vendredi 16 octobre 2009

Femme trop tôt libérée

Mais son tempérament impétueux répugne précisément à ce minimum de réflexion; toute pensée qui ne jallit pas spontanément de son cerveau représente pour elle une tension et sa nature capricieuse et nonchalante hait toute espèce de labeur intellectuel. Elle n'aime que le jeu, l'amusement en tout et partout, elle déteste l'effort, le travail réel. Marie-Antoinette parle toujours sans réfléchir. Quand on lui adresse la parole, elle écoute distraitement et par intermittences; dans la conversation, où son amabilité enchanteresse et son étincelante volubilité séduisent, elle abandonne toute idée à peine ébauchée; elle n'achève rien, ni entretien, ni pensée, ni lecture; elle ne s'accroche à rien en vue de mener à bien une expérience réelle. C'est pourquoi elle n'aime ni les livres, ni les affaires d'Etat, ni tout ce qui est sérieux et exige de la persévérence et de l'attention; c'est aussi à contre-coeur, avec une impatience qui se traduit dans ses griffonnages, qu'elle écrit les lettres les plus indispensables, et même dans celle à sa mère on remarque nettement son désir d'en être vite débarassée. Elle entend surtout ne pas compliquer sa vie, ni s'occuper de choses qui pourraient l'ennuyer, l'attrister, la rendre mélancolique ! Celui qui flatte le plus cette paresse de la pensée passe à ses yeux pour le plus intelligent des hommes, celui qui exige d'elle un effort pour un pédant et un opportun; d'un bond, elle quitte les conseillers raisonnables pour rejoindre ceux et celles qui pensent comme elle.

Stefan Zweig.

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Echos.