lundi 1 novembre 2010

Das Schloß

Mais il ne tarda pas à être réveillé; l'aubergiste se tenait debout à son chevet en compagnie d'un jeune homme à tête d'acteur qui avait des yeuxx minces, de gros sourcils, et des habits de citadin. Les payasans étaient toujours là, quelques-uns avaient fait tourner leurs chaises pour mieux voir. Le jeune homme s'excusa très poliment d'avoir réveillé K. et se présenta comme le fils du portier du Château, puis déclara:
"Ce village appartient au Château; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée."
K. s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit:
-Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc un Château ici ?
-Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est le Château de monsieur le comte Westwest.
-Il faut avoir une autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
-Il faut une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda, comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients:
-A moins qu'on ne puisse s'en passer ?
-Eh bien, j'irai en chercher une, dit K., en baîllant, et il rejeta la couverture pour se lever.
-Oui ? Et auprès de qui ?
-De monsieur le comte, dit K., il ne me reste plus autres chose à faire.
-Maintenant! A minuit ! Aller chercher l'autorisation de monsieur le comte ? s'écria le jeune homme en reculant d'un pas.
-C'est impossible ? demanda calmement K. Alors pourquoi m'avez-vous réveillé ?
Le jeune homme sortit de ses gonds.
-Quelles manières de vagabond! s'écria-t-il. J'exige le respect pour les autorités comtales! Je vous ai réveillé pour vour dire d'avoir à quitter sur-le-champ le domaine de monsieur le comte.
-Voilà une comédie qui a assez duré, dit K d'une voix étonnament basse en se recouchant et en ramenant la couverture sous son menton. Vous allez un peu loin, jeune homme, et nous en reparlerons demain. L'aubergiste, ainsi que ces messieurs, sera témoin, si toutefois j'ai besoin de témoins. En attendant je vous préviens que je suis l'arpenteur que monsieur le comte a fait venir. Mes aides arriveront demain, en voiture, avec les appareils. Je n'ai pas voulu me priver d'une promenade dans la neige mais j'ai perdu plusieurs fois mon chemin et c'est pourquoi je suis arrivé si tard. Je savais très bien que ce n'était plus l'heure de se présenter au Château sans que vous ayez besoin de me l'apprendre. Voilà pourquoi je me suis contenté de ce gîte, où vous avez eu, pour m'exprimer avec modération, l'impolitesse de venir me déranger. Je n'ai pas autre chose à vous dire. Et maintenant bonne nuit, messieurs. Et K. se retourna vers le poele.
"Arpenteur?" prononça encore derrière lui une voix qui semblait hésiter; sur quoi tout le monde se tut. Mais le jeune homme ne tarda pas à se ressaisir et demanda à l'hôte, sur un ton assez bas pour marquer quelque égard à l'endroit du sommeil de K., mais assez haut pour pouvoir être entendu de lui:
-Je vais me renseigner au téléphone.


Franz Kafka, Le Château

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