-Vraiment ? Figurez-vous, cela aussi, je le savais, Pierre Alexandrovitch, et même, savez-vous, je l'ai pressenti dès que j'ai commencé à parler, et je pressentais même, vous savez, que vous seriez le premier à me le faire remarquer. A ces moments-là, quand je vois que ma plaisanterie fait long feu, mes deux joues, Votre Révérence, commencent à se coller aux gencives inférieures, j'ai presque une sorte de crampe; j'ai cela depuis ma prime jeunesse, du temps que j'étais parasite chez les nobles et que je gagnais mon pain par le parasitisme. Je suis un bouffon invétéré, de naissance, tout comme un simple d'esprit, Votre Révérence; je ne conteste pas que j'abrite peut-être aussi en moi un esprit malin, de petit calibre d'ailleurs, un esprit plus important aurait choisi un autre logis, seulement pas le vôtre, Pierre Alexandrovitch, vous n'êtes pas non plus un fameux logis. Mais en revanche, je crois, je crois en Dieu. Je n'ai eu des doutes que ces derniers temps, mais en revanche je suis là et j'attends maintenant de grandes paroles. Savez-vous, très saint homme, comment Diderot le philosophe s'est présenté chez le métropolite Platon, sous le règne de l'impératrice Catherine ? Il entre et déclare d'emblée: "Il n'y a pas de Dieu." A quoi le grand prélat, levant le doigt, répond: "L'insensé dit dans son coeur: il n'y a pas de Dieu!" L'autre se jette du coup à ses pieds: "Je crois, crie-t-il, et je demande le baptême !" On l'a donc baptisé séance tenante. La princesse Dachkov était la marraine et Potemkine le parrain !...
-Fédor Pavlovitch, c'est insupportable ! Vous savez bien vous-même que vous mentez et que cette stupide anecdote est fausse, pourquoi jouez-vous la comédie ? prononça d'une voix tremblante Mioussov qui déjà ne se contenait plus.
Dostoievski, Les Frères Karamazov
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