Voix de mon parrain.
"Alors, dans ton lycée, est-ce qu'il y a du sexisme ?" Je suis désarçonné. Il est invité à dîner chez mes parents, comme chaque fois qu'il vient à Paris. Bruno et moi entrons à petits pas, comme à regret, dans l'adolescence. Pudibonds, timides, incertains, nous redoutons ses adresses gaillardes, malignes, destinées souvent à nous mettre en boule. Son oeil rond, large et luisant, bordé de longs cils, qui l'agrandissent encore, pique dans nos regards fuyants, s'amuse, prend à témoin Papa et Maman, qui applaudissent à l'épreuve. Ils sont charmés par son aisance, sa liberté de ton, sa malice qui ne manque jamais ni d'élégance ni d'à-propos.
Voix teintée d'accent pied-noir et marseillais, à laquelle il imprime une douceur sensuelle, si clairement avouée, qu'une saine et suave autorité s'en dégage, autorité naturelle et paisible qui fait toujours défaut dans nos murs.
Je ne sais pas du tout ce que veut dire sexisme. Je me flatte d'être lettré, j'y mets tout mon honneur. Je refuse, malgré ma confusion, d'avouer mon ignorance. Sexisme ? Il y a du sexe au lycée ? On peut dire cela ainsi ? Mais je ne sais pas du tout. Je suis en quatrième et tout à fait vierge. Je n'ai pas même entendu parler d'un quelconque rapport sexuel autour de moi. Tous mes petits camarades me paraissent aussi puceaux que je le suis. Je vais sans doute me couvrir de ridicule aux yeux de mon parrain, qui semble attendre qu'il y en ait, au moins un peu, du sexisme. J'interprète ainsi le mot: pas vraiment de sexe, non, mais du sexisme, oui. Garçons et filles font des choses. "Oui, oui..., dis-je après une longue réflexion, juste ce qu'il faut."
Mon parrain rit franchement, de bon coeur, plié en deux. "Je me marre, excuse-moi mon petit, mais je me marre !" Il y a tant d'affection dans sa phrase, dans son timbre, que je n'éprouve aucune confusion, me marre à mon tour, victime hilare d'une si joyeuse mise en boîte.
Denis Podalydès
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