lundi 11 juillet 2011

Blondie

Ses yeux se fixèrent sur le récepteur, derrière elle. Sur l'écran, la pièce écarlate était vide. Les anneaux suspendus aux murs humides et suintants semblaient attendre.
Mais quelque chose clochait.
Il avait vu cette bande plusieurs fois. Le jeune couple. D'habitude, il était là dès les premières secondes. L'éclairage s'intensifia au point que la chambre vira au rouge sang de boeuf. Il en sentait presque la chaleur.
Il secoua la tête pour s'éclaircir la vue et observa Nicki, immobilisée par le poids de son corps. Elle avait un visage cramoisi, assorti au sien.
Il sentit le contact de ses ongles. Erreur. Ce n'étaient que des gouttes de sueur qui perlaient sur sa peau et qui roulaient jusqu'à la chute de ses reins. Il s'écarta et découvrit alors les nappes de vapeur qui se condensaient au-dessus des coussins, tels des mirages de chaleur. Le sol s'était mis à fondre et une eau électrisée l'agitait de secousses. Les murs sombres de son appartement semblaient se rapprocher, le plafond s'abaisser. Les flammes vacillantes des bougies s'y reflétaient comme la phosphorescence d'une image télévisée passant de l'orange au pourpre. Le divan et les meubles se disloquèrent en ombres immatérielles, puis s'évanouirent. Ils restèrent seuls et nus sous cet éclairage impitoyable.
Nicki s'agita et se blottit contre lui.
Il ferma les yeux, arqua le dos et la maintint clouée au sol. Leurs doigts s'entrecroisèrent. Il lui embrassa les oreilles, les lèvres, la nuque, pénétra en elle, accéléra ses mouvements, ignorant le contact dur et glissant du caillebotis sous ses genoux, l'eau chargée qui les encerclait dangereusement, le sifflement de sa respiration qui résonnait à ses oreilles comme si les murs d'une cellule lui renvoyaient l'écho de son propre souffle.
Il s'attendait à entendre les martèlements de lourdes bottes. Mais non. Pas cette fois.


Jack Martin, Vidéodrome

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