dimanche 9 août 2009
jeudi 6 août 2009
Modéré et chantant
L'homme, dans son délire, se vautrait sur le corps étendu de la femme. Un inspecteur le prit par le bras et le releva. Il se laissa faire. Apparemment, toute dignité l'avait quitté à jamais. Il scruta l'inspecteur d'un regard toujours absent du reste du monde. L'inspecteur le lâcha, sortit un carnet de sa poche, un crayon, lui demanda de décliner son identité, attendit.
-Ce n'est pas la peine, je ne répondrai pas maintenant, dit l'homme.
L'inspecteur n'insista pas et alla rejoindre ses collègues qui questionnaient la patronne, assis à la dernière table de l'arrière-salle.
L'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit. Un jeune homme arriva en courant à la porte du café, un appareil-photo en bandoulière et le photographia ainsi, assis et souriant. Dans la lueur du magnésium, on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. Dans la foule, quelqu'un dit:
-C'est dégoûtant, et s'en alla.
-Ce n'est pas la peine, je ne répondrai pas maintenant, dit l'homme.
L'inspecteur n'insista pas et alla rejoindre ses collègues qui questionnaient la patronne, assis à la dernière table de l'arrière-salle.
L'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit. Un jeune homme arriva en courant à la porte du café, un appareil-photo en bandoulière et le photographia ainsi, assis et souriant. Dans la lueur du magnésium, on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. Dans la foule, quelqu'un dit:
-C'est dégoûtant, et s'en alla.
mardi 4 août 2009
La presque-Catherine
Catherine était une fille grande, blonde, très droite, aux gestes magnifiques. Elle avait un visage hardi, aquilin, un visage que l'on aurait pu qualifier de noble si l'on ne découvrait que, derrière ce visage, il n'y avait à peu près rien. Tout au début de leur vie conjugale, il avait décidé (mais peut-être était-ce seulement parce qu'il la connaissait plus intimement) qu'elle avait, sans contredit, l'esprit le plus stupide, le plus vulgaire, le plus vide qu'il eût jamais rencontré. Elle n'avait pas une idée dans la tête qui ne fût un slogan et il n'y avait aucune imbécillité, absolument aucune, qu'elle ne fût capable d'avaler si le Parti la lui suggérait. Il la surnomma mentalement: "l'enregistrement sonore." Cependant, il aurait supporté de vivre avec elle s'il n'y avait eu, précisément, le sexe. Dès qu'il la touchait, elle semblait reculer et se roidir. L'embrasser était comme embrasser une image de bois articulée. Ce qui était étrange, c'est que même quand elle semblait le serrer contre elle, il avait l'impression qu'elle le repoussait en même temps de toutes ses forces. C'était la rigidité de ses muscles qui produisait cette impression. Elle restait étendue, les yeux fermés, sans résister ni coopérer, mais en se soumettant. C'était extrêmement embarrassant et, après quelques temps, horrible.
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