jeudi 29 juillet 2010

Sigmund d'un point de vue hollywoodien

L'homme peine à ouvrir ses yeux; hébété, il tourne son visage vers la gauche et aperçoit deux petites silhouettes d'enfants blonds (ralentis, flous).
Il se souvient. Désormais il est loin de tout ça. Décor traditionnel asiatique. Un vieux monsieur (acteur grossièrement vieilli): "Venez-vous pour me tuer ?"
Leonardo alias Cobb jette un oeil sur son associé (jeune étalon, cheveux plaqués, Joseph Gordon-Levitt), cherche aussi discrètement que possible son revolver.
L'entretien est clos. Les deux associés prennent l'air, un verre de champagne à la main. "Il nous mène en bateau, il sait."
Marion, robe noire, capeline, mystérieuse, est adossée à la rampe de la terrasse. Joseph fait la moue: "qu'est-ce qu'elle fait là ? On bosse là, tu te souviens?"
Cobb s'approche de la femme, l'air préoccupé. Mall a la voix suave de la femme fatale.
Venue pour déstabiliser son amoureux transi, ses réponses ont souvent un caractère énigmatique.
Tout-à-coup (après avoir omis quelques détails), les verres tremblent, les murs s'effritent, les escaliers s'effondrent. Parallèlement les mêmes acteurs, dans un tout autre décor, dorment. L'un d'eux tente de les réveiller sans grand succès. On commence à comprendre que les personnages sont en train de rêver et que le rêve est en train de prendre fin. Leo a subtilisé de la paprasse top secret au chintok qui, du coup, a ordonné à ses hommes de le poursuivre. Leo, fort comme un roch, se lance dans une course poursuite malgré le sol qui est en train de se dérober sous ses pas. Il a même le temps de lire rapidos les documents qu'il a volé. Il est décidément balèze ce Léo. Il prend tellement à coeur sa mission qu'en vrai, il ne se réveille pas. On le plonge alors dans une baignoire (ralenti subtil, gros plan sur la grimace du type qu'on sort brutalement de son songe).
Le ton est donné. Tout le film va basculer sans cesse entre rêve et réalité. On aura même le droit d'apprendre que la fine équipe de DiCaprio a le privilège d'assister à l'imbrication de rêves (je suis dans le rêve de qui ? est-ce la réalité ou suis-je encore en train de rêver ? j'ai cru me réveiller alors que je rêvais finalement dans un premier rêve).
Vous ne comprenez rien ? C'est normal. Il paraît qu'Inception est un des premiers blockbuster à pouvoir prétendre faire réfléchir son public. Certes il y a des flingues, des courses poursuites, une romance, mais il y a surtout le scénario de Nolan, ambitieux et novateur. Là où je dis "hic", c'est que sa réalisation est totalement froide et perfectionniste (comme quasi tous ses films). Les explications (beaucoup trop nombreuses) font bailler (là où les phrases énigmatiques de Matrix réveillaient nos interrogations; dans le premier volet, du moins). Dans un condensé de quelques minutes éparpillées tout au long du film, Nolan fait cracher à ses acteurs tout ce qu'il a pu apprendre sur Freud et le mécanisme du rêve. Mais il n'a pas oublié les ingrédients qui feront tenir en haleine les spectateurs: l'amour déchu du héros, les coéquipiers qui se chambrent entre eux (on ne va quand même pas se taper du Freud sans quelques pauses humoristiques), les courses poursuites, les décors surréalistes (même si on est loin des séquences d'un film comme "la maison du docteur Edwards, qui retranscrit à merveille tout le caractère étrange que revêt un songe).
Je n'ai rien ressenti, encore moins de la compassion pour les personnages car ceux-ci, dans chaque film de Nolan, n'ont aucune humanité. Ils déballent leurs répliques, machinalement. J'ai eu exactement le même sentiment en sortant de The Dark Knight: le héros n'a aucun charisme (bien que j'admire l'ensemble de la carrière de DiCaprio), les scènes s'enchaînent avec une perfection agaçante, la musique est assommante car omniprésente et surtout, sous couvert de scénario archi élaboré, on se perd dans les dédales d'un réalisateur qui n'arrive pas à nous faire entrer dans son univers.

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Echos.