jeudi 27 mai 2010

Roses blanches

Tu comprends déjà, mon bien-aimé, quelle merveille, quelle attirante énigme tu devais être pour moi... pour moi, une enfant. Un être que l'on vénérait parce qu'il écrivait des livres, parce qu'il était célèbre dans le vaste monde, le découvrir tout à coup sous les traits d'un jeune homme de vingt-cinq ans, élégant et d'une gaieté d'adolescent ? Dois-je te dire encore qu'à partir de ce jour-là, dans notre maison, dans tout mon pauvre univers d'enfant, rien ne m'intéressa plus, si ce n'est toi, et que, avec tout l'entêtement et toute l'obsédante ténacité d'une fillette de treize ans, je n'eus plus qu'une seule préoccupation: tourner autour de ta vie et de ton existence ! Je t'observais, j'observais tes habitudes, j'observais les gens qui venaient chez toi; et tout cela, au lieu de diminuer la curiosité que tu m'inspirais, ne faisait que l'accroître, car le caractère double de ton être s'exprimait parfaitement dans la diversité de ces visites.

Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue

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