vendredi 31 décembre 2010

Etoile brillante, que ne suis-je comme toi, immuable

A côté de moi, un duo d'étudiantes parlent de "mecs". Je suis consternée. Merde, toutes les jeunes sont-elles comme moi ? Attendent-elles juste qu'on les complimente ? Ne sommes-nous toutes qu'une bande de pétasses en quête de reconnaissance ?

Je dois "sortir de moi-même", sans substitut aucun.

Il n'a pas d'identité; il est l'air, puis la lune. Leur amour ne demeure qu'une énorme parenthèse. Leur bulle, leur songe.
Il effleure son visage, ses lèvres, tout doucement. Il rêve d'une silhouette enchanteresse, fantasmagorique, qui l'accompagne tout là-haut. Qui est-elle ? Un ange ? Un démon dont la mission serait de détruire son talent afin de le réduire à néant ? O nymphe, ta beauté est aussi immense que ta dangerosité.
La chaleur des deux corps enivre la passion grandissante vouée tôt ou tard à la mort.
Si l'Amour existe alors il n'est qu'éphémère. Ou alors il n'est qu'un long cheminement jonché d'embuches.



A qui sourirez-vous quand je ne serai plus là ?
-J'attendrai.

Pourquoi je pleure lorsque je me sépare d'Elle ?



Nous ne devrions avoir qu'une seule pensée, un seul but: la félicité de l'autre; nous devrions tous nous jeter les uns aux pieds des autres.
Nous devrions avoir, vis-à-vis des autres et de nous-mêmes, le point de vue de celui qui regarde une grosse mouche qui se jette contre la fenêtre, sans savoir que l'un des carreaux est ouvert.



Il y a tant de choses à écrire concernant les enfants.

dimanche 19 décembre 2010

il y a des petits voyous qui vous font des misères et vous chassent à coups de cailloux




Les films de Xavier Dolan sont des poèmes.
Voyant le succès qu'il avait rencontré à Cannes et les critiques unanimes saluant son talent naissant, je restai sur mes gardes. Les bandes annonces suggestives aux images épurées me laissèrent une impression de prétention cinématographique. "Oh, encore un film à la forme extrêmement soignée mais qui n'a rien à proposer au niveau du fond."
Il est vrai que la plupart des artistes d'aujourd'hui sont gays (et je ne parle pas que des stylistes), c'est un effet de mode, ou un nouvel aspect de notre société toujours plus tolérante (en apparence du moins).
Venons en au fait: Hubert, 16 ans, passe au crible toutes les manies qui l'insupportent chez sa mère inactive puisque héritière de la maison familiale. Celle-ci passe le plus clair de son temps à préparer des petits plats, faire du shopping et faire du copinage avec une vieille amie aux goûts vestimentaires douteux; sans oublier tous les enregistrements sur cassettes qu'elle s'évertue à faire concernant son émission favorite.
Hubert, homosexuel affirmé devant les autres mais ne trouvant pas le courage de parler de son orientation à sa mère, s'énerve, se heurte à une adulte qui ne le comprend pas et qui use de stratagèmes afin de recadrer son fils qui, selon elle, n'a plus de repères et foire son année scolaire; tandis que le jeune homme attend un signe de reconnaissance qui lui permettrait de s'émanciper.
La figure paternelle est évidemment absente, sauf lorsqu'il s'agit, d'un commun accord avec son ex-femme, d'envoyer son enfant dans un pensionnat, étant eux-même impuissants face aux exigences de ce dernier qui prend comme un rejet et un abandon cette décision, décision qui l'éloigne de son petit-ami grand chevelu blond qui lui, vit avec une mère qui connait la relation qu'entretient son propre fils avec Hubert (elle apprendra d'ailleurs la nouvelle de façon maladroite et hasardeuse à la mère d'Hubert). S'en suit un désamour cachant en réalité un amour meurtri pour sa génitrice. Mais ils ne se comprennent pas, mise à part au moment où l'adolescent rentre en pleine nuit dans la chambre de sa mère pour lui dire combien il l'"adooooooore" (accent québécquois génial même si sa compréhension est délicate lors des scènes d'affrontements), mais étant visiblement sous l'effet de la drogue (Dolan semble nous dire: "Quoi ? Tout le monde a essayé dans sa jeunesse, il n'y a pas de honte à avoir.).
Bref, l'oeuvre nous offre un schéma décomplexé des "problèmes" de la société actuelle. Là où les valeurs traditionnelles ont souvent eu le monopole, Dolan prône une banalisation (dans le bon sens du terme) des relations conflictuelles entre enfants et parents, l'acceptation d'orientations sexuelles différentes etc... et tout ceci dans un univers feutré rempli de musiques charmantes et de plans ralentis qui permettent aux spectateurs, entre deux engueulades des personnages principaux, de souffler un peu et de prendre le film pour ce qu'il est: une crise d'adolescence magnifié par l'onirisme de Xavier Dolan, un type sur qui il faudra compter (cf Les Amours Imaginaires).

vendredi 17 décembre 2010

Touch my evil

Microfictions

José est un type étrange. Je lui donne la quarantaine. Il trifouille des choses dans le salon, passe des coups de fil, découpe des genres d'autocollants, fait des transferts d'une clé usb à une autre. Hervé me dit qu'il est sur un "gros coup", une sorte d'invention dont il espère déposer le brevet. Mais chut, c'est top secret.

Hervé a plus de 30 ans et habite chez ses parents, en face de la clinique. Chaque jour je le retrouve assis, sa radio sur son front, en train de fredonner je ne sais quel vieux tube en rigolant tout seul. J'aime le regarder manger, il me fait penser à un petit écureuil, à recueillir chaque mini bouchée goulument dont le sucre se trouvant au fond de son café. Hervé ne veut jamais rien faire, ni scrabble, ni ping pong. Il se trimbale le dernier numéro des Cahiers du cinéma dans son sac à dos et s'en sert pour recouvrir son visage lorsqu'il a envie de faire une sieste.

Daniel est la blasitude incarnée. Je ne comprends pas toutes ses vannes, car il en balance à la pelle. Mais si vous le prenez au sérieux, vous ne pourrez plus le voir en peinture. Il ne fait aucune activité et rentre chez lui chaque après-midi pour nourrir ses chats et constater les dégâts qu'ils ont causé le jour même.

Jérôme est "pire" qu'une femme. Maniéré à outrance, il est ici pour harcèlement au travail car ses collègues et supérieurs se fichaient ouvertement de lui. Suite à ça il a fait une tentative de suicide aux Champs Elysées. Il est très fleur bleu et j'espère pour lui qu'il parviendra à s'adapter un jour dans le milieu de la banque (son job). Attention, Jérôme est un être extrêmement sensible, donc à ne pas chambrer sans prendre ses précautions, mais je me suis atachée à lui et lui ai fait un gros BiSOU avant qu'il ne parte.

Sibylline est une jeune femme talentueuse qui joue de la musique (le ukulélé est un chouette instrument) et est scénariste de bandes dessinées. Elle a plus de 30 ans mais cultive un look de djeunz (j'ai cru qu'elle avait mon âge, voire moins). Elle passe autant de temps que moi sur l'ordinateur et se met parfois à pleurer silencieusement. Je pense qu'elle est ici pour dépression suite à une rupture, mais je suppute. On parle peu car elle m'intimide, mais elle fait partie d'une des rares personnes que j'aimerais revoir sur Paris, un peu plus tard.

jeudi 16 décembre 2010

Mamma Mia !

J'aime la propension qu'ont les Américains à se servir d'un scénario de base pour l'amplifier de plus bel. Hier soir j'ai regardé "Chloé", d'Atom Egoyan; petit film sans prétention, mais remake de la version française "Nathalie", avec Fanny Ardant et Emmanuelle Béart (pour le coup la remplaçante de cette dernière, Amanda Seyfried est bien plus charmante que notre actrice canardesque nationale). Le problème c'est que la version française n'est déjà pas transcendante, quoique (une femme qui se sent vieillissante donc indésirable pense tout bas que son mari a des aventures); alors qu'ont fait nos amis de l'outre Atlantique pour pimenter le tout ? Ils ont transformé l'ensemble des scènes de "non-dits" en un drame psychologique lesbien. Car là où tout est suggéré dans le film de Anne Fontaine, Egoyan nous offre des scènes imaginaires illustrants les récits érotiques de la prostituée chargée de séduire l'Homme qui ne disait rien. Et j'ai envie de dire, là où on s'emmerde dans Nathalie, on trouve Chloé grotesque. Aucune demi-mesure. On a même le droit de contempler une scène de coucherie entre Julianne Moore et Amanda, là où Fanny Ardant ne fait qu'effleurer les lèvres de Béart, ou l'inverse.
Je parle ici d'un film d'auteur, mais imaginons le même procédé avec Un diner de cons à la sauce américaine ? (il parait que le remake existe déjà). Là où l'humour gras et français existe déjà (si si, nous ne sommes pas le raffinement né que nous prétendons être), que doit-il en advenir de ce même humour réhaussé à la sauce américaine ? N'en tirons pas non plus la conclusion que ces derniers ne sont capables plus que de produire des remake par manque d'idée; mon postulat de départ était juste d'affirmer haut et fort que les remake de films qui ne valent à la base pas grand chose, ON S'EN PASSERAIT BIEN.

Sinon, il me faut Le livre de la Jungle en dvd, parce que Walt Disney, c'est sacré (jusqu'à ce qu'il décède du moins).

"Aimez-vous vous-même et cessez de vous servir des autres pour combler votre propre manque affectif" qu'il me dit. J'ai eu envie de rire.

dimanche 5 décembre 2010

"Oh non, j'ai peur de la neige."











Fresque truculente

L'Homme n'existe que dans la mesure où il est séparé du milieu qui l'entoure. Restez à l'intérieur ou vous périssez. Mourir, c'est se dévêtir. La Mort, c'est la communion. Se fondre dans le paysage peut être merveilleux. Ce n'en est pas moins la mort de notre tendre moi. Et ce que ressentait Pnine, en cet instant, ressemblait beaucoup à ce dévêtement, à cette communion. Il se sentait poreux, battu en brèche. Il suait, il avait peur. Un banc de pierre au milieu des lauriers lui permit de ne pas s'effondrer sur la contre-allée. Etait-ce une crise cardiaque ? J'en doute. Mon malade, en effet, était de ces gens singuliers et malheureux qui contemplent leur coeur (cet "organe conoide creux et musculaire", selon la révoltante définition de Littré) avec dégoût et terreur, avec une répulsion nerveuse, avec une haine nauséeuse, comme s'il s'agissait d'un monstre visqueux et redoutable, qu'on est bien obligé d'endurer en parasite qu'il est, hélas ! Parfois, quand les médecins, que ce pouls dégringolant et trébuchant étonnait, procédaient à un examen plus approfondi, le cardiogramme décrivait de fabuleuses chaînes de montagnes, indiquait douze ou treize maladies toutes mortelles mais s'excluant l'une l'autre. Pnine avait peur de se toucher le poignet. Et jamais il ne se risquait à dormir sur le côté gauche, même au cours de ces heures lugubres où l'insomniaque soupire après un troisième côté où s'étendre, après avoir essayé les deux autres qu'il possède déjà.


Vladimir Nabokov, Pnine