mercredi 30 décembre 2009
Tigre, tigre
Tigre, tigre brûlant qui luis
Du fond des forêts de la nuit,
Quel cœur immortel pouvait faire
Ta symétrie meurtrière?
Dans quel abîme, à quelle cime
Prit feu l'œil qu'un génie anime?
Quelle aile osa ascendre aux lieux
Ou la main empoigna le feu?
Quelle force de quel sculpteur
Plia les tendons de ton cœur
Et quand ce cœur fut vif en toi
Quels pieds d'acier? Quel bras d'effroi?
Et quelle chaîne? Quel marteau?
Quelle fournaise eut ton cerveau?
Quelle enclume? Quel poing rebelle
Saisit cette terreur mortelle?
Quand les astres, jetteurs d'épieux,
En pleurs arrosèrent les cieux,
Sourit-il quand il te revit
Qui fit l'agneau au temps jadis?
Tigre, tigre brûlant qui luis
Du fond des forêts de la nuit,
Quel cœur immortel ose faire
Ta symétrie meurtrière?
William Blake
Du fond des forêts de la nuit,
Quel cœur immortel pouvait faire
Ta symétrie meurtrière?
Dans quel abîme, à quelle cime
Prit feu l'œil qu'un génie anime?
Quelle aile osa ascendre aux lieux
Ou la main empoigna le feu?
Quelle force de quel sculpteur
Plia les tendons de ton cœur
Et quand ce cœur fut vif en toi
Quels pieds d'acier? Quel bras d'effroi?
Et quelle chaîne? Quel marteau?
Quelle fournaise eut ton cerveau?
Quelle enclume? Quel poing rebelle
Saisit cette terreur mortelle?
Quand les astres, jetteurs d'épieux,
En pleurs arrosèrent les cieux,
Sourit-il quand il te revit
Qui fit l'agneau au temps jadis?
Tigre, tigre brûlant qui luis
Du fond des forêts de la nuit,
Quel cœur immortel ose faire
Ta symétrie meurtrière?
William Blake
Le pays des Teurs
C'est Tartarin-Sancho qui n'était pas content ! Cette idée de voyage en Afrique et de chasse au lion lui donnait le frisson par avance; et, en rentrant au logis, pendant que la sérénade d'honneur sonnait sous leurs fenêtres, il fit à Tartarin-Quichotte une scène effroyable, l'appelant toqué, visionnaire, imprudent, triple fou, lui détaillant par le menu toutes les catastrophes qui l'attendaient dans cette expédition, naufrages, rhumatismes, fièvres chaudes, dysenteries, peste noire, éléphantiasis, et le reste...
En vain, Tartarin-Quichotte jurait-il de ne pas faire d'imprudences, qu'il se couvrirait bien, qu'il emporterait tout ce qu'il faudrait, Tartarin-Sancho ne voulait rien entendre. le pauvre homme se voyait déjà déchiqueté par les lions, englouti dans les sables du désert comme feu Cambyse, et l'autre Tartarin ne parvint à l'apaiser un peu qu'en lui expliquant que ce n'était pas pour tout de suite, que rien ne pressait et qu'en fin de compte ils n'étaient pas encore partis.
Tartarin-Quichotte criant: "Je pars! "
Tartarin-Sancho disant: "Je reste."
Tartarin-Quichotte, très exalté: "Couvre-toi de gloire, Tartarin."
Tartarin-Sancho, très calme: "Tartarin, couvre-toi de flanelle."
Tartarin-Quichotte, de plus en plus exalté:"O les bons rifles à deux coups ! ô les dagues, les lassos, les mocassins!"
Tartarin-Sancho, de plus en plus calme: "O les bons gilets tricotés! les bonnes genouillères bien chaudes! ô les braves casquettes à oreilles!"
Tartarin-Quichotte, hors de lui: "Une hache, qu'on me donne une hache!"
Tartarin-Sancho, sonnant la bonne: "Jeannette, mon chocolat."
En vain, Tartarin-Quichotte jurait-il de ne pas faire d'imprudences, qu'il se couvrirait bien, qu'il emporterait tout ce qu'il faudrait, Tartarin-Sancho ne voulait rien entendre. le pauvre homme se voyait déjà déchiqueté par les lions, englouti dans les sables du désert comme feu Cambyse, et l'autre Tartarin ne parvint à l'apaiser un peu qu'en lui expliquant que ce n'était pas pour tout de suite, que rien ne pressait et qu'en fin de compte ils n'étaient pas encore partis.
Tartarin-Quichotte criant: "Je pars! "
Tartarin-Sancho disant: "Je reste."
Tartarin-Quichotte, très exalté: "Couvre-toi de gloire, Tartarin."
Tartarin-Sancho, très calme: "Tartarin, couvre-toi de flanelle."
Tartarin-Quichotte, de plus en plus exalté:"O les bons rifles à deux coups ! ô les dagues, les lassos, les mocassins!"
Tartarin-Sancho, de plus en plus calme: "O les bons gilets tricotés! les bonnes genouillères bien chaudes! ô les braves casquettes à oreilles!"
Tartarin-Quichotte, hors de lui: "Une hache, qu'on me donne une hache!"
Tartarin-Sancho, sonnant la bonne: "Jeannette, mon chocolat."
mardi 22 décembre 2009
vendredi 18 décembre 2009
dimanche 6 décembre 2009
Roland Topor
Il trouva son sourire obscène. Toutes ses mimiques, d'ailleurs, lui semblaient pleines de sous-entendus. Elle ne devait songer qu'à faire l'amour. La façon dont elle lapait à petits coups de langue la mousse de sa bière était significative. Sa peau devait être pleine d'empreintes digitales ! Une goutte de bière s'échappa de ses lèvres et dégoulina le long du menton, puis du cou. Elle l'écrasa d'un coup de pouce sensuel à la hauteur de la clavicule. La peau blanchit sous la pression, puis reprit immédiatement sa couleur rose. En s'appuyant sur la table pour reposer le verre, son manteau glissa derrière son dos. Elle acheva de s'en débarrasser d'une torsion du buste qui fit ballotter ses seins. Vue de côté, sa poitrine provoquait de nombreux plis du corsage sous l'aisselle. Elle dut en avoir conscience car elle passa sa paume ouverte à cet endroit, pour le lisser. Ce geste fit apparaître le soutien-gorge en relief sur le tissu du corsage. Ce devait être un soutien-gorge à armatures. Oui, il s'en souvenait, c'était un soutien-gorge à armatures.
Désillusion
Douter de toi ? s'écria-t-elle en s'adressant à sa propre image; pauvre tête pâle, on te soupçonne ! pauvres joues maigres, pauvres yeux fatigués, on doute de vous et de vos larmes ! Eh bien ! achevez de souffrir; que ces baisers qui vous ont desséchés vous ferment les paupières. Descends dans cette terre humide, pauvre corps vacillant qui ne te soutiens plus. Quand tu y seras, on le croiras peut-être, si le doute croit à la mort. O triste spectre ! sur quelle rive veux-tu donc errer et gémir ? quel est ce feu qui te dévore ? Tu fais des projets de voyage, toi qui as un pied dans le tombeau ! Meurs ! Dieu t'en es témoin, tu as voulu aimer ! Ah ! quelles richesses, quelles puissances d'amour on a éveillées dans ton coeur ! Ah ! quel rêve on t'a laissé faire, et de quels poisons on t'a tuée ! Quel mal avais-tu fait pour que l'on mît en toi cette fièvre ardente qui te brûle ? quelle fureur l'anime donc, cette créature insensée, qui te pousse du pied dans le cercueil, tandis que ses lèvres te parlent d'amour ? Que deviendras-tu donc, si tu vis encore ? N'est-il pas temps ? n'en est-ce pas assez ? Quelle preuve de ta douleur donneras-tu pour qu'on y croie, quand toi, toi-même, pauvre preuve vivante, pauvre témoin, on ne te croit pas ? A quelle torture veux-tu te soumettre que tu n'aies pas déjà usée ? par quels tourments, quels sacrifices apaiseras-tu l'avide, l'insatiable amour ? Tu ne seras qu'un objet de risée; tu chercheras en vain [sur la terre] une rue déserte où ceux qui passent ne te montrent pas du doigt. Tu perdras toute honte, et jusqu'a l'apparence de cette vertu fragile qui l'a été si chère; et l'homme pour qui tu t'aviliras sera le premier à t'en punir. Il te reprochera de vivre pour lui seul, de braver le monde pour lui, et, tandis que tes propres amis murmureront autour de toi, il cherchera dans leurs regards s'il n'aperçoit pas trop de pitié; il t'accusera de le tromper si une main serre encore la tienne, et si, dans le désert de ta vie, tu trouves par hasard quelqu'un qui puisse te plaindre en passant.
samedi 14 novembre 2009
mardi 10 novembre 2009
Gisèle
Je voyais aussi Gisèle à la surface d'une ville dense, lumineuse, dont les tours épousaient la forme de son corps comme les ressorts d'un matelas. Elle était joyeuse, triste, en colère, paisible comme une morte, en suspens au-dessus des destinées qui se poursuivaient dans les logements, les bars, les rues, et je la regardais sans l'aimer, avec l'indifférence qu'on voue aux enseignes, aux balustrades, aux trottoirs qui dégringolent, qui grimpent en se pressant pour ne pas se laisser distancer par les caniveaux.
J'éprouvais envers elle cette haine épaisse et blonde comme le miel, légère et noire comme les cinq cents poils de sa touffe, touche de gouache pudibonde pour cacher l'entrée du détroit où mon sexe se réfugiait au milieu des fontaines, dans le brouhaha de l'organisme qui peu à peu se taisait, devenait silencieux comme une forêt immobile entre la nuit et l'aube. Tandis que nous jouissions quelque part, ailleurs, loin de nous, vents contraires unis dans un tourbillon éphémère au-dessus des océans, des landes, des métropoles étendues à l'autre extrémité du planisphère, avant de retomber en nous comme deux cailloux, de nous hair à nouveau, de nous aimer encore, de nous lever ensemble comme un couple d'humains, d'échanger des tasses, des verres, des paroles en l'air qui s'échappaient par la fenêtre entrouverte, des sourires qu'on n'avait pas le temps de voir passer, des rires qui rejoignaient dans le square les aboiements des chiens, des regards qu'on aurait tant voulu garder pour nous et qu'on pourchassait de pièce en pièce quand ils s'envolaient comme des papillons.
Régis Jauffret, Asile de fous.
J'éprouvais envers elle cette haine épaisse et blonde comme le miel, légère et noire comme les cinq cents poils de sa touffe, touche de gouache pudibonde pour cacher l'entrée du détroit où mon sexe se réfugiait au milieu des fontaines, dans le brouhaha de l'organisme qui peu à peu se taisait, devenait silencieux comme une forêt immobile entre la nuit et l'aube. Tandis que nous jouissions quelque part, ailleurs, loin de nous, vents contraires unis dans un tourbillon éphémère au-dessus des océans, des landes, des métropoles étendues à l'autre extrémité du planisphère, avant de retomber en nous comme deux cailloux, de nous hair à nouveau, de nous aimer encore, de nous lever ensemble comme un couple d'humains, d'échanger des tasses, des verres, des paroles en l'air qui s'échappaient par la fenêtre entrouverte, des sourires qu'on n'avait pas le temps de voir passer, des rires qui rejoignaient dans le square les aboiements des chiens, des regards qu'on aurait tant voulu garder pour nous et qu'on pourchassait de pièce en pièce quand ils s'envolaient comme des papillons.
Régis Jauffret, Asile de fous.
mardi 3 novembre 2009
samedi 31 octobre 2009
Brrr...
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Mon chien aussi a quatre pattes.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Alors, c'est un chat.
Bérenger, à Jean.
Moi, j'ai à peine la force de vivre. Je n'en ai plus envie peut-être.
Le Vieux Monsieur, au Logicien après avoir longuement réfléchi.
Donc, logiquement, mon chien serait un chat.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai.
Bérenger, à Jean.
La solitude me pèse. La société aussi.
Jean, à Bérenger.
Vous vous contredisez. Est-ce la solitude qui pèse, ou est-ce la multitude ? Vous vous prenez pour un penseur et vous n'avez aucune logique.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
C'est très beau, la logique.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
A condition de ne pas en abuser.
Bérenger, à Jean.
C'est une chose anormale de vivre.
Jean.
Au contraire. Rien de plus naturel. La preuve: tout le monde vit.
Bérenger.
Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.
Jean.
Les morts, ça n'existe pas, c'est le cas de le dire!...Ah! ah!...(Gros rire). Ceux-là aussi vous pèsent ? Comment peuvent peser des choses qui n'existent pas ?
Bérenger.
Je me demande moi-même si j'existe !
Jean, à Bérenger.
Vous n'existez pas, mon cher, parce que vous ne pensez pas! Pensez, et vous serez.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Autre syllogisme: tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Le Vieux Monsieur.
Et il a quatre pattes. C'est vrai, j'ai un chat qui s'appelle Socrate.
Le Logicien.
Vous voyez...
Jean, à Bérenger.
Vous êtes un farceur, dans le fond. Un menteur. Vous dites que la vie ne vous intéresse pas. Quelqu'un, cependant, vous intéresse !
Bérenger.
Qui ?
Jean.
Votre petite camarade de bureau, qui vient de passer. Vous en êtes amoureux !
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Socrate était donc un chat !
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
La logique vient de nous le révéler.
Eugène Ionesco, Rhinocéros.
Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Mon chien aussi a quatre pattes.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Alors, c'est un chat.
Bérenger, à Jean.
Moi, j'ai à peine la force de vivre. Je n'en ai plus envie peut-être.
Le Vieux Monsieur, au Logicien après avoir longuement réfléchi.
Donc, logiquement, mon chien serait un chat.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai.
Bérenger, à Jean.
La solitude me pèse. La société aussi.
Jean, à Bérenger.
Vous vous contredisez. Est-ce la solitude qui pèse, ou est-ce la multitude ? Vous vous prenez pour un penseur et vous n'avez aucune logique.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
C'est très beau, la logique.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
A condition de ne pas en abuser.
Bérenger, à Jean.
C'est une chose anormale de vivre.
Jean.
Au contraire. Rien de plus naturel. La preuve: tout le monde vit.
Bérenger.
Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.
Jean.
Les morts, ça n'existe pas, c'est le cas de le dire!...Ah! ah!...(Gros rire). Ceux-là aussi vous pèsent ? Comment peuvent peser des choses qui n'existent pas ?
Bérenger.
Je me demande moi-même si j'existe !
Jean, à Bérenger.
Vous n'existez pas, mon cher, parce que vous ne pensez pas! Pensez, et vous serez.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Autre syllogisme: tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Le Vieux Monsieur.
Et il a quatre pattes. C'est vrai, j'ai un chat qui s'appelle Socrate.
Le Logicien.
Vous voyez...
Jean, à Bérenger.
Vous êtes un farceur, dans le fond. Un menteur. Vous dites que la vie ne vous intéresse pas. Quelqu'un, cependant, vous intéresse !
Bérenger.
Qui ?
Jean.
Votre petite camarade de bureau, qui vient de passer. Vous en êtes amoureux !
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Socrate était donc un chat !
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
La logique vient de nous le révéler.
Eugène Ionesco, Rhinocéros.
mardi 27 octobre 2009
Chapeau d'homme et talons d'or
Je lui dis de venir, qu'il doit recommencer à me prendre. Il vient. Il sent bon la cigarette anglaise, le parfum cher, il sent le miel, à force sa peau a pris l'odeur de la soie, celle fruitée du tussor de soie, celle de l'or, il est désirable. Je lui dis ce que je désir de lui. Il me dit d'attendre encore. Il me parle, il dit qu'il a su tout de suite, dès la traversée du fleuve, que je serais ainsi après mon premier amant, que j'aimerais l'amour, il dit qu'il sait déjà que lui je le tromperai et aussi que je tromperai tous les hommes avec qui je serai. Il dit que quant à lui il a été l'instrument de son propre malheur. Je suis heureuse de tout ce qu'il m'annonce et je le lui dis. Il devient brutal, son sentiment est désespéré, il se jette sur moi, il mange mes seins d'enfant, il crie, il insulte. Je ferme les yeux sur le plaisir très fort. Je pense: il a l'habitude, c'est ce qu'il fait dans la vie, l'amour, seulement ça. Les mains sont expertes, merveilleuses, parfaites. J'ai beaucoup de chance, c'est clair, c'est comme un métier qu'il aurait, sans le savoir il aurait le savoir exact de ce qu'il faut dire. Il me traite de putain, de dégueulasse, il me dit que je suis son seul amour, et c'est ça qu'il doit dire et c'est ça qu'on dit quand on laisse le dire se faire, quand on laisse le corps faire et chercher et trouver et prendre ce qu'il veut, et là tout est bon, il n'y a pas de déchet, les déchets sont recouverts, tout va dans le torrent, dans la force du désir.
Marguerite Duras, L'Amant.
Marguerite Duras, L'Amant.
lundi 26 octobre 2009
mardi 20 octobre 2009
Télépathie
Les Scanners en eux-mêmes sont présentés comme des erreurs de la nature, matérialisés par un médicament (l'Ephemerol) qui avait pour but d'apaiser les contractions dues aux grossesses des mères américaines des années 1950. Le médicament échoue et transforme les fœtus en des êtres capables de télépathie et de télékinésie. La première génération, le héros, Cameron Vale, et son pendant méchant, Daryl Revok, sont en réalité les fils de l'inventeur du médicament, le Dr Paul Ruth. Une scène particulièrement étrange est celle où Cameron et Kim Obrist (Jennifer O'Neil) se rendent chez un médecin qui administre encore l'Ephemerol à ses patientes. Cameron laisse Kim dans la salle d'attente pendant qu'il part interroger le médecin. À côté d'elle, une femme enceinte lit un journal, et Kim a l'impression de se faire "scanner" par le fœtus lui-même. Cette dernière scène, qui précède le duel final entre les deux frères monstrueux, est révélatrice de l'intérêt que porte Cronenberg pour ce qui peut paraître grotesque dans la nature humaine, c’est-à-dire dans sa conception et son essence même. La tête du savant explose devant une assemblée de scientifiques dans un amphithéâtre de style très contemporain. De même que depuis une simple cabine téléphonique, Cameron est capable d'accéder à l'ordinateur de Consec (la société qui met au point les Scanners) pour y dérober le nom des médecins qui distribuent l'Ephemerol. La fin de la scène se termine par l'explosion de la salle de l'ordinateur et la mort de tous ceux qui s'y trouvent. À chaque fois, le film montre qu'un être humain légèrement amélioré si on peut dire fait retourner toute une société basée sur le confort hypermoderne et consumériste. L'élégance du centre commercial où Cameron se fait capturer en témoigne, de même que les locaux de Consec ou le bureau de Daryl Revok à la fin. Toutes les séquences de télépathie ne se produisent pas comme dans Dead Zone, c’est-à-dire comme une révélation, mais comme une expulsion psychique de colère, et de plaisir. Et au centre de l'organigramme, on retrouve le père Patrick McGoohan à la fois père des deux rivaux (Cameron & Daryl) mais également Faux Démiurge, parce que responsable de la difformité de ses fils, et donc haï par l'un d'eux.
lundi 19 octobre 2009
dimanche 18 octobre 2009
vendredi 16 octobre 2009
Femme trop tôt libérée
Mais son tempérament impétueux répugne précisément à ce minimum de réflexion; toute pensée qui ne jallit pas spontanément de son cerveau représente pour elle une tension et sa nature capricieuse et nonchalante hait toute espèce de labeur intellectuel. Elle n'aime que le jeu, l'amusement en tout et partout, elle déteste l'effort, le travail réel. Marie-Antoinette parle toujours sans réfléchir. Quand on lui adresse la parole, elle écoute distraitement et par intermittences; dans la conversation, où son amabilité enchanteresse et son étincelante volubilité séduisent, elle abandonne toute idée à peine ébauchée; elle n'achève rien, ni entretien, ni pensée, ni lecture; elle ne s'accroche à rien en vue de mener à bien une expérience réelle. C'est pourquoi elle n'aime ni les livres, ni les affaires d'Etat, ni tout ce qui est sérieux et exige de la persévérence et de l'attention; c'est aussi à contre-coeur, avec une impatience qui se traduit dans ses griffonnages, qu'elle écrit les lettres les plus indispensables, et même dans celle à sa mère on remarque nettement son désir d'en être vite débarassée. Elle entend surtout ne pas compliquer sa vie, ni s'occuper de choses qui pourraient l'ennuyer, l'attrister, la rendre mélancolique ! Celui qui flatte le plus cette paresse de la pensée passe à ses yeux pour le plus intelligent des hommes, celui qui exige d'elle un effort pour un pédant et un opportun; d'un bond, elle quitte les conseillers raisonnables pour rejoindre ceux et celles qui pensent comme elle.
Stefan Zweig.
Stefan Zweig.
jeudi 15 octobre 2009
samedi 10 octobre 2009
mardi 6 octobre 2009
jeudi 1 octobre 2009
The girl who turned into a bed
It happened that day
She picked some strange pussy willow.
Her head swelled up white
and soft as a pillow.
Her skin, which had turned
all flaky and rotten,
was now replaced
with 100% cotton.
She picked some strange pussy willow.
Her head swelled up white
and soft as a pillow.
Her skin, which had turned
all flaky and rotten,
was now replaced
with 100% cotton.
dimanche 20 septembre 2009
Soirée mousse
J'étais assise juste à côté de Karl Lagerfeld, qui mangeait sans discontinuer: il se servait dans le plat de saumon à pleines mains, trempait les morceaux dans la sauce à la crème et à l'aneth, enfournait le tout. Tom Cruise lui jetait de temps à autre des regards écoeurés; Bjork par contre semblait absolument fascinée_il faut dire qu'elle avait toujours essayé de se la jouer poésie des sagas, énergie islandaise, etc., alors qu'elle était en fait conventionnelle et maniérée à l'extrême: ça ne pouvait que l'intéresser de se trouver en présence d'un sauvage authentique. J'ai soudain pris conscience qu'il aurait suffi d'enlever au couturier sa chemise à jabot, sa lavalière, son smoking à revers de satin, et de le recouvrir de peaux de bêtes: il aurait été parfait dans le rôle d'un Teuton des origines. Il attrapa une pomme de terre bouillie, la recouvrit largement de caviar avant de s'adresser à moi: "Il faut être médiatique, même un petit peu. Moi, par exemple, je suis très médiatique. Je suis une grosse patate médiatique..."
Hermonthis
"Eh bien! mon cher petit pied, vous me fuyez toujours, j'avais pourtant bien soin de vous. Je vous baignais d'eau parfumée, dans un bassin d'albâtre; je polissais votre talon avec la pierre-ponce trempée d'huile de palmes, vos ongles étaient coupés avec des pinces d'or et polis avec de la dent d'hippopotame, j'avais soin de choisir pour vous des thabebs brodés et peints à pointes recourbées, qui faisaient l'envie de toutes les jeunes filles de l'Egypte; vous aviez à votre orteil des bagues représentant le scarabée sacré, et vous portiez un des corps les plus légers que puisse souhaiter un pied paresseux."
Le pied lui répondit d'un ton boudeur et chagrin:
"Vous savez bien que je ne m'appartiens plus, j'ai été acheté et payé; le vieux marchand savait bien ce qu'il faisait, il vous en veut toujours d'avoir refusé de l'épouser: c'est un tour qu'il vous a joué."
Le pied lui répondit d'un ton boudeur et chagrin:
"Vous savez bien que je ne m'appartiens plus, j'ai été acheté et payé; le vieux marchand savait bien ce qu'il faisait, il vous en veut toujours d'avoir refusé de l'épouser: c'est un tour qu'il vous a joué."
jeudi 10 septembre 2009
jeudi 3 septembre 2009
Confession
Mon passé est jalonné de promesses sans boussole
ma tunique est sillonnée de coutures
le silence du résigné coule du plomb dans le creuset de mes années
on a inventé la Bible pour m'enchaîner sur la mer qu'il a fallu traverser.
Aujourd'hui je sais la vérité:
mon espoir de jeune homme doit ignorer le pardon des offenses
et l'oubli du crachat et des insultes
mon espoir conquérant bouillonne en coulées de lave dans l'histoire.
Pardons rachats ancres du salut ne feront plus de l'ombre à ma révolte
ma vie jeune décidée fumante réinvente un monde neuf à son horizon.
René Depestre.
ma tunique est sillonnée de coutures
le silence du résigné coule du plomb dans le creuset de mes années
on a inventé la Bible pour m'enchaîner sur la mer qu'il a fallu traverser.
Aujourd'hui je sais la vérité:
mon espoir de jeune homme doit ignorer le pardon des offenses
et l'oubli du crachat et des insultes
mon espoir conquérant bouillonne en coulées de lave dans l'histoire.
Pardons rachats ancres du salut ne feront plus de l'ombre à ma révolte
ma vie jeune décidée fumante réinvente un monde neuf à son horizon.
René Depestre.
dimanche 9 août 2009
jeudi 6 août 2009
Modéré et chantant
L'homme, dans son délire, se vautrait sur le corps étendu de la femme. Un inspecteur le prit par le bras et le releva. Il se laissa faire. Apparemment, toute dignité l'avait quitté à jamais. Il scruta l'inspecteur d'un regard toujours absent du reste du monde. L'inspecteur le lâcha, sortit un carnet de sa poche, un crayon, lui demanda de décliner son identité, attendit.
-Ce n'est pas la peine, je ne répondrai pas maintenant, dit l'homme.
L'inspecteur n'insista pas et alla rejoindre ses collègues qui questionnaient la patronne, assis à la dernière table de l'arrière-salle.
L'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit. Un jeune homme arriva en courant à la porte du café, un appareil-photo en bandoulière et le photographia ainsi, assis et souriant. Dans la lueur du magnésium, on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. Dans la foule, quelqu'un dit:
-C'est dégoûtant, et s'en alla.
-Ce n'est pas la peine, je ne répondrai pas maintenant, dit l'homme.
L'inspecteur n'insista pas et alla rejoindre ses collègues qui questionnaient la patronne, assis à la dernière table de l'arrière-salle.
L'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit. Un jeune homme arriva en courant à la porte du café, un appareil-photo en bandoulière et le photographia ainsi, assis et souriant. Dans la lueur du magnésium, on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. Dans la foule, quelqu'un dit:
-C'est dégoûtant, et s'en alla.
mardi 4 août 2009
La presque-Catherine
Catherine était une fille grande, blonde, très droite, aux gestes magnifiques. Elle avait un visage hardi, aquilin, un visage que l'on aurait pu qualifier de noble si l'on ne découvrait que, derrière ce visage, il n'y avait à peu près rien. Tout au début de leur vie conjugale, il avait décidé (mais peut-être était-ce seulement parce qu'il la connaissait plus intimement) qu'elle avait, sans contredit, l'esprit le plus stupide, le plus vulgaire, le plus vide qu'il eût jamais rencontré. Elle n'avait pas une idée dans la tête qui ne fût un slogan et il n'y avait aucune imbécillité, absolument aucune, qu'elle ne fût capable d'avaler si le Parti la lui suggérait. Il la surnomma mentalement: "l'enregistrement sonore." Cependant, il aurait supporté de vivre avec elle s'il n'y avait eu, précisément, le sexe. Dès qu'il la touchait, elle semblait reculer et se roidir. L'embrasser était comme embrasser une image de bois articulée. Ce qui était étrange, c'est que même quand elle semblait le serrer contre elle, il avait l'impression qu'elle le repoussait en même temps de toutes ses forces. C'était la rigidité de ses muscles qui produisait cette impression. Elle restait étendue, les yeux fermés, sans résister ni coopérer, mais en se soumettant. C'était extrêmement embarrassant et, après quelques temps, horrible.
vendredi 24 juillet 2009
mercredi 22 juillet 2009
Boah
"Maman, y'a quoi dans les boîtes?" (au cimetière)
"Pourquoi es-tu si versatile en ce moment?"
J'éprouve, depuis quelques jours, quelque chose, pour quelqu'un qui n'existe pas.
Faire du mal n'est pas mon truc, malgré ce qu'on peut en penser.
"Mais que faites-vous donc pauvres fous!" Benvolio Montague.
"C'est à moi que vous faites la nique? Toi tu dégaines au milieu de cette racaille sans courage? Paix, paix? je hais ce mot."
Il m'arrive de rêver de me faire dévorer par un alligator.
"Pourquoi es-tu si versatile en ce moment?"
J'éprouve, depuis quelques jours, quelque chose, pour quelqu'un qui n'existe pas.
Faire du mal n'est pas mon truc, malgré ce qu'on peut en penser.
"Mais que faites-vous donc pauvres fous!" Benvolio Montague.
"C'est à moi que vous faites la nique? Toi tu dégaines au milieu de cette racaille sans courage? Paix, paix? je hais ce mot."
Il m'arrive de rêver de me faire dévorer par un alligator.
lundi 20 juillet 2009
samedi 11 juillet 2009
Les Deux Cloportes
-"Si l'âme était simple" répliqua Bouvard, "le nouveau-né se rappellerait, imaginerait comme l'adulte! La Pensée, au contraire, suit le développement du cerveau. Quant à être indivisible, le parfum d'une rose, ou l'appétit d'un loup, pas plus qu'une volition ou une affirmation ne se coupent en deux."
-"Ca n'y fait rien!" dit Pécuchet; "l'âme est exempte des qualités de la matière!"
-"Admets-tu la pesanteur?" reprit Bouvard. "Or si la matière peut tomber, elle peut de même penser. Ayant eu un commencement, notre âme doit finir, et dépendante des organes, disparaître avec eux."
-"Moi, je la prétends immortelle! Dieu ne peut vouloir..."
-"Mais si Dieu n'existe pas?"
-"Comment?" Et Pécuchet débita les trois preuves cartésiennes; "primo, Dieu est compris dans l'idée que nous en avons; secundo, l'existence lui est possible; tertio, être fini, comment aurais-je une idée de l'infini?__et puisque nous avons cette idée, elle nous vient de Dieu, donc Dieu existe!"
Il passa au témoignage de la conscience, à la tradition des peuples, au besoin d'un créateur.
"Quand je vois une horloge..."
-"Oui! oui! connu! mais où est le père de l'horloger?"
-"Il faut une cause, pourtant!"
Bouvard doutait des causes.__"De ce qu'un phénomène succède à un phénomène on conclut qu'il en dérive. Prouvez-le!"
Flaubert, Bouvard et Pécuchet.
-"Ca n'y fait rien!" dit Pécuchet; "l'âme est exempte des qualités de la matière!"
-"Admets-tu la pesanteur?" reprit Bouvard. "Or si la matière peut tomber, elle peut de même penser. Ayant eu un commencement, notre âme doit finir, et dépendante des organes, disparaître avec eux."
-"Moi, je la prétends immortelle! Dieu ne peut vouloir..."
-"Mais si Dieu n'existe pas?"
-"Comment?" Et Pécuchet débita les trois preuves cartésiennes; "primo, Dieu est compris dans l'idée que nous en avons; secundo, l'existence lui est possible; tertio, être fini, comment aurais-je une idée de l'infini?__et puisque nous avons cette idée, elle nous vient de Dieu, donc Dieu existe!"
Il passa au témoignage de la conscience, à la tradition des peuples, au besoin d'un créateur.
"Quand je vois une horloge..."
-"Oui! oui! connu! mais où est le père de l'horloger?"
-"Il faut une cause, pourtant!"
Bouvard doutait des causes.__"De ce qu'un phénomène succède à un phénomène on conclut qu'il en dérive. Prouvez-le!"
Flaubert, Bouvard et Pécuchet.
jeudi 9 juillet 2009
lundi 6 juillet 2009
dimanche 5 juillet 2009
Du futur déjà présent
-Mon cher jeune ami, dit Mustapha Menier, la civilisation n'a pas le moindre besoin de noblesse ou d'héroïsme. Ces choses-là sont des symptômes d'incapacité politique. Dans une société convenablement organisée comme la nôtre, personne n'a l'occasion d'être noble ou héroïque. Il faut que les conditions deviennent foncièrement instables avant qu'une telle occasion puisse se présenter. Là où il y a des guerres, là où il y a des serments de fidélité multiples et divisés, là où il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d'amour pour lesquels il faut combattre ou qu'il faut défendre, là, manifestement, la noblesse et l'héroïsme ont un sens. Mais il n'y a pas de guerres, de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d'aimer exagérément qui que ce soit. Il n'y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez vous empêcher de faire ce que vous avez à faire. Et ce que vous avez à faire est, dans l'ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu'il n'y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister. Et si jamais, par quelque malchance, il se produisait d'une façon ou d'une autre quelque chose de désagréable, eh bien, il y a toujours le soma qui vous permet de prendre un congé, de vous évader de la réalité. Et il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. Autrefois, on ne pouvait accomplir ces choses-là qu'en faisant un gros effort et après des années d'entraînement moral pénible. A présent, on avale deux ou trois comprimés d'un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. Le christianisme sans larmes, voilà ce qu'est le soma.
Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.
Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.
samedi 4 juillet 2009
Made in cellophane
Mon "zin-cou" reste un drogué des jeux vidéos.
Soit, je suis moi-même addict aux t'chats. Mais lui, il a tout juste 13/14 ans et passe sa vie affublé d'un gun virtuel, prêt à tout terrasser sur son passage. Parce que quoi. Des frustrations y passent (syndrome tuerie de Colombine), dirait un psychologue de comptoir.
Moi, ça me fascine/effraie. Je me dis que je suis à vingt minutes en train de manier maladroitement un ballon de basket en direction d'un petit filet délaissé et regorgeant de toiles d'araignées; et rien, aucune réaction. D'accord, mon envie de suivre la baballe est primaire, mais que doit-on donc penser d'un passe-temps consistant à éliminer un ennemi qui n'existe pas par le biais d'une machine ? Chiant au possible.
J'adhérai aux corps à corps, mais le reste est sans vie. Froid comme une matinée passée dans les rues d'une vaste ville.
Je ne blâme pas, étant moi-même accroc à un phénomène abject de société (tautologie). Mais je ne comprendrai jamais cette complaisance à la tuerie impersonnelle version OTAKU.
Soit, je suis moi-même addict aux t'chats. Mais lui, il a tout juste 13/14 ans et passe sa vie affublé d'un gun virtuel, prêt à tout terrasser sur son passage. Parce que quoi. Des frustrations y passent (syndrome tuerie de Colombine), dirait un psychologue de comptoir.
Moi, ça me fascine/effraie. Je me dis que je suis à vingt minutes en train de manier maladroitement un ballon de basket en direction d'un petit filet délaissé et regorgeant de toiles d'araignées; et rien, aucune réaction. D'accord, mon envie de suivre la baballe est primaire, mais que doit-on donc penser d'un passe-temps consistant à éliminer un ennemi qui n'existe pas par le biais d'une machine ? Chiant au possible.
J'adhérai aux corps à corps, mais le reste est sans vie. Froid comme une matinée passée dans les rues d'une vaste ville.
Je ne blâme pas, étant moi-même accroc à un phénomène abject de société (tautologie). Mais je ne comprendrai jamais cette complaisance à la tuerie impersonnelle version OTAKU.
lundi 29 juin 2009
Epigraphe
Ne devrions-nous pas rechercher, chez l'enfant déjà, les premières traces de l'activité poétique? L'occupation préférée et la plus intensive de l'enfant est le jeu. Peut-être sommes-nous en droit de dire que tout enfant qui joue se comporte en poète, en tant qu'il se crée un monde à lui, ou, plus exactement, qu'il transpose les choses du monde où il vit dans un ordre nouveau tout à sa convenance. Il serait alors injuste de dire qu'il ne prend pas ce monde au sérieux; tout au contraire, il prend très au sérieux son jeu, il y emploie de grandes qualités d'affect.
N'oubliez pas que la façon, peut-être surprenante, dont j'ai souligné l'importance des souvenirs d'enfance dans la vie des créatures découle en dernier lieu de l'hypothèse d'après laquelle l'oeuvre littéraire, tout comme le rêve diurne, serait une continuation et un substitut du jeu enfantin d'autrefois.
Freud.
N'oubliez pas que la façon, peut-être surprenante, dont j'ai souligné l'importance des souvenirs d'enfance dans la vie des créatures découle en dernier lieu de l'hypothèse d'après laquelle l'oeuvre littéraire, tout comme le rêve diurne, serait une continuation et un substitut du jeu enfantin d'autrefois.
Freud.
vendredi 26 juin 2009
samedi 20 juin 2009
L'invention de la solitude
Il me décrivait d'habitude comme ayant "la tête dans les nuages" ou "pas les pieds sur terre". Dans un sens comme dans l'autre, je ne devais guère lui paraître réel, comme si j'étais une sorte de créature éthérée, pas tout à fait de ce monde. A ses yeux c'était par le travail qu'on prenait part à la réalité. Et le travail, par définition, rapportait de l'argent. Par conséquent écrire, et particulièrement écrire de la poésie, n'en était pas. C'était, au mieux, un délassement, un passe-temps agréable entre des activités sérieuses. Mon père considérait que je gaspillais mes dons et refusais de devenir adulte.
dimanche 14 juin 2009
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