De tout près, ça dépassait encore ce que j'avais vu du bar. Elles étaient sensationnelles. Je leur dis n'importe quoi et j'invitai la brune, Lou, à danser le slow que le changeur de disques venait de pêcher sous la pile. Bon sang ! je bénissais le ciel et le type qui avait fait faire ce smoking à ma taille. Je la tenais un peu plus près qu'il n'est d'usage, mais, tout de même, je n'osais pas lui coller au corps comme nous nous collions les uns aux autres, quand ça nous prenait, dans la bande. Elle était parfumée avec un machin compliqué sûrement très cher; probablement un parfum français. Elle avait des cheveux bruns qu'elle ramenait tout d'un seul côté de la tête, et des yeux jaunes de chat sauvage dans une figure triangulaire assez pâle; et son corps... J'aime mieux ne pas y penser. Sa robe tenait toute seule, je ne sais pas comment, parce qu'il n'y avait rien pour l'accrocher, ni aux épaules ni autour du cou, rien, sauf ses seins, et je dois dire qu'on aurait pu faire tenir deux douzaines de robes de ce poids avec des seins aussi durs et aussi aigus. Je l'ai fait passer un peu vers la droite, et dans l'échancrure de mon smoking je sentais la pointe à travers ma chemise de soie, sur ma poitrine. Les autres, on voyait le bord de leur slip qui saillait à travers les étoffes, sur les cuisses, mais elle devait s'arranger autrement, car, des aisselles aux chevilles, sa ligne était aussi lisse qu'un jet de lait. J'ai essayé de lui parler tout de même. Je l'ai fait après avoir repris ma respiration.
Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes
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Echos.