vendredi 27 août 2010

Ai rêvé de fin du monde dans un appartement marseillais où les meubles des voisins du dessus fissuraient, renfonçaient nos plafonds.

Sooo Eighties

jeudi 26 août 2010

Tu seras solitaire parce que la culture est aussi une prison.

Voilà le monde de l'homme blanc tel que les films le révèle, monde de fourbes et de faibles d'esprit, d'anormaux et de filous. Un monde grossier, arriéré, enfantin. Un monde sans finesse, sans les moindres besoins intellectuels, qui ignore l'art, les lettres, la philosophie, la science. Un monde où abondent moteurs, téléphones et revolvers automatiques, mais où il n'y a pas la moindre trace d'une idée moderne. Un monde dans lequel les hommes et les femmes ont des instincts, des désirs et des émotions, mais pas de pensée. Bref, un monde où l'on a laissé de côté tout ce qui fait la force de l'Occident moderne, sa supériorité politique et, j'aime patriotiquement à le croire, sa supériorité spirituelle sur l'Orient; tout ce qui en fait un hémisphère où l'on est fier d'être né et heureux de retourner. Aux races sujettes de l'Est et du Sud, Hollywood nous présente comme un peuple de criminels et de pauvres d'esprit. La totale ignorance du monde où vivaient leurs maîtres, que conservèrent les sujets des hommes blancs jusqu'à l'invention du cinéma, était assurément préférable. Il leur était alors possible de croire que la civilisation des Blancs était quelque chose de plus grand et de plus extraordinaire même peut-être que ce qu'elle est effectivement. Hollywood a changé tout cela. Dans le monde jaune, marron ou noir, il a répandu des tableaux grotesquement mutilés de notre civilisation. Il a publié un journal de nos faits et gestes, mais lourdement censuré. il en a exclu les articles de politique et de science, les livres, les essais, les rapports des sociétés savantes; et là où devraient être les reproductions des oeuvres d'art, il y a un blanc. Il n'a accepté que les faits divers, le feuilleton, les comptes rendus des procès de divorce. Les hommes blancs se plaignent que l'attitude des races de couleur ne soit plus aussi respectueuse qu'autrefois. Comment s'en étonner ?
Ce qui m'étonne, moi, c'est ce respect qui persiste encore. Là, au milieu de cette foule silencieuse d'éventails javanais, je m'étonnai, quand le spectacle fut au comble de sa stupidité, que tous, d'un commun accord, ne se tournent pas vers nous pour se moquer et nous huer, avec une colère pleine de mépris et de désir de meurtre. je m'étonnai qu'ils ne parcourent pas la ville en criant tous en coeur: "Pourquoi serions-nous plus longtemps gouvernés par ces imbéciles? " et en tuant tous les hommes blancs sur leur passage. L'écoeurante idiotie qui vacillait là, dans les ténèbres, suffisait à justifier n'importe quel éclat. Par bonheur pour nous, l'Oriental est patient et endurant. Il est prudent aussi; car il sait, comme le dit Hilaire Belloc, que:

Quoi qu'il arrive, nous possédons
Le fusil Maxim, tandis qu'eux non,
"nous", c'est-à-dire les Blancs.


Aldous Huxley, Tour du monde d'un sceptique

lundi 23 août 2010

mardi 17 août 2010

Tu es une putain, tu le sais ça ?

Malgré la nullité du post, je publie.

dimanche 8 août 2010

-Vous êtes bizarre, dit-elle. Je déteste les Noirs.

De tout près, ça dépassait encore ce que j'avais vu du bar. Elles étaient sensationnelles. Je leur dis n'importe quoi et j'invitai la brune, Lou, à danser le slow que le changeur de disques venait de pêcher sous la pile. Bon sang ! je bénissais le ciel et le type qui avait fait faire ce smoking à ma taille. Je la tenais un peu plus près qu'il n'est d'usage, mais, tout de même, je n'osais pas lui coller au corps comme nous nous collions les uns aux autres, quand ça nous prenait, dans la bande. Elle était parfumée avec un machin compliqué sûrement très cher; probablement un parfum français. Elle avait des cheveux bruns qu'elle ramenait tout d'un seul côté de la tête, et des yeux jaunes de chat sauvage dans une figure triangulaire assez pâle; et son corps... J'aime mieux ne pas y penser. Sa robe tenait toute seule, je ne sais pas comment, parce qu'il n'y avait rien pour l'accrocher, ni aux épaules ni autour du cou, rien, sauf ses seins, et je dois dire qu'on aurait pu faire tenir deux douzaines de robes de ce poids avec des seins aussi durs et aussi aigus. Je l'ai fait passer un peu vers la droite, et dans l'échancrure de mon smoking je sentais la pointe à travers ma chemise de soie, sur ma poitrine. Les autres, on voyait le bord de leur slip qui saillait à travers les étoffes, sur les cuisses, mais elle devait s'arranger autrement, car, des aisselles aux chevilles, sa ligne était aussi lisse qu'un jet de lait. J'ai essayé de lui parler tout de même. Je l'ai fait après avoir repris ma respiration.


Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes


Ohé Lambert ! Où est Lambert ? As-tu vu Lambert ?

"Comment ! Fous foulez ma crocotile faire périr ! hurla le propriétaire revenu en courant. Nein, il périsse fotre mari plutôt que ma crocotile !... Mein Vater il montrait le crocotile, mein Grossvater il montrait le crocotile, mein Sohn il defient montrer le crocotile, et moi il montre le crocotile ! Tous montrer le crocotile ! Moi connu de ganz Europa, fous inconnus de ganz Europa, et fous payer tommage.
-Ja, ja, appuya l'Allemande en fureur, nous pas lâcher fous, fous payer tommage si Karlchen kapout !
-Et puis l'éventrer ne servirait à rien, ajoutai-je calmement, désireux que j'étais de ramener au plus vite Hélène Ivanovna chez elle, car notre bon Ivan Matviéitch, selon toute vraisemblance, doit planer dans l'empyrée.
-Mon cher ami, fit à ce moment la voix d'Ivan Matviéitch, - mon cher ami, mon avis est qu'il faut agir immédiatement au Bureau de surveillance, car l'Allemand n'entendra pas raison sans le concours de la police."
Ces mots, prononcés fermement et posément et révélant une peu ordinaire présence d'esprit, produisirent d'abord sur nous un tel effet de surprise que nous fûmes pour refuser d'en croire nos oreilles. Mais, on le devine, nous courûmes aussitôt à la cuve du crocodile, et c'est avec autant de déférence que d'incrédulité que nous écoutâmes l'infortuné prisonnier. Sa voix était assourdie, ténue et même aigue, comme si elle venait de très loin. Cela rappelait le son qu'obtient un plaisantin qui, passant dans autre pièce et couvrant simplement sa bouche d'un oreiller, crie pour imiter, à l'intention de ceux qui sont restés dans la première pièce, les appels de deux moujiks dans la plaine ou des deux côtés d'un profond ravin, jeu auquel j'ai eu un jour le plaisir d'assister à une fête chez des gens de ma connaissance.
"Ivan Matviéitch, mon chéri, tu es donc vivant ! balbutiait Hélène Ivanovna.
-Vivant et en bon état, répondit Ivan Matviéitch, et grâce au ciel avalé sans aucun dommage. La seule chose qui m'embête, c'est de penser à ce que diront mes chefs: avoir reçu un congé pour l'étranger et se retrouver dans un crocodile, ce n'est pas malin...
-Mon chéri, ne t'occupe pas de savoir si c'est malin ou non; ce qu'il faut avant tout, c'est trouver un moyen de t'arracher de là-dedans, interrompt Hélène Ivanovna.
-Quoi, arracher ! s'écria le patron. Non, moi laisse pas arracher ma crocotile. Le public maintenant il fient peaucoup tavantage, moi temanter futzig kopeks, Karlchen il crève pas.
-Gott sei dank ! approuva la patronne.


Dostoievski, Le Songe d'un homme ridicule et autres récits

dimanche 1 août 2010

Foxley le Galopant

Notre gare à nous est petite et campagnarde. Dix-neuf ou vingt personnes seulement s'y réunissent tous les matins pour attendre le huit heures douze. Le groupe que nous formons varie rarement et l'apparition fortuite d'un nouveau visage sur la plate-forme déclenche des remous de méfiance et de protestation comme celle d'un oiseau inconnu dans une cage à serins.
Mais normalement, en arrivant le matin avec mes habituelles quatre minutes d'avance, je les retrouve tous, ces braves et solides gens, toujours à la même place, munis des mêmes parapluies, portant les mêmes chapeaux, les mêmes journaux sous le bras, aussi inchangés, aussi inchangeables que les vieux meubles de ma salle à manger. J'aime bien cela.
J'aime aussi mon coin de fenêtre où je lis le Times au rythme des roues. Ce trajet, d'une durée de trente-deux minutes, fait du bien à mon esprit et à mon triste corps de vieillard. On dirait un long et vigoureux massage. Croyez-moi, rien de tel que les heures fixes et la régularité pour conserver la paix de l'âme. J'ai effectué près de mille fois ce petit voyage matinal et cela ne m'empêche point de m'en réjouir un peu plus à chaque fois. Aussi_chose déplacée mais intéressante_j'ai fini par devenir une sorte d'horloge vivante. Je peux dire sans hésiter si nous avons deux, trois ou quatre minutes de retard et je n'ai jamais besoin de lever les yeux pour savoir où nous sommes.
Quant au parcours de Cannon Street à mon bureau, il n'est ni trop long ni trop court, une saine petite promenade par les rues pleines de gens que si rendent à leur travail avec la même assiduité que moi. Comme il est rassurant de circuler parmi ces êtres dignes de confiance et si respectables qui vont directement là où les appellent leurs occupations au lieu de traîner sans but dans les rues ! Leurs vies, comme la mienne, sont réglées comme les aiguilles d'une bonne montre et, très souvent, nos chemins se croisent à la même minute du jour, au même endroit.


Roald Dahl, Bizarre ! Bizarre !