Danforth, avec mépris.
Je vous ordonne de vous taire. (Silence.) Monsieur Cheever, voulez-vous entrer au Tribunal et amener ici les enfants ? (Cheever sort et Danforth se tourne à Mary.) Mary Waren, s'il faut en croire votre déposition, vous avez menti effrontément devant la Cour, alors que votre témoignage, vous le saviez, ne pouvait manquer de faire pendre des gens. (Silence.) Répondez.
Mary
Oui, Monsieur.
Danforth
Qui vous a appris votre religion ? Ne savez-vous pas que Dieu damne tous les menteurs ? (Silence.) Mary Waren, n'est-ce pas à présent que vous mentez ?
Mary
Non, Monsieur. A présent je suis avec Dieu.
Danforth
Vous êtes avec Dieu à présent ?
Mary
Oui, Monsieur.
Danforth, se contenant.
Ou bien vous mentez à présent ou bien vous avez menti au Tribunal et, dans l'un et l'autre cas, vous avez commis un parjure et vous irez en prison. Vous devez savoir, Mary, qu'on ne peut pas mentir sans être puni ?
Mary
Je ne peux pas mentir plus longtemps. Dieu est avec moi, Dieu est avec moi !
(Elle éclate en sanglots, tandis que par la porte de droite entrent Mary Walcots, Mercy Lewis, Betty Parris, Suzanna Walcots, Eva Barow, Jenny et Abigail. Cheever vien à Danforth.)
Cheever
Cathy Putnam n'était pas au Tribunal, Monsieur, ni les autres enfants.
(Les jeunes filles s'assoient.)
Danforth
Votre amie Mary Waren dépose, sous la foi du serment, n'avoir jamais vu d'apparition d'esprits familiers ou d'uncarnation quelconque du Diable. Elle affirme également qu'aucune de vous n'en a jamais vu non plus. (Une pause.) Mes enfants, nous sommes ici dans un tribunal pour appliquer la loi sans faiblesse, car la loi est fondée sur la Bible, et la Bible, écrite par Dieu lui-même, interdit la pratique de la sorcellerie, que nous avons le devoir de punir de mort. D'autre part, la loi et la Bible damnent tous les menteurs, tous les porteurs de faux-témoignages. (Une pause.) Naturellement, il ne m'échappe pas que le but de cette déposition pourrait être de nous aveugler, ni que Mary Waren ait pu se laisser séduire par Satan qui nous l'enverrait pour troubler notre entreprise sacrée. S'il en est ainsi, elle mérite la corde. Mais; si elle a dit vrai, je vous adjure de cesser vos mensonges et de confesser votre but. (Pause.) Abigail Williams, levez-vous. (Abby se lève lentement.) Y a-t-il quelque chose de vrai dans ce que dit Mary Waren ?
Abigail
Non, Monsieur.
Danforth, il réfléchit, regarde Mary Waren puis Abigail.
Enfants, il nous faut la preuve que l'une de vous deux est sincère. Voyons, êtes-vous, l'une ou l'autre, disposée à faire sur le champ l'aveu de votre mensonge ou faudra-t-il que je vous fasse donner la question ?
Abigail
Je n'ai aucun à vous faire, Monsieur. Elle ment.
Danforth, à Mary.
Osez-vous à présent maintenir ce que vous avez dit ?
Mary, faiblement.
Oui, monsieur.
Danforth, il se tourne à Abigail.
Dans la maison de M. Proctor, on a découvert une poupée, le corps traversé par une aiguille. Mary Waren affirme que vous étiez assise auprès d'elle, durant une séance de la Cour, quand elle confectionnait cette poupée et que vous l'avez vue alors qu'elle enfonçait l'aiguille. Qu'avez-vous à dire à cela ?
Abigail, elle semble indignée.
C'est un mensonge, Monsieur.
Danforth
Mary Waren ?
Mary, à Abigail.
Abby, souviens-toi ! Quand j'ai enfoncé l'aiguille, tu étais auprès de moi ! Tu me regardais !
Abigail
Votre Honneur, me permettez-vous de poser une question ?
Danforth
Parlez, Abigail.
Abigail
Mary Waren a menti, Monsieur. Mais si elle avait dit vrai, que devrait penser le Tribunal d'une fille qui plante des aiguilles dans des poupées ?
Danfort
Voilà qui mérite réflexion. En somme, Mary Waren, vous vous accusez vous-même de vous livrer à des pratiques de sorcellerie.
Arthur Miller, Les sorcières de Salem
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