Celia (la tête sur la poitrine d'Izzy; souriante. Un temps). - Dis-moi, Izzy, es-tu un océan ou une rivière ?
Izzy. - Quoi ?
Celia. - C'est un jeu auquel je jouais avec ma soeur. Tu dois répondre.
Izzy (entrant dans le jeu). - Un océan ou une rivière ? (réfléchit un instant). Une rivière.
Celia. - Tu es... une allumette... ou un briquet ?
Izzy. - Une allumette. Sans aucun doute.
Celia. - Tu es voiture... ou un vélo ?
Izzy. - Un vélo.
Celia. - Tu es un hibou ou un colibri ?
Izzy. - Hum. J'ai été un colibri. Maintenant je suis un hibou.
Celia. - Tu es tennis ou bottes ?
Izzy. - Bottes. (Il la tourne vers lui de manière à voir son visage.) Maintenant, c'est mon tour.
Celia. - C'est marrant, non ? On y jouait pendant des heures.
Izzy (posant les doigts sur ses lèvres, comme pour dire ne parlons plus.) - Bon, maintenant, on se concentre. (Un temps; dans un tout autre registre.) Et-tu réelle ? Ou es-tu un esprit ?
Celia (un temps assez long; elle l'observe; peu à peu gagnée par l'émotion.) Je suis réelle.
Izzy. - Tu comprends ce qui est arrivé, ou tu es dans le noir comme moi ?
Celia (un peu tremblante). - Dans le noir.
Izzy. - Tu es amoureuse... ou tu t'offres une aventure ?
Celia (les yeux se remplissant de larme. - Amoureuse.
Izzy. - Es-tu avec celui que tu aimes... ou pas avec celui que tu aimes ?
Celia (elle pleure vraiment; dépassée). - Avec lui... (Gros plan de son visage. Elle répète, de façon presque inaudible:) Avec lui...
Paul Auster, Lulu on the Bridge
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Certitude : J'aime. (J'aime, j'aime, j'aime...)
RépondreSupprimerTu as déjà lu un roman de Paul Auster ?
RépondreSupprimerCa te plairait, une oscillation entre rapports conflictuels, solitude et grouillements urbains (l'auteur voue un culte à la ville de New-York).