En général, les vieux médecins sont plus faciles à circonvenir que les jeunes. Les médecins immigrés furent, pendant un temps, une bonne source, mais l'affluence de drogués la fit tarir. Parfois, un médecin se mettait en rogne quand on lui parlait de drogue et menaçait d'appeler la police.
La haute idée que les médecins se font de leur noble métier fait que, d'une manière générale, le pire des système est de demander trop directement de la drogue. Même s'ils ne croient pas votre histoire, ils ont besoin d'en entendre une. C'est comme un rituel oriental qui sert à ne pas perdre la face. L'un joue le rôle du médecin plein de moralité qui ne rédigerait pour rien au monde une ordonnance non justifiée, l'autre tient le mieux possible son rôle de vrai malade. Si vous dites: "Ecoutez, docteur, il me faut une ordonnance de morphine, je suis prêt à vous payer le double de vos honoraires", le toubib devient rouge de colère et vous jette dehors. Sans certaines hypocrisie, vous n'obtiendrez rien du médecin.
Dans le quartier français, plusieurs bars de pédés sont tellement pleins chaque soir qu'ils débordent sur les trottoirs. Une salle pleine de pédés me fait horreur. Ils sautillent comme des marionnettes actionnées par des fils invisibles et leur agitation hideuse est la négation de toute activité vivante et spontanée. L'être humain en eux a plié bagages depuis longtemps. Mais le vide laissé a été comblé par autre chose quand l'occupant de départ est parti. Les pédés sont comme les marionnettes d'un ventriloque qui se seraient substituées au ventriloque lui-même. La marionnette s'installe dans un bar en compagnie d'autres marionnettes, fait durer son verre de bière toute la soirée, et de sa tête figée de poupée se déverse un flot de jacassements incontrôlés.
William S. Burroughs, Junky
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Echos.