c'est nul.
C'est pas bien de penser à la mort des gens ? Elle me battait ma tante, c'est bien ou c'est pas bien ?
LES CHARGES C'EST CACA (fois quatre)
Si on paye pas ses impôts, on est expulsés ou pas ? J'suis à la cotorep.
Je veux gagner au loto, on peut rêver ou pas ?
Aaaaah j'aime pas les serpents, nooooon ! Oh non vous avez des rats ? Aaah ! Il y a un rat pour un Parisien.
Vous aimez les sans abris ? J'suis un vilain. J'veux pas dormir sous les ponts !
C'est vieux 17 ans pour un chat ? Il perd ses poils. Il va mourir ?
Le p'tit nain a perdu à Questions pour un champion hier à la TV.
Y'a des beaux sapins blancs aux Champs Elysées, vous avez vu ?
AVC... il était handicapé le type, c'est pas bien ?
J'ai peur, j'ai peur de la mort. Y'a quoi après ? C'est dégueulasse, y'a eu trois morts à Saint Cloud, écrasés par un camion. C'est grave de tuer ?
Faut trottiner pour avoir un diplôme.
La cotorep c'est ma faute, hein. Depuis 87.
J'ai faim c'est pas ma faute.
Fait un temps dégueux.
J'suis pas en prison. J'ai de la chance.
Un diplôme c'est à vie.
Faut manger c'est vrai ou pas ?
C'est froid le marché j'aime pas.
Douze heures par jour, il l'a méritée sa retraite ou pas mon papa ?
On va avoir un nouveau canapé j'suis conteeeeeeeennnnt ! Oooooh !!
J'ai plus rien à dire."
vendredi 19 novembre 2010
"Accepterais-tu de devenir ma petite soeur ?"







Les gens n'aiment pas qu'on les photographie à titre privé, ils ont peur de retrouver leur cheutron dans je ne sais quel contexte graveleux.
A l'inverse, s'ils posaient pour un magazine, ils seraient fiers, alors qu'au contraire, je pense qu'ils devraient l'être lorsqu'un ou une inconnue prend la peine et le temps de les remarquer parmi la foule anonyme.
Cauchemar intime
Il y a une semaine, j'ai vu "Biutiful" avec le très charismatique Javier Bardem, film espagnol (ou mexicain d'ailleurs) d'Alejandro González Iñárritu. Je partai avec un a priori ayant été lassé par les précédentes constructions scénaristiques d'Amours Chiennes, 21 grammes et Babel. Toujours le même schéma narratif: trois ou quatre destins à premières vues différents, voire carrément opposés (on passe de la pauvreté marocaine au confort d'une adolescente japonaise dans Babel) mais tous ont un point de ralliement. Tous ont, d'ailleurs, une fragilité en eux, point de regroupement de plus.
Deux enfants coincés en pleine cambrousse mexicaine à cause de la négligence de leur nounou mexicaine (on aborde alors ici le thème si célèbre de la frontière hispano-américaine et son difficile filtrage de clandestins, fournisseurs de drogue etc...); Inarritu semble être né pour évoquer les problèmes sociaux dans chacune de ses oeuvres; certains lui reprochent même d'user de misérabilisme pour émouvoir le spectateur.
Les parents des deux bambins sont partis, de leur côté, en Afrique du nord, en espérant régler une crise de couple. Entre temps, dans une région proche mais bien loin du petit cocon de touristes américains dans lequel le couple effectue son périple, on suit le quotidien d'une famille marocaine qui vit de la chasse du père. Ce dernier prend la soudaine décision d'initier ses deux fils au maniement du fusil, et, par un tragique hasard, l'un d'eux blesse Cate Blanchett (l'épouse américaine en question) puisque la balle tirée en l'air (ou non puisque les armes à feu sont des jouets pour les enfants) atteint la vitre du car de touristes s'aventurant sur les mêmes terres que les bergers. Le bus s'arrête donc en catastrophe dans un village voisin et, évidemment, le premier médecin est à plusieurs jours du lieu dit. S'en suit alors un conflit entre le reste des Américains souhaitant rentrer à leur hôtel puisque non habitués à la populace locale qui leur semble misérable et malveillante.
Mais la blessée ne peut être transportée au risque de perdre encore plus de sang. Une espèce de chamane s'occupe donc d'elle et un lien se crée entre le couple et quelques habitants. Brad Pitt (le mari dévoué) en vient presque aux mains pour raisonner les autres touristes manquant visiblement d'empathie.
Inarritu nous emmène ensuite à Tokyo, où une jeune sourde et muette tente tant bien que mal de survivre dans le monde survolté de l'adolescence. Les garçons la rejettent, son père n'est jamais là.
Où est le lien avec les autres personnages ? Son père, homme d'affaire surmené, fit l'acquisition il y a peu d'une arme à feu lors d'un séjour au Maroc, et il fut tellement satisfait du travail de son guide qu'il en lui fit le don. Arme qui fut par la suite vendu au père de l'enfant meurtrier malgré lui.
Bref, tout s'entrecoupe, se recoupe, dans un ordre anarchique mais savamment mené (flashback etc...).
Tout ça pour dire que dans Biutiful, on change totalement de système narratif. On est dans le "classique" mais on conserve ces plans oniriques qui peuvent durer plusieurs minutes (parfois trop), avec des visions cauchemardesques ou non, de la musique atmosphérique, des fondus, des couleurs "surréalistes".
Javier Bardem survit dans la banlieue barcelonnaise, avec ses deux enfants qui voient de temps en temps leur mère instable puisque magnaco-dépressive. Son gagne-pain, c'est de faire en sorte de trouver du boulot aux sans-papiers Chinois, Africains et autres. Il baigne donc dans le milieu de l'illégalité tout en essayant d'aider son prochain (il héberge une femme et son enfant en bas âge menacée d'expulsion suite à l'arrestation de son mari).
On découvre alors une Espagne bien différente des clichés récurrents: la police et sa corruption, des Chinois vivant dans une sorte de cave et dont leur seule tache est de produire des sacs contrefaits (conditions de vie affreuse pour ces derniers qui finiront par périr par la faute indirecte de Bardem qui leur acheta un chauffage bas de gamme), les difficultés d'un père qui apprend subitement qu'il est atteint d'un cancer de la prostate et qu'il ne lui reste donc que quelques mois à vivre tout en faisant bonne figure devant ses proches, etc...
On pourrait reprocher au réalisateur d'exploiter le filon du larmoyant mais on ne peut rester insensible au destin d'un homme partagé entre culpabilité, tragique et héroisme.
D'ailleurs les seules scènes faisant allusion à la maladie sont subtiles (plans brefs sur les urines presque rouge de Bardem).
Ce dernier revient donc à ses sources, après un long passage de l'autre côté de l'Atlantique (Vicky Christina Barcelona, No country for old men etc...) et prouve qu'avec son faciès de roc (et pas seulement heureusement), il est capable de tout jouer et demeure un des plus grands acteurs de sa génération.
Pour conclure, surtout, ne pas se fier à la bance annonce un peu trop hollywoodienne qui ne met pas du tout le film en valeur.
Deux enfants coincés en pleine cambrousse mexicaine à cause de la négligence de leur nounou mexicaine (on aborde alors ici le thème si célèbre de la frontière hispano-américaine et son difficile filtrage de clandestins, fournisseurs de drogue etc...); Inarritu semble être né pour évoquer les problèmes sociaux dans chacune de ses oeuvres; certains lui reprochent même d'user de misérabilisme pour émouvoir le spectateur.
Les parents des deux bambins sont partis, de leur côté, en Afrique du nord, en espérant régler une crise de couple. Entre temps, dans une région proche mais bien loin du petit cocon de touristes américains dans lequel le couple effectue son périple, on suit le quotidien d'une famille marocaine qui vit de la chasse du père. Ce dernier prend la soudaine décision d'initier ses deux fils au maniement du fusil, et, par un tragique hasard, l'un d'eux blesse Cate Blanchett (l'épouse américaine en question) puisque la balle tirée en l'air (ou non puisque les armes à feu sont des jouets pour les enfants) atteint la vitre du car de touristes s'aventurant sur les mêmes terres que les bergers. Le bus s'arrête donc en catastrophe dans un village voisin et, évidemment, le premier médecin est à plusieurs jours du lieu dit. S'en suit alors un conflit entre le reste des Américains souhaitant rentrer à leur hôtel puisque non habitués à la populace locale qui leur semble misérable et malveillante.
Mais la blessée ne peut être transportée au risque de perdre encore plus de sang. Une espèce de chamane s'occupe donc d'elle et un lien se crée entre le couple et quelques habitants. Brad Pitt (le mari dévoué) en vient presque aux mains pour raisonner les autres touristes manquant visiblement d'empathie.
Inarritu nous emmène ensuite à Tokyo, où une jeune sourde et muette tente tant bien que mal de survivre dans le monde survolté de l'adolescence. Les garçons la rejettent, son père n'est jamais là.
Où est le lien avec les autres personnages ? Son père, homme d'affaire surmené, fit l'acquisition il y a peu d'une arme à feu lors d'un séjour au Maroc, et il fut tellement satisfait du travail de son guide qu'il en lui fit le don. Arme qui fut par la suite vendu au père de l'enfant meurtrier malgré lui.
Bref, tout s'entrecoupe, se recoupe, dans un ordre anarchique mais savamment mené (flashback etc...).
Tout ça pour dire que dans Biutiful, on change totalement de système narratif. On est dans le "classique" mais on conserve ces plans oniriques qui peuvent durer plusieurs minutes (parfois trop), avec des visions cauchemardesques ou non, de la musique atmosphérique, des fondus, des couleurs "surréalistes".
Javier Bardem survit dans la banlieue barcelonnaise, avec ses deux enfants qui voient de temps en temps leur mère instable puisque magnaco-dépressive. Son gagne-pain, c'est de faire en sorte de trouver du boulot aux sans-papiers Chinois, Africains et autres. Il baigne donc dans le milieu de l'illégalité tout en essayant d'aider son prochain (il héberge une femme et son enfant en bas âge menacée d'expulsion suite à l'arrestation de son mari).
On découvre alors une Espagne bien différente des clichés récurrents: la police et sa corruption, des Chinois vivant dans une sorte de cave et dont leur seule tache est de produire des sacs contrefaits (conditions de vie affreuse pour ces derniers qui finiront par périr par la faute indirecte de Bardem qui leur acheta un chauffage bas de gamme), les difficultés d'un père qui apprend subitement qu'il est atteint d'un cancer de la prostate et qu'il ne lui reste donc que quelques mois à vivre tout en faisant bonne figure devant ses proches, etc...
On pourrait reprocher au réalisateur d'exploiter le filon du larmoyant mais on ne peut rester insensible au destin d'un homme partagé entre culpabilité, tragique et héroisme.
D'ailleurs les seules scènes faisant allusion à la maladie sont subtiles (plans brefs sur les urines presque rouge de Bardem).
Ce dernier revient donc à ses sources, après un long passage de l'autre côté de l'Atlantique (Vicky Christina Barcelona, No country for old men etc...) et prouve qu'avec son faciès de roc (et pas seulement heureusement), il est capable de tout jouer et demeure un des plus grands acteurs de sa génération.
Pour conclure, surtout, ne pas se fier à la bance annonce un peu trop hollywoodienne qui ne met pas du tout le film en valeur.
mardi 16 novembre 2010
Hasta la vista, baby
Je flâne et jonche au milieu des feuilles mortes, mon Sansa dans les oreilles à écouter ce vieux groupe d'Underworld auquel le film Trainspotting doit en grande partie son succès.
J'ai mon appareil Coolpix Nikon à la main droite (de la merde mais ça dépanne) et je cherche des sujets à immortaliser. Je passe de la couleur sépia aux couleurs froides (je n'en connaissais pas le rendu mais il est intéressant). Tout à coup, je me dis que la nature semble trop statique à mon goût, malgré sa beauté. Les écureuils ne sont pas au rendez-vous et je n'ai pas la patience de les traquer. Alors je vois au loin chahuter un groupe d'enfants (j'ai toujours été fasciné plus que tout par les visages, les nuances sont si différentes de l'un à l'autre; c'est pour cela que je ne dessine que des portraits), quelle subite aubaine, moi qui commencais à désespérer ! Je me rends donc en leur direction puis commence à cliquer à tout va sur deux petites filles de dos, mais les mouvements sont trop saccadés et le résultat n'est pas fameux. J'interpelle donc carrément une petite blonde en vue de lui demander si elle serait d'accord pour poser pour moi (j'embellis la formule). Elle sourit bien qu'un poil méfiante (et oui, on lui a toujours martelé dans le ciboulot qu'il ne fallait pas parler aux inconnus). Un vieil homme nous rejoint, je lui demande si ça lui pose un problème. Il me répond que oui, par principe, le droit à l'image blabla et me dépasse froidement entouré de ses chérubins. Et là je souris intérieurement et me demande, perplexe, "le droit à l'image ?", "Qu'est-ce que c'est que ça ?". Voilà encore un mouton paranoiaque qui s'est tapé les intégrales de "Capital" traitant des réseaux illégaux pédophiles et qui interprête de façon abusémment négatives toute utilisation d'appareils technologiques. Maintenant, je saurai qu'il ne vaut mieux pas demander la permission mais fonctionner de façon instinctive, quitte à se faire réprimander par des gens peu ouverts d'esprit.
Je suis face à Paris et entrevois la tour Montparnasse. J'aime cette ville. Demain je vais pouvoir jouer au ping-pong avec Michel Michel, je suis contente.



J'ai mon appareil Coolpix Nikon à la main droite (de la merde mais ça dépanne) et je cherche des sujets à immortaliser. Je passe de la couleur sépia aux couleurs froides (je n'en connaissais pas le rendu mais il est intéressant). Tout à coup, je me dis que la nature semble trop statique à mon goût, malgré sa beauté. Les écureuils ne sont pas au rendez-vous et je n'ai pas la patience de les traquer. Alors je vois au loin chahuter un groupe d'enfants (j'ai toujours été fasciné plus que tout par les visages, les nuances sont si différentes de l'un à l'autre; c'est pour cela que je ne dessine que des portraits), quelle subite aubaine, moi qui commencais à désespérer ! Je me rends donc en leur direction puis commence à cliquer à tout va sur deux petites filles de dos, mais les mouvements sont trop saccadés et le résultat n'est pas fameux. J'interpelle donc carrément une petite blonde en vue de lui demander si elle serait d'accord pour poser pour moi (j'embellis la formule). Elle sourit bien qu'un poil méfiante (et oui, on lui a toujours martelé dans le ciboulot qu'il ne fallait pas parler aux inconnus). Un vieil homme nous rejoint, je lui demande si ça lui pose un problème. Il me répond que oui, par principe, le droit à l'image blabla et me dépasse froidement entouré de ses chérubins. Et là je souris intérieurement et me demande, perplexe, "le droit à l'image ?", "Qu'est-ce que c'est que ça ?". Voilà encore un mouton paranoiaque qui s'est tapé les intégrales de "Capital" traitant des réseaux illégaux pédophiles et qui interprête de façon abusémment négatives toute utilisation d'appareils technologiques. Maintenant, je saurai qu'il ne vaut mieux pas demander la permission mais fonctionner de façon instinctive, quitte à se faire réprimander par des gens peu ouverts d'esprit.
Je suis face à Paris et entrevois la tour Montparnasse. J'aime cette ville. Demain je vais pouvoir jouer au ping-pong avec Michel Michel, je suis contente.



Alien's Nation
Sophie est une grande poupée bobo qui apprécie tout ce qui est fait en laine (elle se trimballe avec son bonnet éternellement). Son genre de mec c'est le bucheron par excellence (ce midi elle nous annonça qu'elle s'était tapée Olivier Barthelemy cet été et qu'il était très con). Sa grande soeur a séjourné ici pendant un an et va maintenant beaucoup mieux (elle s'est mariée, la preuve). Sophie fait des études d'arts dans une école des Champs Elysées et possède (merci papa) un appartement vers la place de la Bastille. Elle aime fumer (elle n'arrivait pas à s'endormir jadis sans avoir fumé une dizaine de spliffs dans la soirée) mais doit arrêter. Elle aime faire du shopping et sortir dans les boîtes branchées de Paris (elle a même, par le biais d'une amie, rencontré Vincent Cassel). Elle me répète souvent "mais qu'est ce que t'as avec les stars ? Franchement ils ne sont pas si fascinants que ça." Normal, la donzelle est blasée. J'aimerais garder le contact avec elle (pas par opportunisme n'est-ce pas!) mais je n'ai pas l'impression que l'intérêt que je lui porte soit réciproque. Elle semble me trouver lourde, ou alors je suis définitivement paranoiaque. Parfois je la trouve intolérante, surtout quand elle parle des personnes de l'hopital de jour: "Attends je vais pas traîner avec eux dans des musées, imagine mes potes qui me croisent, la honte...". Enfin, elle est jeune.
Jean-Paul a un gros strabisme mais une culture énorme (quel rapport on se le demande). Il erre souvent à l'entrée de la clinique, la tête courbée en direction du sol. Il aime faire la bise aux gens mais je m'y refuse obstinément, alors il se rabat sur la poignée de main que je lui propose. Si vous demandez à Jean-Paul comment il va il vous répondra systématiquement qu'il va mal. Cette après-midi, il devait aller voir "Potiches" au cinéma avec le groupe. Il est obligé de faire certaines activités, cela fait partie de sa thérapie. Mais il ne le sentait pas, ce jour-là, ce cinéma. L'autre fois au déjeuner il ne cessait de répéter à Benoît (un bipolaire à queue de cheval qui parle sans arrêt) que ce dernier était anorexique, tout ça parce qu'il ne voulait pas de son poisson (et surtout qu'il tardait à finir son assiette vu qu'il blablater non-stop). Jean-Paul est persuadé que j'ai des origines italiennes (?!).
Etienne est un gentil cinquantenaire un peu à la ramasse qui ne se gêne pas pour s'enfiler dans les transports en communs des gouttes pour ses yeux malades. Et comme il est complètement stone à cause des cachetons qu'on lui prescrit, il s'en fout partout. Je l'apprécie car il m'appelle son "amie" et parce qu'il est probablement le seul pentionnaire à avoir mémorisé mon prénom du premier coup.





Jean-Paul a un gros strabisme mais une culture énorme (quel rapport on se le demande). Il erre souvent à l'entrée de la clinique, la tête courbée en direction du sol. Il aime faire la bise aux gens mais je m'y refuse obstinément, alors il se rabat sur la poignée de main que je lui propose. Si vous demandez à Jean-Paul comment il va il vous répondra systématiquement qu'il va mal. Cette après-midi, il devait aller voir "Potiches" au cinéma avec le groupe. Il est obligé de faire certaines activités, cela fait partie de sa thérapie. Mais il ne le sentait pas, ce jour-là, ce cinéma. L'autre fois au déjeuner il ne cessait de répéter à Benoît (un bipolaire à queue de cheval qui parle sans arrêt) que ce dernier était anorexique, tout ça parce qu'il ne voulait pas de son poisson (et surtout qu'il tardait à finir son assiette vu qu'il blablater non-stop). Jean-Paul est persuadé que j'ai des origines italiennes (?!).
Etienne est un gentil cinquantenaire un peu à la ramasse qui ne se gêne pas pour s'enfiler dans les transports en communs des gouttes pour ses yeux malades. Et comme il est complètement stone à cause des cachetons qu'on lui prescrit, il s'en fout partout. Je l'apprécie car il m'appelle son "amie" et parce qu'il est probablement le seul pentionnaire à avoir mémorisé mon prénom du premier coup.
Inscription à :
Commentaires (Atom)










