dimanche 13 juin 2010

SCUM

Le mâle, qui méprise sa nature déficiente, est saisi d'une anxiété profonde et submergé par une immense solitude lorsqu'il se retrouve dans sa seule affligeante compagnie. Il s'accroche alors à n'importe quelle femme dans le vague espoir de remplir son vide intérieur, et se nourrissant de l'illusion mystique qu'à force de toucher de l'or il se transformera en or, il convoite en permanence la compagnie des femmes. Il préfère à sa propre compagnie celle de la femme la plus méprisable et il la préfère aux autres hommes qui ne font que lui rappeler l'objet de sa répulsion. Mais pour parvenir à ses fins, il est obligé d'employer la force ou la corruption, à moins de tomber sur des femmes très jeunes ou très atteintes.

L'homme est horrifié à l'idée d'avoir du temps libre, pendant lequel il ne trouverait rien d'autre à faire que de contempler sa grotesque personne. Puisqu'il ne peut ni aimer ni établir de contacts, l'homme travaille. Les femmes, elles, rêvent d'activités intelligentes, absorbantes, à même de combler leur sensibilité, mais par manque d'occasion ou de compétence elles préfèrent folâtrer et perdre leur temps à leur guise: dormir, faire des emplettes, jouer au bowling, miser de l'argent, jouer aux cartes, procréer, lire, marcher, rêvasser, manger, se tripoter, s'envoyer des pilules derrière la cravate, aller au cinéma, se faire psychanalyser, voyager, élever des chiens et des chats, se vautrer sur le sable, nager, regarder la télé, écouter de la musique, décorer la maison, jardiner, coudre, aller dans les boîtes, danser, s'"enrichir" (suivre des cours), se "cultiver" (conférences, théâtre, concerts, cinéma d'"art"). Ainsi beaucoup de femmes, même dans le cas d'une complète égalité économique, préfèrent vivre avec des hommes ou traîner leurs fesses dans la rue, c'est-à-dire disposer le plus possible de leur temps, plutôt que passer huit heures par jour à faire pour d'autres un travail ennuyeux, abrutissant et absolument pas créateur qui fait d'elles pire que des bêtes, des machines, à moins qu'un travail "intéressant" ne fassent d'elles, au mieux, les complices de la merde ambiante. Ce qui pourra libérer les femmes de l'emprise masculine, ce sera donc la destruction totale du système fondé sur l'argent et le travail et non l'égalité économique à l'intérieur du système.


Valérie Solanas

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Echos.