Tu comprends déjà, mon bien-aimé, quelle merveille, quelle attirante énigme tu devais être pour moi... pour moi, une enfant. Un être que l'on vénérait parce qu'il écrivait des livres, parce qu'il était célèbre dans le vaste monde, le découvrir tout à coup sous les traits d'un jeune homme de vingt-cinq ans, élégant et d'une gaieté d'adolescent ? Dois-je te dire encore qu'à partir de ce jour-là, dans notre maison, dans tout mon pauvre univers d'enfant, rien ne m'intéressa plus, si ce n'est toi, et que, avec tout l'entêtement et toute l'obsédante ténacité d'une fillette de treize ans, je n'eus plus qu'une seule préoccupation: tourner autour de ta vie et de ton existence ! Je t'observais, j'observais tes habitudes, j'observais les gens qui venaient chez toi; et tout cela, au lieu de diminuer la curiosité que tu m'inspirais, ne faisait que l'accroître, car le caractère double de ton être s'exprimait parfaitement dans la diversité de ces visites.
Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue
jeudi 27 mai 2010
Les Bas-fonds
Boubnov
Le passé est le passé... il n'en reste pas lourd. Ici, il n'y a plus de seigneurs... tout a disparu, il n'y a plus que l'homme dans sa nudité.
Louka
Donc, on est tous égaux. C'est vrai que tu as été baron, mon gars ?
Le Baron
D'où sort-il, celui-là ? Qui es-tu, phénomène ?
Louka, en riant.
J'ai déjà rencontré un comte et un prince, mais un baron, jamais... tu es le premier, et encore tu es un baron plutôt... déplumé...
Pepel, riant aux éclats.
Dis, baron, tu m'as cloué le bec !
Le Baron
Il est temps d'avoir un peu plus de cervelle, Vassili.
Louka
Ah, mes petits gars ! Quand je vous regarde... Drôle de vie que la vôtre !
Boubnov
Une vie qui n'est pas une existence.
Le Baron
Autrefois, je vivais mieux que ça... oui ! Quand je m'éveillais, on me servait mon café au lit... du café ! avec de la crème...
Louka
On est tous des hommes ! On a beau jouer la comédie et faire le malin, on est un homme, de la naissance à la mort... Je trouve, moi, que les gens deviennent plus intelligents, plus drôles; leur vie est toujours plus dure, mais ils exigent toujours davantage; des obstinés, en un mot !
Le Baron
Qui es-tu, le vieux ? D'où viens-tu ?
Louka
Moi ?
Le Baron
Tu es pèlerin ?
Louka
Nous sommes tous des pèlerins sur terre. Et notre terre elle-même, à ce qu'on m'a raconté, fait des pèlerinages dans le ciel.
Maxime Gorki
Le passé est le passé... il n'en reste pas lourd. Ici, il n'y a plus de seigneurs... tout a disparu, il n'y a plus que l'homme dans sa nudité.
Louka
Donc, on est tous égaux. C'est vrai que tu as été baron, mon gars ?
Le Baron
D'où sort-il, celui-là ? Qui es-tu, phénomène ?
Louka, en riant.
J'ai déjà rencontré un comte et un prince, mais un baron, jamais... tu es le premier, et encore tu es un baron plutôt... déplumé...
Pepel, riant aux éclats.
Dis, baron, tu m'as cloué le bec !
Le Baron
Il est temps d'avoir un peu plus de cervelle, Vassili.
Louka
Ah, mes petits gars ! Quand je vous regarde... Drôle de vie que la vôtre !
Boubnov
Une vie qui n'est pas une existence.
Le Baron
Autrefois, je vivais mieux que ça... oui ! Quand je m'éveillais, on me servait mon café au lit... du café ! avec de la crème...
Louka
On est tous des hommes ! On a beau jouer la comédie et faire le malin, on est un homme, de la naissance à la mort... Je trouve, moi, que les gens deviennent plus intelligents, plus drôles; leur vie est toujours plus dure, mais ils exigent toujours davantage; des obstinés, en un mot !
Le Baron
Qui es-tu, le vieux ? D'où viens-tu ?
Louka
Moi ?
Le Baron
Tu es pèlerin ?
Louka
Nous sommes tous des pèlerins sur terre. Et notre terre elle-même, à ce qu'on m'a raconté, fait des pèlerinages dans le ciel.
Maxime Gorki
mercredi 26 mai 2010
Goodbye my love
La princesse s'en est allée au paradis du gruyère.
Elle réclamait de l'aide, nous l'avons tuée.
Son petit corps repose sous terre
Dans un faux parc odieusement bétonné.
Divine boule de poils tu n'es plus
Dans la souffrance et la sollicitude tu enduras
Les derniers instants d'une existence inégale car tiraillée entre deux statuts:
Celui du meilleur compagnon d'un homme devenu misanthrope, et celui de la bête subissant la domination d'un tyran regorgeant de frustrations car vivant au sein d'une société régit par l'esprit de comparaison omniprésent.
Du respect pour les rats, bandes d'incultes (message adressé à la petite caissière black qui me lança un " Madame, vous pourriez éloigner la cage parce que j'ai peur des rongeurs je sais pas pourquoi.")
BEN NON TU SAIS PAS POURQUOI, COCONNE.
Elle réclamait de l'aide, nous l'avons tuée.
Son petit corps repose sous terre
Dans un faux parc odieusement bétonné.
Divine boule de poils tu n'es plus
Dans la souffrance et la sollicitude tu enduras
Les derniers instants d'une existence inégale car tiraillée entre deux statuts:
Celui du meilleur compagnon d'un homme devenu misanthrope, et celui de la bête subissant la domination d'un tyran regorgeant de frustrations car vivant au sein d'une société régit par l'esprit de comparaison omniprésent.
Du respect pour les rats, bandes d'incultes (message adressé à la petite caissière black qui me lança un " Madame, vous pourriez éloigner la cage parce que j'ai peur des rongeurs je sais pas pourquoi.")
BEN NON TU SAIS PAS POURQUOI, COCONNE.
Rien que de la viande
-Quand j'étais gamin...commença-t-il, mais il s'arrêta brusquement au milieu de sa phrase.
L'aile ténébreuse l'avait de nouveau frôlé, et son corps vibrait, pressentant un désastre imminent. Il sentait qu'un élément perturbateur était à l'oeuvre dans sa chair, et il avait l'impression que tous ses muscles allaient commencer à se contracter. Soudain il s'assit, et tout aussi brusquement se pencha en avant, les épaules sur la table. Un tremblement imperceptible parcourut les muscles de son corps. Cela ressemblait au bruissement des feuilles à l'arrivée du vent. Il serra les dents. Cela revint, une tension spasmodique des muscles. Tout son être se révoltait, et il fut pris de panique. Il n'était plus maître de sa musculature: elle se tendit encore en spasme, en dépit de sa volonté - car il avait voulu l'en empêcher. C'était une révolution, une anarchie intérieure; et une terreur impuissante s'empara de lui tandis que sa chair l'empoignait et semblait le saisir dans un étau; des frissons lui parcouraient le dos, et la sueur commençait à perler à son front. Il jeta un coup d'oeil à la pièce, et tous les détails lui donnèrent un sentiment étrange de familiarité qui le frappa. C'était comme s'il revenait d'un long voyage. Il regarda son complice en face de lui. Matt l'observait en souriant. Le visage de Jim prit une expression d'horreur.
-Bon Dieu, Matt, hurla-t-il, tu m'as pas mis une drogue ?
Matt sourit et continua de l'observer. Malgré la crise intense qui suivit, Jim ne sombra pas dans l'inconscience. Ses muscles se tendaient, se contractaient convulsivement, se nouaient; leur étreinte sauvage le blessait, l'écrasait. Mais tout à coup le comportement étrange de Matt le frappa. Il était en train de suivre le même chemin. Son sourire avait disparu, et son visage prenait une expression attentive, comme s'il écoutait quelque message intérieur et cherchait à en deviner le sens.
Matt se leva, traversa la pièce, fit demi-tour, puis se rassit.
-T'as fait ça, Jim, dit-il avec calme.
-Mais je pensais que t'essayerais aussi d'me régler mon compte, répondit Jim sur un ton de reproche.
-Oh, j'ai fait ça très bien, dit Matt, les dents serrées et le corps frissonnant. Tu m'a donné quoi ?
-Strychnine.
-Moi pareil, répondit l'autre spontanément. Satané pétrin, non ?
-Tu mens, Matt, dit Jim d'un ton suppliant. Tu m'as pas empoisonné, hein ?
-Bien sûr que si, Jim. Mais j'en ai mis que ce qu'i'fallait. J'l'ai fait cuire bien comme i'faut dans ta moitié de tournedos.
Arrête ! Où tu vas ?
Jim s'était précipité vers la porte et était en train d'ôter les verrous. D'un bond, Matt s'interposa et le repoussa.
-Un pharmacien ! fit Jim d'une voix haletante. Un pharmacien !
-Pas question. Tu vas rester là. Tu vas pas sortir jouer les empoisonnés dans la rue - pas avec tous ces bijoux sous l'oreiller. Tu piges ? Même si tu mourais pas, tu tomberais entre les mains des flics, et faudrait t'mettre à table ! Un vomitif, voilà le truc contre le poison. J'suis aussi mal en point que toi, et j'vais prendre un vomitif. De toute façon, on t'donnerait rien d'autre à la pharmacie.
Jack London, Quand Dieu ricane
L'aile ténébreuse l'avait de nouveau frôlé, et son corps vibrait, pressentant un désastre imminent. Il sentait qu'un élément perturbateur était à l'oeuvre dans sa chair, et il avait l'impression que tous ses muscles allaient commencer à se contracter. Soudain il s'assit, et tout aussi brusquement se pencha en avant, les épaules sur la table. Un tremblement imperceptible parcourut les muscles de son corps. Cela ressemblait au bruissement des feuilles à l'arrivée du vent. Il serra les dents. Cela revint, une tension spasmodique des muscles. Tout son être se révoltait, et il fut pris de panique. Il n'était plus maître de sa musculature: elle se tendit encore en spasme, en dépit de sa volonté - car il avait voulu l'en empêcher. C'était une révolution, une anarchie intérieure; et une terreur impuissante s'empara de lui tandis que sa chair l'empoignait et semblait le saisir dans un étau; des frissons lui parcouraient le dos, et la sueur commençait à perler à son front. Il jeta un coup d'oeil à la pièce, et tous les détails lui donnèrent un sentiment étrange de familiarité qui le frappa. C'était comme s'il revenait d'un long voyage. Il regarda son complice en face de lui. Matt l'observait en souriant. Le visage de Jim prit une expression d'horreur.
-Bon Dieu, Matt, hurla-t-il, tu m'as pas mis une drogue ?
Matt sourit et continua de l'observer. Malgré la crise intense qui suivit, Jim ne sombra pas dans l'inconscience. Ses muscles se tendaient, se contractaient convulsivement, se nouaient; leur étreinte sauvage le blessait, l'écrasait. Mais tout à coup le comportement étrange de Matt le frappa. Il était en train de suivre le même chemin. Son sourire avait disparu, et son visage prenait une expression attentive, comme s'il écoutait quelque message intérieur et cherchait à en deviner le sens.
Matt se leva, traversa la pièce, fit demi-tour, puis se rassit.
-T'as fait ça, Jim, dit-il avec calme.
-Mais je pensais que t'essayerais aussi d'me régler mon compte, répondit Jim sur un ton de reproche.
-Oh, j'ai fait ça très bien, dit Matt, les dents serrées et le corps frissonnant. Tu m'a donné quoi ?
-Strychnine.
-Moi pareil, répondit l'autre spontanément. Satané pétrin, non ?
-Tu mens, Matt, dit Jim d'un ton suppliant. Tu m'as pas empoisonné, hein ?
-Bien sûr que si, Jim. Mais j'en ai mis que ce qu'i'fallait. J'l'ai fait cuire bien comme i'faut dans ta moitié de tournedos.
Arrête ! Où tu vas ?
Jim s'était précipité vers la porte et était en train d'ôter les verrous. D'un bond, Matt s'interposa et le repoussa.
-Un pharmacien ! fit Jim d'une voix haletante. Un pharmacien !
-Pas question. Tu vas rester là. Tu vas pas sortir jouer les empoisonnés dans la rue - pas avec tous ces bijoux sous l'oreiller. Tu piges ? Même si tu mourais pas, tu tomberais entre les mains des flics, et faudrait t'mettre à table ! Un vomitif, voilà le truc contre le poison. J'suis aussi mal en point que toi, et j'vais prendre un vomitif. De toute façon, on t'donnerait rien d'autre à la pharmacie.
Jack London, Quand Dieu ricane
L'Enchanteur
Ils se mirent en route. La fillette marchait en tête, faisant tournoyer vigoureusement un sac en toile accroché à une lanière, et déjà tout en elle lui paraissait épouvantablement familier - la courbe de son dos étroit, l'élasticité des deux petits muscles ronds placés un peu plus bas, l'exactitude avec laquelle les carreaux de sa robe (l'autre, la marron) se raidissaient lorsqu'elle soulevait un bras, et puis les chevilles délicates, les talons assez hauts. Elle était peut-être légèrement introvertie, plus vive dans ses mouvements que dans sa conversation, ni timide, ni effrontée, et avec une âme qui semblait immergée, mais immergée dans une moiteur radieuse. Opalescente en surface mais translucide en profondeur, elle devait adorer les douceurs, les petits chiots et l'innocente supercherie des films d'actualité. Des filles comme elle, à la peau chaude, aux cheveux roussâtres et aux lèvres ouvertes, avaient leurs règles très jeunes et c'était pour elles pas plus sorcier qu'un jeu, c'était comme nettoyer une cuisine de maison de poupée... Et elle n'était pas très heureuse, son enfance, l'enfance d'une demi-orpheline: la tendresse de cette femme sévère ne ressemblait pas au chocolat au lait mais au chocolat amer - un foyer sans caresses, une discipline stricte, des symptômes de lassitude, un service rendu à une amie qui était devenu une charge... Et pour tout cela, pour l'éclat rubicond de ses joues, les douze paires de côtes étroites, le duvet de son dos, le filet de son âme, cette voie légèrement voilée, les patins à roulettes et la grisaille de la journée, la pensée inconnue qui venait de lui traverser l'esprit alors qu'elle regardait depuis le pont une chose inconnue... Pour tout cela il aurait donné un sac de rubis, un seau de sang, tout ce qu'on lui aurait demandé...
V. Nabokov
V. Nabokov
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