dimanche 19 décembre 2010

il y a des petits voyous qui vous font des misères et vous chassent à coups de cailloux




Les films de Xavier Dolan sont des poèmes.
Voyant le succès qu'il avait rencontré à Cannes et les critiques unanimes saluant son talent naissant, je restai sur mes gardes. Les bandes annonces suggestives aux images épurées me laissèrent une impression de prétention cinématographique. "Oh, encore un film à la forme extrêmement soignée mais qui n'a rien à proposer au niveau du fond."
Il est vrai que la plupart des artistes d'aujourd'hui sont gays (et je ne parle pas que des stylistes), c'est un effet de mode, ou un nouvel aspect de notre société toujours plus tolérante (en apparence du moins).
Venons en au fait: Hubert, 16 ans, passe au crible toutes les manies qui l'insupportent chez sa mère inactive puisque héritière de la maison familiale. Celle-ci passe le plus clair de son temps à préparer des petits plats, faire du shopping et faire du copinage avec une vieille amie aux goûts vestimentaires douteux; sans oublier tous les enregistrements sur cassettes qu'elle s'évertue à faire concernant son émission favorite.
Hubert, homosexuel affirmé devant les autres mais ne trouvant pas le courage de parler de son orientation à sa mère, s'énerve, se heurte à une adulte qui ne le comprend pas et qui use de stratagèmes afin de recadrer son fils qui, selon elle, n'a plus de repères et foire son année scolaire; tandis que le jeune homme attend un signe de reconnaissance qui lui permettrait de s'émanciper.
La figure paternelle est évidemment absente, sauf lorsqu'il s'agit, d'un commun accord avec son ex-femme, d'envoyer son enfant dans un pensionnat, étant eux-même impuissants face aux exigences de ce dernier qui prend comme un rejet et un abandon cette décision, décision qui l'éloigne de son petit-ami grand chevelu blond qui lui, vit avec une mère qui connait la relation qu'entretient son propre fils avec Hubert (elle apprendra d'ailleurs la nouvelle de façon maladroite et hasardeuse à la mère d'Hubert). S'en suit un désamour cachant en réalité un amour meurtri pour sa génitrice. Mais ils ne se comprennent pas, mise à part au moment où l'adolescent rentre en pleine nuit dans la chambre de sa mère pour lui dire combien il l'"adooooooore" (accent québécquois génial même si sa compréhension est délicate lors des scènes d'affrontements), mais étant visiblement sous l'effet de la drogue (Dolan semble nous dire: "Quoi ? Tout le monde a essayé dans sa jeunesse, il n'y a pas de honte à avoir.).
Bref, l'oeuvre nous offre un schéma décomplexé des "problèmes" de la société actuelle. Là où les valeurs traditionnelles ont souvent eu le monopole, Dolan prône une banalisation (dans le bon sens du terme) des relations conflictuelles entre enfants et parents, l'acceptation d'orientations sexuelles différentes etc... et tout ceci dans un univers feutré rempli de musiques charmantes et de plans ralentis qui permettent aux spectateurs, entre deux engueulades des personnages principaux, de souffler un peu et de prendre le film pour ce qu'il est: une crise d'adolescence magnifié par l'onirisme de Xavier Dolan, un type sur qui il faudra compter (cf Les Amours Imaginaires).

2 commentaires:

Echos.