Voilà le monde de l'homme blanc tel que les films le révèle, monde de fourbes et de faibles d'esprit, d'anormaux et de filous. Un monde grossier, arriéré, enfantin. Un monde sans finesse, sans les moindres besoins intellectuels, qui ignore l'art, les lettres, la philosophie, la science. Un monde où abondent moteurs, téléphones et revolvers automatiques, mais où il n'y a pas la moindre trace d'une idée moderne. Un monde dans lequel les hommes et les femmes ont des instincts, des désirs et des émotions, mais pas de pensée. Bref, un monde où l'on a laissé de côté tout ce qui fait la force de l'Occident moderne, sa supériorité politique et, j'aime patriotiquement à le croire, sa supériorité spirituelle sur l'Orient; tout ce qui en fait un hémisphère où l'on est fier d'être né et heureux de retourner. Aux races sujettes de l'Est et du Sud, Hollywood nous présente comme un peuple de criminels et de pauvres d'esprit. La totale ignorance du monde où vivaient leurs maîtres, que conservèrent les sujets des hommes blancs jusqu'à l'invention du cinéma, était assurément préférable. Il leur était alors possible de croire que la civilisation des Blancs était quelque chose de plus grand et de plus extraordinaire même peut-être que ce qu'elle est effectivement. Hollywood a changé tout cela. Dans le monde jaune, marron ou noir, il a répandu des tableaux grotesquement mutilés de notre civilisation. Il a publié un journal de nos faits et gestes, mais lourdement censuré. il en a exclu les articles de politique et de science, les livres, les essais, les rapports des sociétés savantes; et là où devraient être les reproductions des oeuvres d'art, il y a un blanc. Il n'a accepté que les faits divers, le feuilleton, les comptes rendus des procès de divorce. Les hommes blancs se plaignent que l'attitude des races de couleur ne soit plus aussi respectueuse qu'autrefois. Comment s'en étonner ?
Ce qui m'étonne, moi, c'est ce respect qui persiste encore. Là, au milieu de cette foule silencieuse d'éventails javanais, je m'étonnai, quand le spectacle fut au comble de sa stupidité, que tous, d'un commun accord, ne se tournent pas vers nous pour se moquer et nous huer, avec une colère pleine de mépris et de désir de meurtre. je m'étonnai qu'ils ne parcourent pas la ville en criant tous en coeur: "Pourquoi serions-nous plus longtemps gouvernés par ces imbéciles? " et en tuant tous les hommes blancs sur leur passage. L'écoeurante idiotie qui vacillait là, dans les ténèbres, suffisait à justifier n'importe quel éclat. Par bonheur pour nous, l'Oriental est patient et endurant. Il est prudent aussi; car il sait, comme le dit Hilaire Belloc, que:
Quoi qu'il arrive, nous possédons
Le fusil Maxim, tandis qu'eux non,
"nous", c'est-à-dire les Blancs.
Aldous Huxley, Tour du monde d'un sceptique
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Echos.