mardi 30 novembre 2010
lundi 29 novembre 2010
Spéciale dédicace à qui se reconnaitra
"Oui, monsieur, vous êtes l'enfant chéri des dieux. Mais les dieux reprennent bien vite leurs cadeaux. Vous n'avez que quelques années à vivre réellement, parfaitement, pleinement. Votre jeunesse partie, votre beauté s'en ira avec elle, et vous découvrirai soudain qu'il ne vous reste plus de victoires à remporter ou qu'il faut vous contenter de victoires mesquines que le souvenir du passé vous rendra plus cruelles que des défaites. Chaque mois qui décline vous rapproche de l'horreur. Le temps est jaloux de vous et guerroie contre vos lis et vos roses. Vous aurez le teint jaune, les joues creuses, les yeux ternes. Vous souffrirez horriblement... Ah ! mettez votre jeunesse à profit tant que vous la possédez ! Ne dilapidez pas l'or de vos jours à écouter les ennuyeux, à essayer d'aider les ratés sans espoir ou à faire le don de votre vie aux ignorants, aux ordinaires, aux vulgaires. Ce sont là les buts morbides, les faux idéaux de notre époque. Vivez ! Vivez la vie merveilleuse qui est en vous ! Que rien pour vous ne soit perdu ! Soyez toujours à la recherche de sensations nouvelles. N'ayez peur de rien... Un nouvel hédonisme, voilà ce dont notre siècle a besoin. Vous pourriez en être le symbole visible. Avec votre personnalité, il n'y a rien que vous ne puissiez faire. Pour une saison, le monde vous appartient... Dès que je vous ai vu, j'ai su que vous n'étiez pas conscient de ce que vous étiez ni de ce que vous pourriez être. Tant de choses m'ont charmé en vous que j'ai senti que je devais vous parler de vous. J'ai pensé combien il serait tragique que vous restiez inutilisé. Car votre jeunesse durera si peu de temps, si peu de temps ! Les fleurs ordinaires des collines se fanent, mais elles refleurissent. Ce cytise sera aussi jeune en juin prochain qu'aujourd'hui. Dans un mois, il y aura des étoiles pourpres sur cette clématite, et, d'année en année, ces étoiles pourpres se maintiendront dans la nuit verte de son feuillage. Mais notre jeunesse ne nous est jamais rendue. Le pouls de la joie qui bat en nous à vingt ans s'alanguit. Nos membres lâchent, nos sens pourrissent. Nous dégénérons en de hideuses marionnettes, hantées par le souvenir de passions qui nous effrayaient bien trop et de tentations exquises auxquelles nous n'avons pas eu le courage de céder. Jeunesse ! Jeunesse ! Il n'existe absolument rien au monde que la jeunesse !"
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

jeudi 25 novembre 2010
"C'est de la faute de personne, tout ça, c'est juste que vous êtes trop intelligents alors vous avez fait un enfant trop intelligent."
Les gens m'inspirent, que je les estime ou non. Désormais j'aurai toujours mon petit calepin noir sur moi, et si je pouvais avoir un appareil photo en prime partout où je vais, je me sentirais enfin en "mission": celle d'être témoin de mon temps. Phrase cliché sans doute, mais c'est dans ces circonstances que je me sens utile.

Cette collocation avec mon amie, je la sens mal. J'ai l'impression que j'aurais des comptes à rendre, qu'il y aura de longues explications. Peut-être que je suis capable de vivre seule, après tout. Peut-être que L. est une sorte d'échapatoire à la solitude qui m'attendra un jour ou l'autre, mais je cherche à fuir cette peur de me retrouver face à moi-même. Qu'ai-je à craindre ? Pourquoi écouterais-je ma mère qui n'a confiance en aucun de ses enfants et encore moins en elle ? Je ne veux pas devenir cette femme qui se noie dans l'alcool pour éviter l'affrontement avec la Vie. Etre actrice, mener les rênes, suivre ses envies sans tomber dans les excès, cela me parait réalisable, avec une aide extérieure bien sûr.
Mais si je reste à Paris, parviendrais-je à me sortir de l'emprise que F. a sur moi ? Car au-delà de la question financière, je ne connais personne dans cette immense ville, et c'est à la fois ce qui peut se révéler être stimulant. Je n'aime pas les fréquentations de mes amies de l'Est. Je généralise sans-doute, mais elles me paraissent (de ce que j'ai pu en voir, du moins) alcooliques, pseudo-révolutionnaires, et surtout en avoir après les fesses de L. J'ai peur de l'influence qu'elle pourrait avoir sur moi. Parce que sous prétexte qu'on est jeunes, jolies (parait-il), il faudrait profiter de la vie ? Mais est-ce cela, "profiter de la vie". Rencontrer les copains des copines d'autres copains, discutailler vaguement le temps d'une soirée bien arrosée en blablatant autour de l'éternel sujet "que faire pour changer le monde?" (discussions totalements formelles puisqu'elles ne sont que les préliminaires d'autres préliminaires plus...musclées, si l'on puit dire). Puis finir la nuit avec un crétin qui n'aura fait en sorte de monopoliser la conversation avec toi que dans l'unique but de te sauter ? Elle est belle la jeunesse dorée qui profite. Mais qui profite de quoi, au juste ? De perdre son temps à chercher en l'autre l'amour de soi qui nous fait défaut. Et c'est ce que L. n'a pas encore compris, ou alors si, mais elle a baissé les bras; enchainer les rencontres est un maigre substitut. Surtout que pour le mec, il n'est question que de sexe, pas de la formidable personne que tu es et dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.

Cette collocation avec mon amie, je la sens mal. J'ai l'impression que j'aurais des comptes à rendre, qu'il y aura de longues explications. Peut-être que je suis capable de vivre seule, après tout. Peut-être que L. est une sorte d'échapatoire à la solitude qui m'attendra un jour ou l'autre, mais je cherche à fuir cette peur de me retrouver face à moi-même. Qu'ai-je à craindre ? Pourquoi écouterais-je ma mère qui n'a confiance en aucun de ses enfants et encore moins en elle ? Je ne veux pas devenir cette femme qui se noie dans l'alcool pour éviter l'affrontement avec la Vie. Etre actrice, mener les rênes, suivre ses envies sans tomber dans les excès, cela me parait réalisable, avec une aide extérieure bien sûr.
Mais si je reste à Paris, parviendrais-je à me sortir de l'emprise que F. a sur moi ? Car au-delà de la question financière, je ne connais personne dans cette immense ville, et c'est à la fois ce qui peut se révéler être stimulant. Je n'aime pas les fréquentations de mes amies de l'Est. Je généralise sans-doute, mais elles me paraissent (de ce que j'ai pu en voir, du moins) alcooliques, pseudo-révolutionnaires, et surtout en avoir après les fesses de L. J'ai peur de l'influence qu'elle pourrait avoir sur moi. Parce que sous prétexte qu'on est jeunes, jolies (parait-il), il faudrait profiter de la vie ? Mais est-ce cela, "profiter de la vie". Rencontrer les copains des copines d'autres copains, discutailler vaguement le temps d'une soirée bien arrosée en blablatant autour de l'éternel sujet "que faire pour changer le monde?" (discussions totalements formelles puisqu'elles ne sont que les préliminaires d'autres préliminaires plus...musclées, si l'on puit dire). Puis finir la nuit avec un crétin qui n'aura fait en sorte de monopoliser la conversation avec toi que dans l'unique but de te sauter ? Elle est belle la jeunesse dorée qui profite. Mais qui profite de quoi, au juste ? De perdre son temps à chercher en l'autre l'amour de soi qui nous fait défaut. Et c'est ce que L. n'a pas encore compris, ou alors si, mais elle a baissé les bras; enchainer les rencontres est un maigre substitut. Surtout que pour le mec, il n'est question que de sexe, pas de la formidable personne que tu es et dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.
mardi 23 novembre 2010
Blablabla. Blablablablabla. Fou.
Janic Prevost est une star déchue du music hall qui finit ses vieux jours en HP. Son mari décédé était le bras droit de la maison Barclay et elle se retrouve donc héritière. Elle vit à Neuilly et dans le passé, accessoirement. Elle me montra un soir une photo d'elle sur scène, quand elle avait une trentaine d'années. Une belle femme, et cela fait de la peine de la voir assistée comme elle l'est aujourd'hui. Son surnom c'est la Castafiore, parce que quand ça lui prend, elle va jouer au piano (façon de parler car le tout est indigeste) en braillant les paroles de ses anciens tubes.
Tout le monde la fuit car elle a eu l'habitude de se faire servir toute sa vie, alors elle lance des "va me faire un thé", "montez-avec moi dans l'ascenceur parce que j'ai peur de rester coincée", "maquillez-moi", "recherchez moi ça sur internet". Pourtant, elle est gentille, à sa façon. Dès qu'elle débarque dans une pièce, les gens se regardent entre eux, effrayés. Il n'y a plus que les infirmiers qui la supportent. J'ai tenté de me rapprocher d'elle car elle m'avait promis de me ramener le flacon miniature du Shalimar par Guerlain que je convoite tant. Mais depuis que je sais qu'elle n'a pas le bon modèle, je tente de prendre des distances malgré le "vous viendrez me voir à Neuilly ?", et moi, profiteuse et hypocrite que je suis "oui oui" lui disai-je, tout en observant avec dégoût son sac de grand-mère Vuitton.
Louis est un "vieux beau" qui vit lui aussi à Neuilly. Il était toujours très élégant avec ses petits pulls roses saumon. Je ne l'ai pas beaucoup connu mais il était adorable; il m'a offert lors de son départ deux livres (dont un de Paul Auster) alors que je ne lui avait rien demandé. Marianne a vite mis le grappin, elle saute sur tout ce qui sent la thune.
Le cas de Marianne mérite d'être évoqué d'ailleurs. Une grande blonde en apparence ouverte d'esprit qui bossa dans le milieu du star system. Je n'ai pas compris si c'était une sort de vantardise de me dire qu'elle avait connu Bixente Lizarazu (d'ailleurs je m'en tape, tout ce qui m'intéresse c'est Monica Bellucci); mais je ne pense pas vu que c'est moi qui lui posa la question rituelle "et toi tu fais quoi dans la vie ?". Elle essaya de se rapprocher d'Hervé mais elle s'en éloigne désormais comme de la peste depuis qu'il est en phase dépressive.
Voir le chef de l'Etat passer à la TV est d'une importance capitale pour elle, quitte à monopoliser le poste commun, un soir. "Tu comprendras plus tard" m'a-t-elle balancée, je crois que je lui ai ri au nez en remontant les escaliers ("Excuse-moi de préférer regarder un film sur Johannes Vermeer plutôt qu'un pignouf raconter du vent sous pretexte qu'il faut rassurer ces crétins de Français"). Bref, l'argent l'attire et ça se voit; mais je ne la déteste pas, je l'apprécie même, mais de loin.
Herved.
48 ans, deux enfants, divorcé. J'en ai déjà parlé brièvement mais il était alors dans un état maniaque. Maintenant il est redescendu de son pic et va très mal. Dès que j'apporte mon ordinateur près de la télévision, il va chercher le sien pour me demander des trucs incompréhensibles (il n'articule plus à cause de tous les médicaments qu'il avale): genre son mot de passe, comment on baisse le volume (il perd la mémoire et paume toutes ses affaires) etc... D'autant plus qu'il n'a rien à y faire, sur son pc, c'est juste histoire de coller les gens. Alors, déconcentrée que je suis, je débranche tout et me sauve presque en courant.
L'autre jour j'attendais qu'on m'ouvre la porte vitrée (elle est tout le temps fermée maintenant car le corps médical craint qu'il prenne la fuite) et je le vois torse nu (ce qui n'est pas un cadeau, hum), prêt à se battre avec Arthur (pauvre Arthur) en hurlant "Je suis en placement libre !!!".
Dans son délire, il souhaire me faire don de sa table basse et de son appareil réflex...
Loriana est anorexique boulimique. C'est une douce, grande et jolie rousse. Elle a 24 ans et cela fait 18 ans qu'elle se bat contre sa maladie. Elle porte toujours son sweatshirt GAP, sûrement pour cacher des formes qu'elle n'aime probablement pas. Pourtant, elle a une "bonne" silhouette. Elle m'avoua passer souvent de 55 kg à 100 kg, ce qui me parut hallucinant (je ne pensais pas qu'il y avait pire que moi). Elle vit avec son cousin et chante dans un groupe de rock. Je la connais mal pour l'instant.
Elle a des origines anglaises/islandaises/norvégiennes et russes. Elle parle toutes ces langues mais ne chante qu'en anglais (dommage) dans l'album qui est en cours de mixage. Nous avons eu un aperçu du résultat dans la voiture de son producteur (que j'ai pris, au début, pour son père). Avec la voix douce qu'elle a, je ne pensais pas qu'elle avait un tel coffre (elle monte avec aisance du grave à l'aigu). Mais je préfère entendre sa voix grave, qui reflète, à mon humble avis, toute la colère qui sommeille en elle lorsqu'elle n'est pas sur scène.
Michel Michel, acte II.
"Le film d'hier était horrible. Il jette un cadavre dans l'eau, hein c'est grave ? Ca se fait pas de tuer, j'ai pleuré.
Pourquoi un diplôme c'est à vie ?
C'est grave le diabète ? On en meurt ou pas ? Il y a 3 millions de diabétiques en France, c'est beaucoup ? Je suis en bonne santé, j'touche du bois.
Ma marraine est très radine et mon papa aussi, hein c'est pas beau ?
J'ai un diplôme, je l'ai encadré, d'athlétisme. C'est dur, c'est bien ou c'est mal ? 10 000 mètres !
J'ai pas encore gagné au loto.
Vous aimez le dessin ? J'aime pas c'est nul.
C'est pas bien de penser à la mort des gens ? Elle me battait ma tante, c'est bien ou c'est pas bien ?
LES CHARGES C'EST CACA (fois quatre)
Si on paye pas ses impôts, on est expulsés ou pas ? J'suis à la cotorep.
Je veux gagner au loto, on peut rêver ou pas ?
Aaaaah j'aime pas les serpents, nooooon ! Oh non vous avez des rats ? Aaah ! Il y a un rat pour un Parisien.
Vous aimez les sans abris ? J'suis un vilain. J'veux pas dormir sous les ponts !
C'est vieux 17 ans pour un chat ? Il perd ses poils. Il va mourir ?
Le p'tit nain a perdu à Questions pour un champion hier à la TV.
Y'a des beaux sapins blancs aux Champs Elysées, vous avez vu ?
AVC... il était handicapé le type, c'est pas bien ?
J'ai peur, j'ai peur de la mort. Y'a quoi après ? C'est dégueulasse, y'a eu trois morts à Saint Cloud, écrasés par un camion. C'est grave de tuer ?
Faut trottiner pour avoir un diplôme.
La cotorep c'est ma faute, hein. Depuis 87.
J'ai faim c'est pas ma faute.
Fait un temps dégueux.
J'suis pas en prison. J'ai de la chance.
Un diplôme c'est à vie.
Faut manger c'est vrai ou pas ?
C'est froid le marché j'aime pas.
Douze heures par jour, il l'a méritée sa retraite ou pas mon papa ?
On va avoir un nouveau canapé j'suis conteeeeeeeennnnt ! Oooooh !!
J'ai plus rien à dire."
Tout le monde la fuit car elle a eu l'habitude de se faire servir toute sa vie, alors elle lance des "va me faire un thé", "montez-avec moi dans l'ascenceur parce que j'ai peur de rester coincée", "maquillez-moi", "recherchez moi ça sur internet". Pourtant, elle est gentille, à sa façon. Dès qu'elle débarque dans une pièce, les gens se regardent entre eux, effrayés. Il n'y a plus que les infirmiers qui la supportent. J'ai tenté de me rapprocher d'elle car elle m'avait promis de me ramener le flacon miniature du Shalimar par Guerlain que je convoite tant. Mais depuis que je sais qu'elle n'a pas le bon modèle, je tente de prendre des distances malgré le "vous viendrez me voir à Neuilly ?", et moi, profiteuse et hypocrite que je suis "oui oui" lui disai-je, tout en observant avec dégoût son sac de grand-mère Vuitton.
Louis est un "vieux beau" qui vit lui aussi à Neuilly. Il était toujours très élégant avec ses petits pulls roses saumon. Je ne l'ai pas beaucoup connu mais il était adorable; il m'a offert lors de son départ deux livres (dont un de Paul Auster) alors que je ne lui avait rien demandé. Marianne a vite mis le grappin, elle saute sur tout ce qui sent la thune.
Le cas de Marianne mérite d'être évoqué d'ailleurs. Une grande blonde en apparence ouverte d'esprit qui bossa dans le milieu du star system. Je n'ai pas compris si c'était une sort de vantardise de me dire qu'elle avait connu Bixente Lizarazu (d'ailleurs je m'en tape, tout ce qui m'intéresse c'est Monica Bellucci); mais je ne pense pas vu que c'est moi qui lui posa la question rituelle "et toi tu fais quoi dans la vie ?". Elle essaya de se rapprocher d'Hervé mais elle s'en éloigne désormais comme de la peste depuis qu'il est en phase dépressive.
Voir le chef de l'Etat passer à la TV est d'une importance capitale pour elle, quitte à monopoliser le poste commun, un soir. "Tu comprendras plus tard" m'a-t-elle balancée, je crois que je lui ai ri au nez en remontant les escaliers ("Excuse-moi de préférer regarder un film sur Johannes Vermeer plutôt qu'un pignouf raconter du vent sous pretexte qu'il faut rassurer ces crétins de Français"). Bref, l'argent l'attire et ça se voit; mais je ne la déteste pas, je l'apprécie même, mais de loin.
Herved.
48 ans, deux enfants, divorcé. J'en ai déjà parlé brièvement mais il était alors dans un état maniaque. Maintenant il est redescendu de son pic et va très mal. Dès que j'apporte mon ordinateur près de la télévision, il va chercher le sien pour me demander des trucs incompréhensibles (il n'articule plus à cause de tous les médicaments qu'il avale): genre son mot de passe, comment on baisse le volume (il perd la mémoire et paume toutes ses affaires) etc... D'autant plus qu'il n'a rien à y faire, sur son pc, c'est juste histoire de coller les gens. Alors, déconcentrée que je suis, je débranche tout et me sauve presque en courant.
L'autre jour j'attendais qu'on m'ouvre la porte vitrée (elle est tout le temps fermée maintenant car le corps médical craint qu'il prenne la fuite) et je le vois torse nu (ce qui n'est pas un cadeau, hum), prêt à se battre avec Arthur (pauvre Arthur) en hurlant "Je suis en placement libre !!!".
Dans son délire, il souhaire me faire don de sa table basse et de son appareil réflex...
Loriana est anorexique boulimique. C'est une douce, grande et jolie rousse. Elle a 24 ans et cela fait 18 ans qu'elle se bat contre sa maladie. Elle porte toujours son sweatshirt GAP, sûrement pour cacher des formes qu'elle n'aime probablement pas. Pourtant, elle a une "bonne" silhouette. Elle m'avoua passer souvent de 55 kg à 100 kg, ce qui me parut hallucinant (je ne pensais pas qu'il y avait pire que moi). Elle vit avec son cousin et chante dans un groupe de rock. Je la connais mal pour l'instant.
Elle a des origines anglaises/islandaises/norvégiennes et russes. Elle parle toutes ces langues mais ne chante qu'en anglais (dommage) dans l'album qui est en cours de mixage. Nous avons eu un aperçu du résultat dans la voiture de son producteur (que j'ai pris, au début, pour son père). Avec la voix douce qu'elle a, je ne pensais pas qu'elle avait un tel coffre (elle monte avec aisance du grave à l'aigu). Mais je préfère entendre sa voix grave, qui reflète, à mon humble avis, toute la colère qui sommeille en elle lorsqu'elle n'est pas sur scène.
Michel Michel, acte II.
"Le film d'hier était horrible. Il jette un cadavre dans l'eau, hein c'est grave ? Ca se fait pas de tuer, j'ai pleuré.
Pourquoi un diplôme c'est à vie ?
C'est grave le diabète ? On en meurt ou pas ? Il y a 3 millions de diabétiques en France, c'est beaucoup ? Je suis en bonne santé, j'touche du bois.
Ma marraine est très radine et mon papa aussi, hein c'est pas beau ?
J'ai un diplôme, je l'ai encadré, d'athlétisme. C'est dur, c'est bien ou c'est mal ? 10 000 mètres !
J'ai pas encore gagné au loto.
Vous aimez le dessin ? J'aime pas c'est nul.
C'est pas bien de penser à la mort des gens ? Elle me battait ma tante, c'est bien ou c'est pas bien ?
LES CHARGES C'EST CACA (fois quatre)
Si on paye pas ses impôts, on est expulsés ou pas ? J'suis à la cotorep.
Je veux gagner au loto, on peut rêver ou pas ?
Aaaaah j'aime pas les serpents, nooooon ! Oh non vous avez des rats ? Aaah ! Il y a un rat pour un Parisien.
Vous aimez les sans abris ? J'suis un vilain. J'veux pas dormir sous les ponts !
C'est vieux 17 ans pour un chat ? Il perd ses poils. Il va mourir ?
Le p'tit nain a perdu à Questions pour un champion hier à la TV.
Y'a des beaux sapins blancs aux Champs Elysées, vous avez vu ?
AVC... il était handicapé le type, c'est pas bien ?
J'ai peur, j'ai peur de la mort. Y'a quoi après ? C'est dégueulasse, y'a eu trois morts à Saint Cloud, écrasés par un camion. C'est grave de tuer ?
Faut trottiner pour avoir un diplôme.
La cotorep c'est ma faute, hein. Depuis 87.
J'ai faim c'est pas ma faute.
Fait un temps dégueux.
J'suis pas en prison. J'ai de la chance.
Un diplôme c'est à vie.
Faut manger c'est vrai ou pas ?
C'est froid le marché j'aime pas.
Douze heures par jour, il l'a méritée sa retraite ou pas mon papa ?
On va avoir un nouveau canapé j'suis conteeeeeeeennnnt ! Oooooh !!
J'ai plus rien à dire."
vendredi 19 novembre 2010
"Accepterais-tu de devenir ma petite soeur ?"







Les gens n'aiment pas qu'on les photographie à titre privé, ils ont peur de retrouver leur cheutron dans je ne sais quel contexte graveleux.
A l'inverse, s'ils posaient pour un magazine, ils seraient fiers, alors qu'au contraire, je pense qu'ils devraient l'être lorsqu'un ou une inconnue prend la peine et le temps de les remarquer parmi la foule anonyme.
Cauchemar intime
Il y a une semaine, j'ai vu "Biutiful" avec le très charismatique Javier Bardem, film espagnol (ou mexicain d'ailleurs) d'Alejandro González Iñárritu. Je partai avec un a priori ayant été lassé par les précédentes constructions scénaristiques d'Amours Chiennes, 21 grammes et Babel. Toujours le même schéma narratif: trois ou quatre destins à premières vues différents, voire carrément opposés (on passe de la pauvreté marocaine au confort d'une adolescente japonaise dans Babel) mais tous ont un point de ralliement. Tous ont, d'ailleurs, une fragilité en eux, point de regroupement de plus.
Deux enfants coincés en pleine cambrousse mexicaine à cause de la négligence de leur nounou mexicaine (on aborde alors ici le thème si célèbre de la frontière hispano-américaine et son difficile filtrage de clandestins, fournisseurs de drogue etc...); Inarritu semble être né pour évoquer les problèmes sociaux dans chacune de ses oeuvres; certains lui reprochent même d'user de misérabilisme pour émouvoir le spectateur.
Les parents des deux bambins sont partis, de leur côté, en Afrique du nord, en espérant régler une crise de couple. Entre temps, dans une région proche mais bien loin du petit cocon de touristes américains dans lequel le couple effectue son périple, on suit le quotidien d'une famille marocaine qui vit de la chasse du père. Ce dernier prend la soudaine décision d'initier ses deux fils au maniement du fusil, et, par un tragique hasard, l'un d'eux blesse Cate Blanchett (l'épouse américaine en question) puisque la balle tirée en l'air (ou non puisque les armes à feu sont des jouets pour les enfants) atteint la vitre du car de touristes s'aventurant sur les mêmes terres que les bergers. Le bus s'arrête donc en catastrophe dans un village voisin et, évidemment, le premier médecin est à plusieurs jours du lieu dit. S'en suit alors un conflit entre le reste des Américains souhaitant rentrer à leur hôtel puisque non habitués à la populace locale qui leur semble misérable et malveillante.
Mais la blessée ne peut être transportée au risque de perdre encore plus de sang. Une espèce de chamane s'occupe donc d'elle et un lien se crée entre le couple et quelques habitants. Brad Pitt (le mari dévoué) en vient presque aux mains pour raisonner les autres touristes manquant visiblement d'empathie.
Inarritu nous emmène ensuite à Tokyo, où une jeune sourde et muette tente tant bien que mal de survivre dans le monde survolté de l'adolescence. Les garçons la rejettent, son père n'est jamais là.
Où est le lien avec les autres personnages ? Son père, homme d'affaire surmené, fit l'acquisition il y a peu d'une arme à feu lors d'un séjour au Maroc, et il fut tellement satisfait du travail de son guide qu'il en lui fit le don. Arme qui fut par la suite vendu au père de l'enfant meurtrier malgré lui.
Bref, tout s'entrecoupe, se recoupe, dans un ordre anarchique mais savamment mené (flashback etc...).
Tout ça pour dire que dans Biutiful, on change totalement de système narratif. On est dans le "classique" mais on conserve ces plans oniriques qui peuvent durer plusieurs minutes (parfois trop), avec des visions cauchemardesques ou non, de la musique atmosphérique, des fondus, des couleurs "surréalistes".
Javier Bardem survit dans la banlieue barcelonnaise, avec ses deux enfants qui voient de temps en temps leur mère instable puisque magnaco-dépressive. Son gagne-pain, c'est de faire en sorte de trouver du boulot aux sans-papiers Chinois, Africains et autres. Il baigne donc dans le milieu de l'illégalité tout en essayant d'aider son prochain (il héberge une femme et son enfant en bas âge menacée d'expulsion suite à l'arrestation de son mari).
On découvre alors une Espagne bien différente des clichés récurrents: la police et sa corruption, des Chinois vivant dans une sorte de cave et dont leur seule tache est de produire des sacs contrefaits (conditions de vie affreuse pour ces derniers qui finiront par périr par la faute indirecte de Bardem qui leur acheta un chauffage bas de gamme), les difficultés d'un père qui apprend subitement qu'il est atteint d'un cancer de la prostate et qu'il ne lui reste donc que quelques mois à vivre tout en faisant bonne figure devant ses proches, etc...
On pourrait reprocher au réalisateur d'exploiter le filon du larmoyant mais on ne peut rester insensible au destin d'un homme partagé entre culpabilité, tragique et héroisme.
D'ailleurs les seules scènes faisant allusion à la maladie sont subtiles (plans brefs sur les urines presque rouge de Bardem).
Ce dernier revient donc à ses sources, après un long passage de l'autre côté de l'Atlantique (Vicky Christina Barcelona, No country for old men etc...) et prouve qu'avec son faciès de roc (et pas seulement heureusement), il est capable de tout jouer et demeure un des plus grands acteurs de sa génération.
Pour conclure, surtout, ne pas se fier à la bance annonce un peu trop hollywoodienne qui ne met pas du tout le film en valeur.
Deux enfants coincés en pleine cambrousse mexicaine à cause de la négligence de leur nounou mexicaine (on aborde alors ici le thème si célèbre de la frontière hispano-américaine et son difficile filtrage de clandestins, fournisseurs de drogue etc...); Inarritu semble être né pour évoquer les problèmes sociaux dans chacune de ses oeuvres; certains lui reprochent même d'user de misérabilisme pour émouvoir le spectateur.
Les parents des deux bambins sont partis, de leur côté, en Afrique du nord, en espérant régler une crise de couple. Entre temps, dans une région proche mais bien loin du petit cocon de touristes américains dans lequel le couple effectue son périple, on suit le quotidien d'une famille marocaine qui vit de la chasse du père. Ce dernier prend la soudaine décision d'initier ses deux fils au maniement du fusil, et, par un tragique hasard, l'un d'eux blesse Cate Blanchett (l'épouse américaine en question) puisque la balle tirée en l'air (ou non puisque les armes à feu sont des jouets pour les enfants) atteint la vitre du car de touristes s'aventurant sur les mêmes terres que les bergers. Le bus s'arrête donc en catastrophe dans un village voisin et, évidemment, le premier médecin est à plusieurs jours du lieu dit. S'en suit alors un conflit entre le reste des Américains souhaitant rentrer à leur hôtel puisque non habitués à la populace locale qui leur semble misérable et malveillante.
Mais la blessée ne peut être transportée au risque de perdre encore plus de sang. Une espèce de chamane s'occupe donc d'elle et un lien se crée entre le couple et quelques habitants. Brad Pitt (le mari dévoué) en vient presque aux mains pour raisonner les autres touristes manquant visiblement d'empathie.
Inarritu nous emmène ensuite à Tokyo, où une jeune sourde et muette tente tant bien que mal de survivre dans le monde survolté de l'adolescence. Les garçons la rejettent, son père n'est jamais là.
Où est le lien avec les autres personnages ? Son père, homme d'affaire surmené, fit l'acquisition il y a peu d'une arme à feu lors d'un séjour au Maroc, et il fut tellement satisfait du travail de son guide qu'il en lui fit le don. Arme qui fut par la suite vendu au père de l'enfant meurtrier malgré lui.
Bref, tout s'entrecoupe, se recoupe, dans un ordre anarchique mais savamment mené (flashback etc...).
Tout ça pour dire que dans Biutiful, on change totalement de système narratif. On est dans le "classique" mais on conserve ces plans oniriques qui peuvent durer plusieurs minutes (parfois trop), avec des visions cauchemardesques ou non, de la musique atmosphérique, des fondus, des couleurs "surréalistes".
Javier Bardem survit dans la banlieue barcelonnaise, avec ses deux enfants qui voient de temps en temps leur mère instable puisque magnaco-dépressive. Son gagne-pain, c'est de faire en sorte de trouver du boulot aux sans-papiers Chinois, Africains et autres. Il baigne donc dans le milieu de l'illégalité tout en essayant d'aider son prochain (il héberge une femme et son enfant en bas âge menacée d'expulsion suite à l'arrestation de son mari).
On découvre alors une Espagne bien différente des clichés récurrents: la police et sa corruption, des Chinois vivant dans une sorte de cave et dont leur seule tache est de produire des sacs contrefaits (conditions de vie affreuse pour ces derniers qui finiront par périr par la faute indirecte de Bardem qui leur acheta un chauffage bas de gamme), les difficultés d'un père qui apprend subitement qu'il est atteint d'un cancer de la prostate et qu'il ne lui reste donc que quelques mois à vivre tout en faisant bonne figure devant ses proches, etc...
On pourrait reprocher au réalisateur d'exploiter le filon du larmoyant mais on ne peut rester insensible au destin d'un homme partagé entre culpabilité, tragique et héroisme.
D'ailleurs les seules scènes faisant allusion à la maladie sont subtiles (plans brefs sur les urines presque rouge de Bardem).
Ce dernier revient donc à ses sources, après un long passage de l'autre côté de l'Atlantique (Vicky Christina Barcelona, No country for old men etc...) et prouve qu'avec son faciès de roc (et pas seulement heureusement), il est capable de tout jouer et demeure un des plus grands acteurs de sa génération.
Pour conclure, surtout, ne pas se fier à la bance annonce un peu trop hollywoodienne qui ne met pas du tout le film en valeur.
mardi 16 novembre 2010
Hasta la vista, baby
Je flâne et jonche au milieu des feuilles mortes, mon Sansa dans les oreilles à écouter ce vieux groupe d'Underworld auquel le film Trainspotting doit en grande partie son succès.
J'ai mon appareil Coolpix Nikon à la main droite (de la merde mais ça dépanne) et je cherche des sujets à immortaliser. Je passe de la couleur sépia aux couleurs froides (je n'en connaissais pas le rendu mais il est intéressant). Tout à coup, je me dis que la nature semble trop statique à mon goût, malgré sa beauté. Les écureuils ne sont pas au rendez-vous et je n'ai pas la patience de les traquer. Alors je vois au loin chahuter un groupe d'enfants (j'ai toujours été fasciné plus que tout par les visages, les nuances sont si différentes de l'un à l'autre; c'est pour cela que je ne dessine que des portraits), quelle subite aubaine, moi qui commencais à désespérer ! Je me rends donc en leur direction puis commence à cliquer à tout va sur deux petites filles de dos, mais les mouvements sont trop saccadés et le résultat n'est pas fameux. J'interpelle donc carrément une petite blonde en vue de lui demander si elle serait d'accord pour poser pour moi (j'embellis la formule). Elle sourit bien qu'un poil méfiante (et oui, on lui a toujours martelé dans le ciboulot qu'il ne fallait pas parler aux inconnus). Un vieil homme nous rejoint, je lui demande si ça lui pose un problème. Il me répond que oui, par principe, le droit à l'image blabla et me dépasse froidement entouré de ses chérubins. Et là je souris intérieurement et me demande, perplexe, "le droit à l'image ?", "Qu'est-ce que c'est que ça ?". Voilà encore un mouton paranoiaque qui s'est tapé les intégrales de "Capital" traitant des réseaux illégaux pédophiles et qui interprête de façon abusémment négatives toute utilisation d'appareils technologiques. Maintenant, je saurai qu'il ne vaut mieux pas demander la permission mais fonctionner de façon instinctive, quitte à se faire réprimander par des gens peu ouverts d'esprit.
Je suis face à Paris et entrevois la tour Montparnasse. J'aime cette ville. Demain je vais pouvoir jouer au ping-pong avec Michel Michel, je suis contente.



J'ai mon appareil Coolpix Nikon à la main droite (de la merde mais ça dépanne) et je cherche des sujets à immortaliser. Je passe de la couleur sépia aux couleurs froides (je n'en connaissais pas le rendu mais il est intéressant). Tout à coup, je me dis que la nature semble trop statique à mon goût, malgré sa beauté. Les écureuils ne sont pas au rendez-vous et je n'ai pas la patience de les traquer. Alors je vois au loin chahuter un groupe d'enfants (j'ai toujours été fasciné plus que tout par les visages, les nuances sont si différentes de l'un à l'autre; c'est pour cela que je ne dessine que des portraits), quelle subite aubaine, moi qui commencais à désespérer ! Je me rends donc en leur direction puis commence à cliquer à tout va sur deux petites filles de dos, mais les mouvements sont trop saccadés et le résultat n'est pas fameux. J'interpelle donc carrément une petite blonde en vue de lui demander si elle serait d'accord pour poser pour moi (j'embellis la formule). Elle sourit bien qu'un poil méfiante (et oui, on lui a toujours martelé dans le ciboulot qu'il ne fallait pas parler aux inconnus). Un vieil homme nous rejoint, je lui demande si ça lui pose un problème. Il me répond que oui, par principe, le droit à l'image blabla et me dépasse froidement entouré de ses chérubins. Et là je souris intérieurement et me demande, perplexe, "le droit à l'image ?", "Qu'est-ce que c'est que ça ?". Voilà encore un mouton paranoiaque qui s'est tapé les intégrales de "Capital" traitant des réseaux illégaux pédophiles et qui interprête de façon abusémment négatives toute utilisation d'appareils technologiques. Maintenant, je saurai qu'il ne vaut mieux pas demander la permission mais fonctionner de façon instinctive, quitte à se faire réprimander par des gens peu ouverts d'esprit.
Je suis face à Paris et entrevois la tour Montparnasse. J'aime cette ville. Demain je vais pouvoir jouer au ping-pong avec Michel Michel, je suis contente.



Alien's Nation
Sophie est une grande poupée bobo qui apprécie tout ce qui est fait en laine (elle se trimballe avec son bonnet éternellement). Son genre de mec c'est le bucheron par excellence (ce midi elle nous annonça qu'elle s'était tapée Olivier Barthelemy cet été et qu'il était très con). Sa grande soeur a séjourné ici pendant un an et va maintenant beaucoup mieux (elle s'est mariée, la preuve). Sophie fait des études d'arts dans une école des Champs Elysées et possède (merci papa) un appartement vers la place de la Bastille. Elle aime fumer (elle n'arrivait pas à s'endormir jadis sans avoir fumé une dizaine de spliffs dans la soirée) mais doit arrêter. Elle aime faire du shopping et sortir dans les boîtes branchées de Paris (elle a même, par le biais d'une amie, rencontré Vincent Cassel). Elle me répète souvent "mais qu'est ce que t'as avec les stars ? Franchement ils ne sont pas si fascinants que ça." Normal, la donzelle est blasée. J'aimerais garder le contact avec elle (pas par opportunisme n'est-ce pas!) mais je n'ai pas l'impression que l'intérêt que je lui porte soit réciproque. Elle semble me trouver lourde, ou alors je suis définitivement paranoiaque. Parfois je la trouve intolérante, surtout quand elle parle des personnes de l'hopital de jour: "Attends je vais pas traîner avec eux dans des musées, imagine mes potes qui me croisent, la honte...". Enfin, elle est jeune.
Jean-Paul a un gros strabisme mais une culture énorme (quel rapport on se le demande). Il erre souvent à l'entrée de la clinique, la tête courbée en direction du sol. Il aime faire la bise aux gens mais je m'y refuse obstinément, alors il se rabat sur la poignée de main que je lui propose. Si vous demandez à Jean-Paul comment il va il vous répondra systématiquement qu'il va mal. Cette après-midi, il devait aller voir "Potiches" au cinéma avec le groupe. Il est obligé de faire certaines activités, cela fait partie de sa thérapie. Mais il ne le sentait pas, ce jour-là, ce cinéma. L'autre fois au déjeuner il ne cessait de répéter à Benoît (un bipolaire à queue de cheval qui parle sans arrêt) que ce dernier était anorexique, tout ça parce qu'il ne voulait pas de son poisson (et surtout qu'il tardait à finir son assiette vu qu'il blablater non-stop). Jean-Paul est persuadé que j'ai des origines italiennes (?!).
Etienne est un gentil cinquantenaire un peu à la ramasse qui ne se gêne pas pour s'enfiler dans les transports en communs des gouttes pour ses yeux malades. Et comme il est complètement stone à cause des cachetons qu'on lui prescrit, il s'en fout partout. Je l'apprécie car il m'appelle son "amie" et parce qu'il est probablement le seul pentionnaire à avoir mémorisé mon prénom du premier coup.





Jean-Paul a un gros strabisme mais une culture énorme (quel rapport on se le demande). Il erre souvent à l'entrée de la clinique, la tête courbée en direction du sol. Il aime faire la bise aux gens mais je m'y refuse obstinément, alors il se rabat sur la poignée de main que je lui propose. Si vous demandez à Jean-Paul comment il va il vous répondra systématiquement qu'il va mal. Cette après-midi, il devait aller voir "Potiches" au cinéma avec le groupe. Il est obligé de faire certaines activités, cela fait partie de sa thérapie. Mais il ne le sentait pas, ce jour-là, ce cinéma. L'autre fois au déjeuner il ne cessait de répéter à Benoît (un bipolaire à queue de cheval qui parle sans arrêt) que ce dernier était anorexique, tout ça parce qu'il ne voulait pas de son poisson (et surtout qu'il tardait à finir son assiette vu qu'il blablater non-stop). Jean-Paul est persuadé que j'ai des origines italiennes (?!).
Etienne est un gentil cinquantenaire un peu à la ramasse qui ne se gêne pas pour s'enfiler dans les transports en communs des gouttes pour ses yeux malades. Et comme il est complètement stone à cause des cachetons qu'on lui prescrit, il s'en fout partout. Je l'apprécie car il m'appelle son "amie" et parce qu'il est probablement le seul pentionnaire à avoir mémorisé mon prénom du premier coup.
lundi 15 novembre 2010
Tableaux frioulans
LA CAS DE CLAUDE.
Claude vit à la clinique depuis plus de 30 ans. Elle doit avoir dans les 70 ans. Je pense qu'elle est bipolaire. Elle vit dans une chambre à l'opposé de la mienne (heureusement car elle appelle souvent bruyamment les infirmiers à la rescousse). Parfois elle chante aussi, mais je ne fais pas la différence entre ses élans artistiques et ses appels au secours. La première fois d'ailleurs, nous étions tous autour de la table, et j'entendis une plainte lointaine, je commence à dire à Arthur "mais vous n'y allez pas là ? Je crois qu'elle a besoin de vous". Lui me répond que non, elle est juste en train de chanter au clair de la lune. Depuis j'essaie de faire attention afin de faire la distinction. Claude a une voix que l'on pourrait qualifier de "folle" (aigue et criarde). Un patient de l'hopital de jour qui séjourna près de sa chambre pendant quelques temps (le pauvre) me raconta qu'une fois, on l'avait installée sur la terrasse (elle se déplace en fauteuil roulant et sort très rarement) et elle s'est mise à hurler "piquouses piquouses !!!". Des réminiscences de ses périodes de junkysme sans doute. Arthur me la présenta une fois. Elle vit dans une chambre à la décoration très kitsch (le papier peint est orné de grosses fleurs violettes). Je lui dis mon prénom, elle me dit le sien, nous "plaisantons" concernant leur similitude. Elle avait l'air aimable ce jour là. Bref, une drôle de rencontre.
Evelyne
La cinquantaine voire soixantaine, Evelyne a des côtés Cruella d'Enfer, ou Einstein, selon la représentation que l'on s'en fait. Elle a peur des ordinateurs et d'être aspirée par eux. Elle est très coquette et va souvent chez l'esthéticienne. L'autre jour elle nous est revenus avec de faux ongles rouges d'une longueur impressionnante (l'effet tendait plus du Edward aux mains d'argent que du glamour). Il ne faut jamais demander à Evelyne quelle âge elle vous donne sinon elle vous vieillit de 12 ans minimum (j'en ai fait les frais).
Claude vit à la clinique depuis plus de 30 ans. Elle doit avoir dans les 70 ans. Je pense qu'elle est bipolaire. Elle vit dans une chambre à l'opposé de la mienne (heureusement car elle appelle souvent bruyamment les infirmiers à la rescousse). Parfois elle chante aussi, mais je ne fais pas la différence entre ses élans artistiques et ses appels au secours. La première fois d'ailleurs, nous étions tous autour de la table, et j'entendis une plainte lointaine, je commence à dire à Arthur "mais vous n'y allez pas là ? Je crois qu'elle a besoin de vous". Lui me répond que non, elle est juste en train de chanter au clair de la lune. Depuis j'essaie de faire attention afin de faire la distinction. Claude a une voix que l'on pourrait qualifier de "folle" (aigue et criarde). Un patient de l'hopital de jour qui séjourna près de sa chambre pendant quelques temps (le pauvre) me raconta qu'une fois, on l'avait installée sur la terrasse (elle se déplace en fauteuil roulant et sort très rarement) et elle s'est mise à hurler "piquouses piquouses !!!". Des réminiscences de ses périodes de junkysme sans doute. Arthur me la présenta une fois. Elle vit dans une chambre à la décoration très kitsch (le papier peint est orné de grosses fleurs violettes). Je lui dis mon prénom, elle me dit le sien, nous "plaisantons" concernant leur similitude. Elle avait l'air aimable ce jour là. Bref, une drôle de rencontre.
Evelyne
La cinquantaine voire soixantaine, Evelyne a des côtés Cruella d'Enfer, ou Einstein, selon la représentation que l'on s'en fait. Elle a peur des ordinateurs et d'être aspirée par eux. Elle est très coquette et va souvent chez l'esthéticienne. L'autre jour elle nous est revenus avec de faux ongles rouges d'une longueur impressionnante (l'effet tendait plus du Edward aux mains d'argent que du glamour). Il ne faut jamais demander à Evelyne quelle âge elle vous donne sinon elle vous vieillit de 12 ans minimum (j'en ai fait les frais).
dimanche 14 novembre 2010
Comment font les psychiatres pour absorder toute la misère humaine qui leur tombe quotidiennement sur la gueule ?
Michel Michel, acte I.
"On est combien d'habitants sur la terre ? 5 milliards ? 6 milliards ?
C'est pas bien le mal de dos HEIN ?
Pourquoi il est mort dans la misère Van Gogh ? Il a rien fait de mal.
Y'a 20 % des Français qui ont pas le bac, c'est beaucoup ou pas ?
Fait pas beau j'aime pas.
Pourquoi il était malheureux Van Gogh ? Parce qu'il vendait pas ses toiles ? Hein c'est triste. C'est triste hein hein.
On est en retard pour le cancer en France. C'est grave hein ? On en meurt ?
Pourquoi on peut pas arrêter le temps ? Pourquoi on peut pas arrêter le temps ? (débit de plus en plus rapide).
Les voleurs y cherchent des sous, j'ai raison hein ?
En France on paie des charges, c'est trop élevé hein ? Ca se mérite la retraite ?
En France y'a aussi des prisons, il en faut.
Il a eu un cancer Mitterand, c'est pas sa faute. Il a souffert.
Chaque bébé qui nait a une dette.
Le monde a changé depuis 40 ans.
Chirac il est en correctionnel. Ils veulent tous le pouvoir les présidents, c'est normal ?
Y'en a y fument pas ils ont le cancer, c'est juste ou pas juste ?
L'argent pousse pas. Le dimanche c'est ouvert l'Euromillion.
Il manquait un mètre pour avoir la coupe ! C'est vexant !
Tu f'ras pas d'braquage ! Hein.
Ils crèvent de faim à Haiti ! C'est dégueulasse. J'irai jamais ! La vie est pas juste hein.
A l'école y m'donnaient des coups de poing.
J'aime pas l'puding. J'suis mieux ici, c'est l'hôtel.
Une fois j'ai volé un maillot d bain, j'irais en enfer ?"
Chaque fois que je le vois installé à une table du restaurant, je me rue vers lui, mon calepin en poche afin de ne pas louper une miette de ses répliques cultes. Les patients des autres tables nous dévisagent en se retournant. "Parle moins fort Michel, par pitié."
Michel Michel vient depuis 8 ans à l'hopital de jour, il ne fait pas beaucoup d'activités alors il faut lui donner des missions, des objectifs. L'autre fois par exemple, un petit groupe de joueurs ne trouvait pas le paquet de tarots. Michel a cherché dans tous les recoins du salon et a trouvé. Nous l'avons applaudi puis il s'est mis tout à coup à pleurer. Ce qui a également fait pleurer Flora, une autre patiente (comme quoi la tristesse est transmissible, en deux minutes).
En dehors de la clinique, Michel Michel ne fait rien, il regarde la télévision. Du coup, quand il débarque ici, il nous fait l'inventaire des informations du jour (ce qui explique son obsession pour l'argent et les évènements tragique en général).
Mais je le "kiffe grave". Une heure par jour, du moins.
Gislaine l'Antillaise peau de vache mange son poulet colombo en solitaire, elle n'aime pas devoir se taper nos regards de bovins lorsqu'elle enfourne sa mixture.
Quand un patient se sent mal, elle se débarasse du problème en lui disant "vous avez des enfants, il faut vous ressaisir."
Elle est sèche comme un cake aux pruneaux mais peut parfois se révéler humaine.
Arthur est mon meilleur pote infirmier. Je l'adore, il est métisse, probablement cinquantenaire. Je ne l'appréciai pas au début pour le "jamais vous ne souriez?" qu'il me lança derrière la porte vitrée, mais depuis que je suis plus à l'aise dans cet environnement, nous ne cessons de nous lancer de petites piques amicales. J'aimerais avoir un ami comme lui à l'extérieur.
Il appelle mon psychiatre M. Dischamps le docteur Jambon. Un de ses petits délires fort probablement.
Stéphanie est une fleur fragile mariée à un Autrichien et mère de trois enfants. Elle est bilingue et loge à deux pas de ma chambre. Je commence à m'attacher à elle. Elle me fait lire ses écrits, voir ses poèmes (sorte d'auto-thérapie).
Un gros manque de confiance en elle l'empêche de vivre. Elle n'aime pas se mêler aux autres trop souvent de peur d'absorder leurs angoisses (je fais aussi ça, à un degré moindre).
Fabrice travaille pour TF1, il m'a expliqué son rôle mais ça m'a paru très abstrait (gestion de locaux ou je ne sais quoi). Il doit avoir la quarantaine et c'est la personne la plus cynique que j'ai rencontré de toute ma vie. J'aime manger face à lui car nous nous titillons pour des raisons culturelles et presque politiques (LOL!), mais c'est plus de la provocation qu'autre chose. Il est pro-TF1, je suis pro-Arte, le clash est donc inévitable.

"T'es piope." = mignonne en paysan (expression de Charlie)
"On est combien d'habitants sur la terre ? 5 milliards ? 6 milliards ?
C'est pas bien le mal de dos HEIN ?
Pourquoi il est mort dans la misère Van Gogh ? Il a rien fait de mal.
Y'a 20 % des Français qui ont pas le bac, c'est beaucoup ou pas ?
Fait pas beau j'aime pas.
Pourquoi il était malheureux Van Gogh ? Parce qu'il vendait pas ses toiles ? Hein c'est triste. C'est triste hein hein.
On est en retard pour le cancer en France. C'est grave hein ? On en meurt ?
Pourquoi on peut pas arrêter le temps ? Pourquoi on peut pas arrêter le temps ? (débit de plus en plus rapide).
Les voleurs y cherchent des sous, j'ai raison hein ?
En France on paie des charges, c'est trop élevé hein ? Ca se mérite la retraite ?
En France y'a aussi des prisons, il en faut.
Il a eu un cancer Mitterand, c'est pas sa faute. Il a souffert.
Chaque bébé qui nait a une dette.
Le monde a changé depuis 40 ans.
Chirac il est en correctionnel. Ils veulent tous le pouvoir les présidents, c'est normal ?
Y'en a y fument pas ils ont le cancer, c'est juste ou pas juste ?
L'argent pousse pas. Le dimanche c'est ouvert l'Euromillion.
Il manquait un mètre pour avoir la coupe ! C'est vexant !
Tu f'ras pas d'braquage ! Hein.
Ils crèvent de faim à Haiti ! C'est dégueulasse. J'irai jamais ! La vie est pas juste hein.
A l'école y m'donnaient des coups de poing.
J'aime pas l'puding. J'suis mieux ici, c'est l'hôtel.
Une fois j'ai volé un maillot d bain, j'irais en enfer ?"
Chaque fois que je le vois installé à une table du restaurant, je me rue vers lui, mon calepin en poche afin de ne pas louper une miette de ses répliques cultes. Les patients des autres tables nous dévisagent en se retournant. "Parle moins fort Michel, par pitié."
Michel Michel vient depuis 8 ans à l'hopital de jour, il ne fait pas beaucoup d'activités alors il faut lui donner des missions, des objectifs. L'autre fois par exemple, un petit groupe de joueurs ne trouvait pas le paquet de tarots. Michel a cherché dans tous les recoins du salon et a trouvé. Nous l'avons applaudi puis il s'est mis tout à coup à pleurer. Ce qui a également fait pleurer Flora, une autre patiente (comme quoi la tristesse est transmissible, en deux minutes).
En dehors de la clinique, Michel Michel ne fait rien, il regarde la télévision. Du coup, quand il débarque ici, il nous fait l'inventaire des informations du jour (ce qui explique son obsession pour l'argent et les évènements tragique en général).
Mais je le "kiffe grave". Une heure par jour, du moins.
Gislaine l'Antillaise peau de vache mange son poulet colombo en solitaire, elle n'aime pas devoir se taper nos regards de bovins lorsqu'elle enfourne sa mixture.
Quand un patient se sent mal, elle se débarasse du problème en lui disant "vous avez des enfants, il faut vous ressaisir."
Elle est sèche comme un cake aux pruneaux mais peut parfois se révéler humaine.
Arthur est mon meilleur pote infirmier. Je l'adore, il est métisse, probablement cinquantenaire. Je ne l'appréciai pas au début pour le "jamais vous ne souriez?" qu'il me lança derrière la porte vitrée, mais depuis que je suis plus à l'aise dans cet environnement, nous ne cessons de nous lancer de petites piques amicales. J'aimerais avoir un ami comme lui à l'extérieur.
Il appelle mon psychiatre M. Dischamps le docteur Jambon. Un de ses petits délires fort probablement.
Stéphanie est une fleur fragile mariée à un Autrichien et mère de trois enfants. Elle est bilingue et loge à deux pas de ma chambre. Je commence à m'attacher à elle. Elle me fait lire ses écrits, voir ses poèmes (sorte d'auto-thérapie).
Un gros manque de confiance en elle l'empêche de vivre. Elle n'aime pas se mêler aux autres trop souvent de peur d'absorder leurs angoisses (je fais aussi ça, à un degré moindre).
Fabrice travaille pour TF1, il m'a expliqué son rôle mais ça m'a paru très abstrait (gestion de locaux ou je ne sais quoi). Il doit avoir la quarantaine et c'est la personne la plus cynique que j'ai rencontré de toute ma vie. J'aime manger face à lui car nous nous titillons pour des raisons culturelles et presque politiques (LOL!), mais c'est plus de la provocation qu'autre chose. Il est pro-TF1, je suis pro-Arte, le clash est donc inévitable.

"T'es piope." = mignonne en paysan (expression de Charlie)
jeudi 11 novembre 2010
J'aime Balzac ! (parfois)
Au premier coup d'oeil, les magasins lui offrirent un tableau confus, dans lequel toutes les oeuvres humaines et divines se heurtaient. Des crocodiles, des singes, des boas empaillés souriaient à des vitraux d'église, semblaient vouloir mordre des bustes, courir après des laques, ou grimper sur des lustres. Un vase de Sèvres, où madame Jacotot avait peint Napoléon, se trouvait auprès d'un sphinx dédié à Sésostris. Le commencement du monde et les évènements d'hier se mariaient avec une grotesque bonhomie. Un tournebroche était posé sur un ostentoir, un sabre républicain sur une hacquebute du Moyen-Age. Madame Dubarry peinte au pastel par Latour, une étoile sur la tête, nue et dans un nuage, parassait contempler avec concupiscence une chibouque indienne, en cherchant à deviner l'utilité des spirales qui serpentaient vers elle. Les instruments de mort, poignards, pistolets curieux, armes à secret, étaient jetés pêle-mêle avec des instruments de vie: soupières en porcelaine, assiettes de Saxe, tasses diaphanes venues de Chine, salières antiques, drageoirs féodaux. Un vaisseau d'ivoire voguait à pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue. Une machine pneumatique éborgnait l'empereur Auguste, majestueusement impassible. Plusieurs portraits d'échevins français, de bourgmestres hollandais, insensibles alors comme pendant leur vie, s'élevaient au-dessus de ce chaos d'antiquités, en y lançant un regard pâle et froid. Tous les pays de la terre semblaient avoir apporté là quelque débris de leurs sciences, un échantillon de leurs arts. C'était une expèce de fumier philosophique auquel rien de ne manquait, ni le calumet du sauvage, ni la pantoufle vert et or du sérail, ni le yatagan du Maure, ni l'idole des Tartares. Il y avait jusqu'à la blague à tabac du soldat, jusqu'au ciboire du prêtre, jusqu'aux plumes d'un trône. Ces monstrueux tableaux étaient encore assujettis à mille accidents de lumière par la bizzarerie d'une multitude de reflets dus à la confusion des nuances, à la brusque opposition des jours et des noirs. L'oreille croyait entendre des cris interrompus, l'esprit saisir des drames inachevés, l'oeil apercevoir des lueurs mal étouffées. Enfin une poussière obstinée avait jeté son léger voile sur tous ces objets, dont les angles multipliés et les sinuosités nombreuses produisaient les effets les plus pittoresques.
Honoré De Balzac, La peau de chagrin
Honoré De Balzac, La peau de chagrin
mardi 9 novembre 2010
Aguerrir: accoutumer à une chose pénible
Je suis au Ronald McDonald. J'entends "bonne", "marketing", "haha je vais te prendre en photo quand tu vas enfourner ça, mouhaha", "pas la moyenne en anglais", "lequel est le mien lequel est le tien", "youpi j'ai gagné un big mac", "le mec, en un sandwich, il se fait quatre steak".
Royaume des étudiants, des minettes et des pauvres (ça va ensemble remarque), le mcdo est une usine semblable à une fabrique de poulets industriels (et je fais surtout illusion au job ingrat des caissiers).
"Tu crois qu'au Carrouf' ils vendent des stylos quatre couleurs?", "j'ai loupé deux heures d'espagnol", "mais comment t'as fait pour trouver de la place dans ce merdier."
Seules les personnes sont calmes (normal remarque) et pas dans un état second. Et c'est alors que je me dis que trainailler en groupe rend con. Ou alors les hamburgers rendent fêlés ? Va savoir. On mutte en porc ou alors je redécouvre le monde de la jeunesse.
Hier Yoann regardait Psg-Om dans le salon. Il m'a racontée le pourquoi du comment qu'il était ici. Fonctionnaire (le malheureux), 26 ans, vivant à Courbevoie, dépression à la suite d'une rupture. Supporter de Paris.
Entre deux clips Youtube je critique (mon passe-temps favori) les consultants de canal+. Christophe Dugarry a un vocabulaire de ouf: il répète toutes les dix minutes "diapason". La seule femme du plateau semble s'y connaître en sport malgré son rôle principal de pot de fleurs. Nous parlons donc vite fait football (j'ai de grosses lacunes à combler).
Ado je voulais être commentatrice sportive. Le simple phénomène journalistique consistant à hurler en fonction d'une action quelconque (un passement de jambes même râté mais proche des filets) me fascinait. Il faut bien tenir le spectateur en haleine, histoire qu'il ne s'endorme pas, surtout à la radio où les braillements sont décuplés. C'est pour cela que j'aime la télévision belge (et pas seulement pour les films bien souvent diffusés en langue originale) car lorsqu'on regarde leurs matchs, on a l'impression d'assister à un ballet russe. Le débit est calme, appaisant, en mesure véritable avec l'action qui s'y déroule. Rien à voir avec la Liga espagnole.
Bon, je quitte le temple des insectes (comme dirait Larry David), même si je me gèle les gambettes.
Royaume des étudiants, des minettes et des pauvres (ça va ensemble remarque), le mcdo est une usine semblable à une fabrique de poulets industriels (et je fais surtout illusion au job ingrat des caissiers).
"Tu crois qu'au Carrouf' ils vendent des stylos quatre couleurs?", "j'ai loupé deux heures d'espagnol", "mais comment t'as fait pour trouver de la place dans ce merdier."
Seules les personnes sont calmes (normal remarque) et pas dans un état second. Et c'est alors que je me dis que trainailler en groupe rend con. Ou alors les hamburgers rendent fêlés ? Va savoir. On mutte en porc ou alors je redécouvre le monde de la jeunesse.
Hier Yoann regardait Psg-Om dans le salon. Il m'a racontée le pourquoi du comment qu'il était ici. Fonctionnaire (le malheureux), 26 ans, vivant à Courbevoie, dépression à la suite d'une rupture. Supporter de Paris.
Entre deux clips Youtube je critique (mon passe-temps favori) les consultants de canal+. Christophe Dugarry a un vocabulaire de ouf: il répète toutes les dix minutes "diapason". La seule femme du plateau semble s'y connaître en sport malgré son rôle principal de pot de fleurs. Nous parlons donc vite fait football (j'ai de grosses lacunes à combler).
Ado je voulais être commentatrice sportive. Le simple phénomène journalistique consistant à hurler en fonction d'une action quelconque (un passement de jambes même râté mais proche des filets) me fascinait. Il faut bien tenir le spectateur en haleine, histoire qu'il ne s'endorme pas, surtout à la radio où les braillements sont décuplés. C'est pour cela que j'aime la télévision belge (et pas seulement pour les films bien souvent diffusés en langue originale) car lorsqu'on regarde leurs matchs, on a l'impression d'assister à un ballet russe. Le débit est calme, appaisant, en mesure véritable avec l'action qui s'y déroule. Rien à voir avec la Liga espagnole.
Bon, je quitte le temple des insectes (comme dirait Larry David), même si je me gèle les gambettes.
samedi 6 novembre 2010
La Belle dame sans merci
Quand je crains de cesser d'être
Avant que ma plume ait glané mon fertile cerveau,
Avant qu'une pile élevée de livres, dans leurs caractères imprimés,
Renferme, comme de pleins greniers, une moisson bien mûre;
Quand j'étudie sur la face étoilée de la nuit,
Les vastes symboles nuageux d'un haut poème, Et sens que je vivrai jamais pour retracer
Leurs ombres, avec la main magique de la chance;
Et quand je sens, exquise créature d'une heure !
Que je ne te verrai jamais plus devant moi,
Que je ne savourerai plus l'enchanteur pouvoir
De l'inconscient amour ! alors sur la grève
Du vaste monde, je me tiens seul, et je médite,
Jusqu'à ce qu'Amour et Gloire plongent dans le néant.
John Keats
Avant que ma plume ait glané mon fertile cerveau,
Avant qu'une pile élevée de livres, dans leurs caractères imprimés,
Renferme, comme de pleins greniers, une moisson bien mûre;
Quand j'étudie sur la face étoilée de la nuit,
Les vastes symboles nuageux d'un haut poème, Et sens que je vivrai jamais pour retracer
Leurs ombres, avec la main magique de la chance;
Et quand je sens, exquise créature d'une heure !
Que je ne te verrai jamais plus devant moi,
Que je ne savourerai plus l'enchanteur pouvoir
De l'inconscient amour ! alors sur la grève
Du vaste monde, je me tiens seul, et je médite,
Jusqu'à ce qu'Amour et Gloire plongent dans le néant.
John Keats
jeudi 4 novembre 2010
Suicide collectif de suppositoires
Je suis dans le salon. Martine tricote une écharpe pour son nounours. Elle me raconte sa journée. Elle a joué du piano (la marche turque) à l'arrière du restaurant, elle dit ne pas savoir bien jouer mais a pratiqué pendant 10 ans. Ensuite elle fait son tour de promenade dans le petit jardin jonché de feuilles jaunes/orangées. Puis elle s'est rendue à l'atelier art-thérapie dans la petite maison qui accueille les patients de l'hôpital de jour. Les médecins la poussent à prendre l'air. Je fais la même chose sans l'aide de ces derniers.
"On paie trop d'impôts hein c'est vrai ? Pourquoi ils font ça ? C'est trop cher, hein c'est pas bien ?" Dixit Michel, grand enfant, grand angoissé, grand assisté.
Lucia, Roumaine, aime les sorties culturelles. Elle mange tous ses repas dans sa chambre avec en fond sonore LCI. J'aime son doux accent.
Jean-Charles ne parle pas, ou alors de façon inaudible. Il se pose au milieu du salon et semble attendre on ne sait quel évènement qui ne vient jamais. Il porte toujours son petit sac à dos bleu sur les épaules, près pour de nouvelles aventures.
Claire passe ses journées à boire du thé biologique dans sa tasse Harry Potter. Son truc c'est de jouer au couple avec Cédric; tous deux sont là pour alcoolisme.
Hervé, 48 ans, éternel séducteur fraichement divorcé, bon parti ("vive la Suisse" clame-t-il), aimerait se caser. Il me pose des questions sur les ordinateurs et les iphone, prétextant ne rien y connaitre.
Pierre vit à Saint Cloud et supporte mal son passage à Ville d'Avray. Mais peu à peu il se sociabilise lors des repas. Il est passionné d'histoire et de séries américaines qu'il visionne sur son pc. Lorsqu'il s'exprime en public, une certaine éloquence émane de ses discours. Il a vécu au Tchad et maîtrise le sujet des anciens combattants africains enrôlés par les alliés en 40 par De Gaulle. J'aime l'écouter. Mais il rentre chez lui demain, il va me manquer. Sa fille crée des émissions culinaires télévisées.
Michelle, prof d'histoire, se dit harcelée par une schizophrène de type léger. Elle prend des distances, essaie de perdre du poids. Elle est ma partenaire de ping pong. Elle aussi va me quitter.
Perrine est une jolie trentenaire qui a besoin de beaucoup d'attention. Cela se manifeste par des petites blagues. Elle reste malgré tout très altruiste. Elle me prête parfois son manteau le soir lorsqu'il fait frais.
"Rah je ne sais plus ce que je dis, je m'excuse tout le temps et je parle trop quand une fille me plaît." Alexis et son charabia, bredouillant, 23 ans, sous curatelle.
Ouzzedine est cuisinier/serveur et aime faire son one-man-show lorsqu'il apporte les plats. Il plaisante avec les patients et anime un atelier percussions tous les quinze jours.
Joel (dit Charlie) est Normand et traîne un fond de dépression (même si j'ai du mal à le percevoir) jumelé avec une tendance à se réfugier dans l'alcool. Il produit du lait (= fermier dans mon jargon) et aime se balader en peignoir le soir. Il aime parler fromages et viandes dans le but de comparer la nourriture industrielle à celle qu'il vend lui-même. Il fait des remarques salaces et le cynisme l'habite. Mais j'apprécie l'air grognon qu'il se donne.
Asmaa, psychologue d'hôpital de jour, est une jolie beurette sympathique. Je ne lui donne même pas la trentaine. Elle anime l'atelier "contes" (qu'est-ce que ?) et propose des sorties culturelles sur Paris. Hier en groupe d'une huitaine de personnes nous nous sommes rendus au Petit Palais (je n'y avais jamais mis les pieds) pour contempler les photos de Pierre/père et Alexandra/fille Boulat (inconnus au bataillon de mes maigres références photographiques). Le père fréquentait du beau monde en immortalisant Truman Capote, Yves Saint Laurent, Edith Piaf, Françoise Dorléac, De Gaulle, etc... puis s'intéressait au Paris de l'après 40 avec toute l'imigration qui en découla (des contrôles d'identités dans les bidonvilles de Nanterre aux premières rébellions algériennes contre l'Etat français). La culture américaine marqua également ses esprits puisqu'il séjourna à New-York afin de mieux y cerner l'essence de ce peuple tout à fait "neuf".
La fille, elle, pourrait être qualifiée de reporter de guerre. Elle a fait le tour des conflits modernes qui nourrissent notre actualité quotidienne (de la Palestine à l'Irak en passant par l'Indonésie puis la Yougoslavie). Des femmes voilées ayant eu le droit de vote récemment aux bombardements américains censés délivrer la population du terrible Saddam Hussein. Images difficiles, donc (jonchements de cadavres, destructions d'habitats, cérémonies mortuaires etc...). Quelques clichés ont retenu mon attention, notamment celui de ces écoliers tenant leurs chaises en plein champ de ruine en Afghanistan et essayant de se trouver un coin plus "tranquille" pour débuter leurs leçons. Ou alors cette femme musulmane qui fait presque un malaise au milieu des dames d'honneur de sa fille fraîchement mariée car le gendre en question n'a pas offert à sa dulcinée le collier prévu et tant convoité par la famille.
Essayant de se démarquer de son père, Alexandra s'essaya brièvement à la peinture, très enfantine, moins intéressante que sa vocation première selon moi.
Nous entrons donc dans ce majesteux palais (le jardin central semblait de toute beauté) aux portes d'entrée dorées en volutes et débarquons dans la pièce principale en désordre puisque les photographies trônent en mileu d'allée entre les vases époque art nouveau, statues et autres tableaux expressionnistes (dieu que j'aime Courbet, Cézanne, Gustave Doré, Henner et Moreau ! ainsi que les sculptures diaphanes exempts de légendes (?). Mais le sous-sol fut plus cohérent au niveau du regroupement des photos. J'ai pris mon temps, j'étais à la traîne, ne pouvant m'empêcher de truffer mon calepin de diverses références. J'aurais voulu admirer le mobilier 18ème mais nous étions pressés. Et oui, le goûter est chose sacrée pour les petits patients. Passant devant le grand Palais où il y avait foule (relative tout de même) pour l'exposition Claude Monet, nous débarquâmes dans un café typiquement parisien pour nous désaltérer et échanger nos impressions. "Dures" fût le terme récurrent choisi par mes accolytes férus d'art. J'avais envie de répondre que même si nous étions à l'abri d'une certaine misère matérielle, ces clichés illustraient parfaitement la cruauté de la vie et que nous ne pouvions passer à côté de telles immortalisations de misères humaines. Car la télévision n'offre pas ce sentiment de malaise suite aux conflits qui peuplent notre la planète. Les images défilent et nous indiffèrent à l'instar d'une page de publicités. L'image figée, elle, est infiniment plus brutale. Mais je me tue, de peur de passer pour une donneuse de leçons que je suis parfois. S'ensuivit une petite discussion autour des différents musées parisiens à découvrir (dieu que j'aimerais retourner voir l'expo Basquiat). J'ai tenté d'évoquer l'exposition choc (pourquoi "choc" on se le demande, le nu fait tellement partie de notre quotidien) de larry Clark mais pas d'emballement. Les dépressifs n'aiment pas le graveleux. En même temps on ne peut pas reprocher à un groupe de malades de s'offusquer de la duretée de la vie de miséreux dans certaines régions du monde (et pourtant loin de moi l'idée de me faire passer pour la blasée notoire que je suis la plupart du temps).
Sur le chemin du retour quelques pensionnaires de jour nous quittèrent pour rentrer chez eux, et s'engagea alors sur le parcours entre la gare de Ville d'Avray et la clinique une discussion pseudo politique motivée par les récentes grèves. Pas grand chose à en conclure vu le peu d'intérêt que nous, jeunes gens (la psy, la stagiaire et moi) portons à ce sujet méconnu. Mais nous dérivâmes sur le charisme de nos chers présidents prédécesseurs ainsi que leurs origines.
En parlant de la stagiaire, cette petite Marine qui fait le trajet Vitry-Hauts de Seine tous les jours est bien mignonne. Elle m'avoua ses origines asiatiques que je n'aurai jamais devinées.
Je dois poursuivre "Peau de chagrin" et aller à Nanterre, lieu culte et usine à moutons de futurs contribuables.
"On paie trop d'impôts hein c'est vrai ? Pourquoi ils font ça ? C'est trop cher, hein c'est pas bien ?" Dixit Michel, grand enfant, grand angoissé, grand assisté.
Lucia, Roumaine, aime les sorties culturelles. Elle mange tous ses repas dans sa chambre avec en fond sonore LCI. J'aime son doux accent.
Jean-Charles ne parle pas, ou alors de façon inaudible. Il se pose au milieu du salon et semble attendre on ne sait quel évènement qui ne vient jamais. Il porte toujours son petit sac à dos bleu sur les épaules, près pour de nouvelles aventures.
Claire passe ses journées à boire du thé biologique dans sa tasse Harry Potter. Son truc c'est de jouer au couple avec Cédric; tous deux sont là pour alcoolisme.
Hervé, 48 ans, éternel séducteur fraichement divorcé, bon parti ("vive la Suisse" clame-t-il), aimerait se caser. Il me pose des questions sur les ordinateurs et les iphone, prétextant ne rien y connaitre.
Pierre vit à Saint Cloud et supporte mal son passage à Ville d'Avray. Mais peu à peu il se sociabilise lors des repas. Il est passionné d'histoire et de séries américaines qu'il visionne sur son pc. Lorsqu'il s'exprime en public, une certaine éloquence émane de ses discours. Il a vécu au Tchad et maîtrise le sujet des anciens combattants africains enrôlés par les alliés en 40 par De Gaulle. J'aime l'écouter. Mais il rentre chez lui demain, il va me manquer. Sa fille crée des émissions culinaires télévisées.
Michelle, prof d'histoire, se dit harcelée par une schizophrène de type léger. Elle prend des distances, essaie de perdre du poids. Elle est ma partenaire de ping pong. Elle aussi va me quitter.
Perrine est une jolie trentenaire qui a besoin de beaucoup d'attention. Cela se manifeste par des petites blagues. Elle reste malgré tout très altruiste. Elle me prête parfois son manteau le soir lorsqu'il fait frais.
"Rah je ne sais plus ce que je dis, je m'excuse tout le temps et je parle trop quand une fille me plaît." Alexis et son charabia, bredouillant, 23 ans, sous curatelle.
Ouzzedine est cuisinier/serveur et aime faire son one-man-show lorsqu'il apporte les plats. Il plaisante avec les patients et anime un atelier percussions tous les quinze jours.
Joel (dit Charlie) est Normand et traîne un fond de dépression (même si j'ai du mal à le percevoir) jumelé avec une tendance à se réfugier dans l'alcool. Il produit du lait (= fermier dans mon jargon) et aime se balader en peignoir le soir. Il aime parler fromages et viandes dans le but de comparer la nourriture industrielle à celle qu'il vend lui-même. Il fait des remarques salaces et le cynisme l'habite. Mais j'apprécie l'air grognon qu'il se donne.
Asmaa, psychologue d'hôpital de jour, est une jolie beurette sympathique. Je ne lui donne même pas la trentaine. Elle anime l'atelier "contes" (qu'est-ce que ?) et propose des sorties culturelles sur Paris. Hier en groupe d'une huitaine de personnes nous nous sommes rendus au Petit Palais (je n'y avais jamais mis les pieds) pour contempler les photos de Pierre/père et Alexandra/fille Boulat (inconnus au bataillon de mes maigres références photographiques). Le père fréquentait du beau monde en immortalisant Truman Capote, Yves Saint Laurent, Edith Piaf, Françoise Dorléac, De Gaulle, etc... puis s'intéressait au Paris de l'après 40 avec toute l'imigration qui en découla (des contrôles d'identités dans les bidonvilles de Nanterre aux premières rébellions algériennes contre l'Etat français). La culture américaine marqua également ses esprits puisqu'il séjourna à New-York afin de mieux y cerner l'essence de ce peuple tout à fait "neuf".
La fille, elle, pourrait être qualifiée de reporter de guerre. Elle a fait le tour des conflits modernes qui nourrissent notre actualité quotidienne (de la Palestine à l'Irak en passant par l'Indonésie puis la Yougoslavie). Des femmes voilées ayant eu le droit de vote récemment aux bombardements américains censés délivrer la population du terrible Saddam Hussein. Images difficiles, donc (jonchements de cadavres, destructions d'habitats, cérémonies mortuaires etc...). Quelques clichés ont retenu mon attention, notamment celui de ces écoliers tenant leurs chaises en plein champ de ruine en Afghanistan et essayant de se trouver un coin plus "tranquille" pour débuter leurs leçons. Ou alors cette femme musulmane qui fait presque un malaise au milieu des dames d'honneur de sa fille fraîchement mariée car le gendre en question n'a pas offert à sa dulcinée le collier prévu et tant convoité par la famille.
Essayant de se démarquer de son père, Alexandra s'essaya brièvement à la peinture, très enfantine, moins intéressante que sa vocation première selon moi.
Nous entrons donc dans ce majesteux palais (le jardin central semblait de toute beauté) aux portes d'entrée dorées en volutes et débarquons dans la pièce principale en désordre puisque les photographies trônent en mileu d'allée entre les vases époque art nouveau, statues et autres tableaux expressionnistes (dieu que j'aime Courbet, Cézanne, Gustave Doré, Henner et Moreau ! ainsi que les sculptures diaphanes exempts de légendes (?). Mais le sous-sol fut plus cohérent au niveau du regroupement des photos. J'ai pris mon temps, j'étais à la traîne, ne pouvant m'empêcher de truffer mon calepin de diverses références. J'aurais voulu admirer le mobilier 18ème mais nous étions pressés. Et oui, le goûter est chose sacrée pour les petits patients. Passant devant le grand Palais où il y avait foule (relative tout de même) pour l'exposition Claude Monet, nous débarquâmes dans un café typiquement parisien pour nous désaltérer et échanger nos impressions. "Dures" fût le terme récurrent choisi par mes accolytes férus d'art. J'avais envie de répondre que même si nous étions à l'abri d'une certaine misère matérielle, ces clichés illustraient parfaitement la cruauté de la vie et que nous ne pouvions passer à côté de telles immortalisations de misères humaines. Car la télévision n'offre pas ce sentiment de malaise suite aux conflits qui peuplent notre la planète. Les images défilent et nous indiffèrent à l'instar d'une page de publicités. L'image figée, elle, est infiniment plus brutale. Mais je me tue, de peur de passer pour une donneuse de leçons que je suis parfois. S'ensuivit une petite discussion autour des différents musées parisiens à découvrir (dieu que j'aimerais retourner voir l'expo Basquiat). J'ai tenté d'évoquer l'exposition choc (pourquoi "choc" on se le demande, le nu fait tellement partie de notre quotidien) de larry Clark mais pas d'emballement. Les dépressifs n'aiment pas le graveleux. En même temps on ne peut pas reprocher à un groupe de malades de s'offusquer de la duretée de la vie de miséreux dans certaines régions du monde (et pourtant loin de moi l'idée de me faire passer pour la blasée notoire que je suis la plupart du temps).
Sur le chemin du retour quelques pensionnaires de jour nous quittèrent pour rentrer chez eux, et s'engagea alors sur le parcours entre la gare de Ville d'Avray et la clinique une discussion pseudo politique motivée par les récentes grèves. Pas grand chose à en conclure vu le peu d'intérêt que nous, jeunes gens (la psy, la stagiaire et moi) portons à ce sujet méconnu. Mais nous dérivâmes sur le charisme de nos chers présidents prédécesseurs ainsi que leurs origines.
En parlant de la stagiaire, cette petite Marine qui fait le trajet Vitry-Hauts de Seine tous les jours est bien mignonne. Elle m'avoua ses origines asiatiques que je n'aurai jamais devinées.
Je dois poursuivre "Peau de chagrin" et aller à Nanterre, lieu culte et usine à moutons de futurs contribuables.
mardi 2 novembre 2010
Vénissieux, été 2008
Cris de singes. L'enfant sort le chien familial, vêtu d'un t-shirt à l'effigie des décadents capitalistes. Mes courgettes sur les genoux, je zieute les vivants qui s'étouffent sous le ciel couleur bronze.
La dame parle à sa main, elle rit même en sa compagnie, et tout ceci dans la plus pieuse des indifférences.
Monsieur est comptable mais ne sait pas repasser ses chemises qui lui servent d'impeccables façades.
Dans les banlieues, les rues sont couvertes de mégots. A l'inverse, les quartiers bourgeois regorgent de personnes âgées.
La dame parle à sa main, elle rit même en sa compagnie, et tout ceci dans la plus pieuse des indifférences.
Monsieur est comptable mais ne sait pas repasser ses chemises qui lui servent d'impeccables façades.
Dans les banlieues, les rues sont couvertes de mégots. A l'inverse, les quartiers bourgeois regorgent de personnes âgées.
I Walked with a Zombie
Un matin, je commençai à dessiner un visage. De quel genre de visage s'agirait-il ? Je l'ignorais et ne m'en souciais pas. Je pris un crayon noir tendre, lui donnai une pointe épaisse et me mis à l'ouvrage. J'eus bientôt tracé sur le papier un grand front saillant et une esquisse carré du bas d'un visage. Ce contour me plut; mes doigts continuèrent fièvreusement à en compléter les traits. A la base de ce front, il fallait placer de forts sourcils bien marqués à l'horizontales; puis vint naturellement un nez bien dessiné à l'arête droite, aux narines pleines; ensuite, une bouche mobile et surtout pas mince; un menton ferme nettement marqué en son milieu par une fossette; bien sûr, il fallait des favoris noirs et des cheveux de jais ramenés sur les tempes et ondulés au-dessus du front. Et maintenant les yeux. Je les avais baissés pour la fin car c'étaient eux qui exigeaient le plus de soin. Je les fis grands et traçai avec soin; je rendis les cils longs et foncés, les iris brillants et grands. "Bien ! mais ce n'est pas tout à fait cela", pensai-je en contemplant l'effet produit. "Ils manquent de force et de vie." Alors, j'accentuai les ombres pour que les blancs parussent plus éclatants. Une ou deux touches heureuses m'assurèrent la réussite. Voilà, j'avais le visage d'un ami sous les yeux et qu'importait que ces deux jeunes femmes me rournassent le dos ? Je regardai ce visage et souris à ce portrait parfait. J'étais absorbée et satisfaite.
Charlotte Bronte, Jane Eyre
Charlotte Bronte, Jane Eyre
lundi 1 novembre 2010
Das Schloß
Mais il ne tarda pas à être réveillé; l'aubergiste se tenait debout à son chevet en compagnie d'un jeune homme à tête d'acteur qui avait des yeuxx minces, de gros sourcils, et des habits de citadin. Les payasans étaient toujours là, quelques-uns avaient fait tourner leurs chaises pour mieux voir. Le jeune homme s'excusa très poliment d'avoir réveillé K. et se présenta comme le fils du portier du Château, puis déclara:
"Ce village appartient au Château; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée."
K. s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit:
-Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc un Château ici ?
-Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est le Château de monsieur le comte Westwest.
-Il faut avoir une autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
-Il faut une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda, comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients:
-A moins qu'on ne puisse s'en passer ?
-Eh bien, j'irai en chercher une, dit K., en baîllant, et il rejeta la couverture pour se lever.
-Oui ? Et auprès de qui ?
-De monsieur le comte, dit K., il ne me reste plus autres chose à faire.
-Maintenant! A minuit ! Aller chercher l'autorisation de monsieur le comte ? s'écria le jeune homme en reculant d'un pas.
-C'est impossible ? demanda calmement K. Alors pourquoi m'avez-vous réveillé ?
Le jeune homme sortit de ses gonds.
-Quelles manières de vagabond! s'écria-t-il. J'exige le respect pour les autorités comtales! Je vous ai réveillé pour vour dire d'avoir à quitter sur-le-champ le domaine de monsieur le comte.
-Voilà une comédie qui a assez duré, dit K d'une voix étonnament basse en se recouchant et en ramenant la couverture sous son menton. Vous allez un peu loin, jeune homme, et nous en reparlerons demain. L'aubergiste, ainsi que ces messieurs, sera témoin, si toutefois j'ai besoin de témoins. En attendant je vous préviens que je suis l'arpenteur que monsieur le comte a fait venir. Mes aides arriveront demain, en voiture, avec les appareils. Je n'ai pas voulu me priver d'une promenade dans la neige mais j'ai perdu plusieurs fois mon chemin et c'est pourquoi je suis arrivé si tard. Je savais très bien que ce n'était plus l'heure de se présenter au Château sans que vous ayez besoin de me l'apprendre. Voilà pourquoi je me suis contenté de ce gîte, où vous avez eu, pour m'exprimer avec modération, l'impolitesse de venir me déranger. Je n'ai pas autre chose à vous dire. Et maintenant bonne nuit, messieurs. Et K. se retourna vers le poele.
"Arpenteur?" prononça encore derrière lui une voix qui semblait hésiter; sur quoi tout le monde se tut. Mais le jeune homme ne tarda pas à se ressaisir et demanda à l'hôte, sur un ton assez bas pour marquer quelque égard à l'endroit du sommeil de K., mais assez haut pour pouvoir être entendu de lui:
-Je vais me renseigner au téléphone.
Franz Kafka, Le Château
"Ce village appartient au Château; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée."
K. s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit:
-Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc un Château ici ?
-Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est le Château de monsieur le comte Westwest.
-Il faut avoir une autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
-Il faut une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda, comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients:
-A moins qu'on ne puisse s'en passer ?
-Eh bien, j'irai en chercher une, dit K., en baîllant, et il rejeta la couverture pour se lever.
-Oui ? Et auprès de qui ?
-De monsieur le comte, dit K., il ne me reste plus autres chose à faire.
-Maintenant! A minuit ! Aller chercher l'autorisation de monsieur le comte ? s'écria le jeune homme en reculant d'un pas.
-C'est impossible ? demanda calmement K. Alors pourquoi m'avez-vous réveillé ?
Le jeune homme sortit de ses gonds.
-Quelles manières de vagabond! s'écria-t-il. J'exige le respect pour les autorités comtales! Je vous ai réveillé pour vour dire d'avoir à quitter sur-le-champ le domaine de monsieur le comte.
-Voilà une comédie qui a assez duré, dit K d'une voix étonnament basse en se recouchant et en ramenant la couverture sous son menton. Vous allez un peu loin, jeune homme, et nous en reparlerons demain. L'aubergiste, ainsi que ces messieurs, sera témoin, si toutefois j'ai besoin de témoins. En attendant je vous préviens que je suis l'arpenteur que monsieur le comte a fait venir. Mes aides arriveront demain, en voiture, avec les appareils. Je n'ai pas voulu me priver d'une promenade dans la neige mais j'ai perdu plusieurs fois mon chemin et c'est pourquoi je suis arrivé si tard. Je savais très bien que ce n'était plus l'heure de se présenter au Château sans que vous ayez besoin de me l'apprendre. Voilà pourquoi je me suis contenté de ce gîte, où vous avez eu, pour m'exprimer avec modération, l'impolitesse de venir me déranger. Je n'ai pas autre chose à vous dire. Et maintenant bonne nuit, messieurs. Et K. se retourna vers le poele.
"Arpenteur?" prononça encore derrière lui une voix qui semblait hésiter; sur quoi tout le monde se tut. Mais le jeune homme ne tarda pas à se ressaisir et demanda à l'hôte, sur un ton assez bas pour marquer quelque égard à l'endroit du sommeil de K., mais assez haut pour pouvoir être entendu de lui:
-Je vais me renseigner au téléphone.
Franz Kafka, Le Château
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