lundi 28 février 2011

lundi 14 février 2011

Le vieux bouffon

-Vraiment ? Figurez-vous, cela aussi, je le savais, Pierre Alexandrovitch, et même, savez-vous, je l'ai pressenti dès que j'ai commencé à parler, et je pressentais même, vous savez, que vous seriez le premier à me le faire remarquer. A ces moments-là, quand je vois que ma plaisanterie fait long feu, mes deux joues, Votre Révérence, commencent à se coller aux gencives inférieures, j'ai presque une sorte de crampe; j'ai cela depuis ma prime jeunesse, du temps que j'étais parasite chez les nobles et que je gagnais mon pain par le parasitisme. Je suis un bouffon invétéré, de naissance, tout comme un simple d'esprit, Votre Révérence; je ne conteste pas que j'abrite peut-être aussi en moi un esprit malin, de petit calibre d'ailleurs, un esprit plus important aurait choisi un autre logis, seulement pas le vôtre, Pierre Alexandrovitch, vous n'êtes pas non plus un fameux logis. Mais en revanche, je crois, je crois en Dieu. Je n'ai eu des doutes que ces derniers temps, mais en revanche je suis là et j'attends maintenant de grandes paroles. Savez-vous, très saint homme, comment Diderot le philosophe s'est présenté chez le métropolite Platon, sous le règne de l'impératrice Catherine ? Il entre et déclare d'emblée: "Il n'y a pas de Dieu." A quoi le grand prélat, levant le doigt, répond: "L'insensé dit dans son coeur: il n'y a pas de Dieu!" L'autre se jette du coup à ses pieds: "Je crois, crie-t-il, et je demande le baptême !" On l'a donc baptisé séance tenante. La princesse Dachkov était la marraine et Potemkine le parrain !...
-Fédor Pavlovitch, c'est insupportable ! Vous savez bien vous-même que vous mentez et que cette stupide anecdote est fausse, pourquoi jouez-vous la comédie ? prononça d'une voix tremblante Mioussov qui déjà ne se contenait plus.


Dostoievski, Les Frères Karamazov

Bébert à Berlin

Nous avions un petit peu flâné... je demande au premier schuppo... de l'autre côté du pont... "le bureau des visas"?... pas loin!... il me montre deux... trois baraquements entre le Musée et le tramway... bien!... nous approchons... une pancarte... quelque chose comme "personnes déplacées"... plus près nous voyons, entendons, tous les baragouins possibles... enfants, grands-parents, jeunes filles... ça serait la cohue mais tout de même un certain ordre, par pancartes... comme les briques... les "Balkans" ci... les "Russie" là!... l'"Italie" plus loin... nous les Franzosen tout au bout... on va... on frappe à une porte... y a une petite queue... herein!... nous y sommes!... c'est que d'attraper l'attention de l'homme à la machine à écrire... nous sommes à peu près une vingtaine au-dessus de sa tête... à répondre aux questions des autres... pas égoistes, réponses à tout... aux cas de toute la queue... ceux de Noirmoutier... Gargan... Marly... Villetaneuse... ils ne savent pas parler allemand!... si on répond pas pour eux!... on lui laisse pas le temps de questionner, l'homme à la machine à écrire... à lui qu'on pose des questions... et qu'on répond tous à la fois... les uns pour les autres... ce qu'on veut, qu'il signe, et son tampon ! il bafouille un peu ce qu'il voudrait... des papiers! nos papiers!... là! là! qu'on en est pleins de papiers! à revendre! plein nos gibecières et pantalons!... qu'est-ce qu'il veut foutre avec, ce nave ? moi-même, je regarde, ce que je trimballe comme "pièces", certificats, livrets!... passé certain âge, c'est horrible! à bien vous écoeurer de la vie... ce que vous avez récolté comme extraits, polycopies, baptême, contributions... en triple, double!... un autre gratte-papier surgit... lui, pour nos photos... on a!... surtout La Vigue!... les meilleures de ses derniers films... le bureaucrate nous dévisage... il compare nos tronches... pas content du tout! non!... ça, vous ?... jamais!... ni moi, ni Lili, ni La Vigue!... pas ressemblants!... on sait un petit peu que c'est bien nous! quand même pas d'autres!
"Ach!... nein!... nein!..."


Céline, Nord

Littérature anglaise

-Jamais, fit-il en grinçant des dents, jamais je n'ai vu une créature si frêle et si indomptable à la fois ! Ce n'est qu'un roseau dans ma main (il me secouait tout en parlant). Je pourrais la ployer entre le pouce et l'index: mais à quoi servirait-il de la plier, de la déchirer, de la broyer ? Voyez ces yeux, voyez l'âme résolue, sauvage et libre qui se reflète dans leur regard, et qui me défie, non seulement avec courage, mais presque avec triomphe. Quoi que je fasse de la cage, je ne puis saisir l'oiseau splendide et farouche qu'elle abrite ! Que je brise, que je détruise la frêle prison, cela ne servira qu'à libérer le captif. Je pourrais emporter d'assaut la maison; mais son hôte s'envolerait vers le ciel avant même que je ne fusse maître de son abri d'argile. Et c'est toi, ton esprit, ta volonté et ta force, ta vertu et ta pureté que je voudrais conquérir, non pas seulement ce corps fragile. Oh, si tu le voulais, tu viendrais d'un vol léger, te blottir contre mon coeur, mais, saisi malgré toi, tu t'évanouiras comme une essence parfumée, avant même que je ne puisse respirer ton arôme. Oh, viens, Jane, viens !


Charlotte Bronte, Jane Eyre

vendredi 4 février 2011

"Tu es pleine de vices, tu ne penses qu'à toi, tu es incapable d'aimer."