dimanche 18 juillet 2010

Les gouttes

J'ai bu à nouveau, l'alcool ne me rendait pas saoule, j'étais de plus en plus lucide. Je me suis laissé absorber par le canapé trop moelleux, j'ai regardé une statuette dans une vitrine que je voyais floue. L'homme à côté de moi m'a tapée sur l'épaule, il m'a demandé si j'avais un problème. Je lui ai répondu tout va bien. J'ai voulu entamer un dialogue, je lui ai dit qu'on pourrait parler de livres ou de musique. Il m'a dit oui, oui, et il m'a tourné le dos. Je me sentais aussi seule que dans le café, j'aurais été mieux dehors. Je me suis levée pour partir, quand j'ai été debout j'ai demandé où se trouvaient les toilettes. On m'a répondu, et j'y suis allée.
Je suis revenue dire au revoir. La plus jeune des femmes m'a fait un sourire, j'ai cru qu'elle voulait bavarder, je me suis approchée. Elle m'a dit qui vous êtes, personne ne vous connaît. Je lui ai fait un signe pour lui montrer que je m'en allais tout de suite. Elle a crié qui vous êtes, d'où vous sortez. Je lui ai dit qu'on s'est rencontrés dans ce café, on est arrivés ici ensemble. Elle s'est levée, elle m'a traitée de voleuse et l'un des hommes est allé voir si je n'avais rien dérobé dans son bureau. Il est réapparu, il m'a disculpée, il a dit tout est en ordre, laisse-la partir. La fille a gueulé fous le camp. J'ai obéi, j'aurais voulu courir mais je n'en avais pas la force. Je les ai entendus rire dans mon dos.


Régis Jauffret, Fragments de la vie des gens

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